15 décembre 2018
Classics

Les films de la Hammer en DVD

LA HAMMER EST DE RETOUR CHEZ ELEPHANT FILMS

LE 07 NOVEMBRE !




Encore une bien belle initiative à saluer de la part d'Elephant Films qui après avoir offert aux « Universal Monsters » encore inédits chez nous l'accueil qu'ils méritaient, libère sur l'hexagone leurs homologues hammeriens.

Les 9 films édités en DVD/Blu-ray sont ceux issu de l'association de la Hammer avec Universal qui souhaitait alors ajouter les réactualisations colorés des classiques à son catalogue.






LES MAÎTRESSES DE DRACULA

"Transylvania, land of dark forests, dread mountains and black unfathomable lakes. Still the home of magic and devilry as the nineteenth century draws to its close. Count Dracula, monarch of all vampires is dead. But his disciples live on to spread the cult and corrupt the world..." La voix off nous met immédiatement dans l'ambiance alors que la caméra de Fisher s'attarde sur une forêt brumeuse, avant de nous présenter son héroïne, Marianne Danielle, jeune institutrice française venue enseigner dans une prestigieuse pension. Abandonnée par son cocher dans un petit village, Marianne accepte l'invitation de la mystérieuse Baronne Meinster de passer la nuit au château...

Les Maîtresses de Dracula est le second film de vampire de Terence Fisher, deux ans après le magnifique Cauchemar de Dracula, qui malgré son titre ne met aucunement en scène le Comte Dracula incarné par Christopher Lee, mais un de ses disciples, le juvénile Baron Meinster incarné par un David Peel qui préfigure le Lestat de Anne Rice. L'absence de Christopher Lee n'est pas regrettable, et elle permet au contraire de mettre en avant la présence d'une autre figure qui s'émancipe du carcan du roman Dracula pour devenir un héros fisherien à part entière, celle du professeur Van Helsing incarné encore une fois par l'immense Peter Cushing.

Au château Meinster, la belle Marianne Danielle (Yvonne Monlaur) s'aperçoit vite que la baronne cache quelque chose, et fait la connaissance du jeune baron qui se trouve enchaîné dans ses appartements. Séduite par le malheureux jeune homme, Marianne décide de l'aider à fuir la demeure de sa cruelle mère. Mal lui en prend, car les précautions de la baronne sont parfaitement justifiées : son fils est un vampire, et ne pouvant se résoudre à le détruire, elle l'a enfermé et laissé au soin de sa gouvernante.

C'est sur ce postulat de conte de fée que Fisher construit un suspens merveilleux, mettant l'accent sur l'ambiguïté du vampire, tantôt précieux et fragile, tantôt bestial, qui une fois délivré n'hésite pas à vampirisé sa mère dans une superbe scène dont les auteurs n'ont pas cherché à amoindrir la charge incestueuse. Les décors semblent tout droit sortis des gravures de Gustave Doré et on reconnait bien le talent du chef décorateur Bernard Robinson avec ses colonnes torsadées envahies de lierre, ses vitraux colorés qui teinte les intérieurs de rouge, bleu, mauve, ainsi que la photographie éclatante de Jack Asher au sommet de son art. La musique n'est exceptionnellement pas l'œuvre de James Bernard, mais de Malcolm Wiliamson qui compose un score où une douce mélancolie le dispute à une tonitruante angoisse.



LA NUIT DU LOUP-GAROU

C'est un autre conte de fée pour adulte qui voit l'entrée en scène du loup-garou dans le bestiaire de la Hammer. LA NUIT DU LOUP-GAROU n'a presque rien d'un remake du LOUP-GAROU avec Lon Chaney Jr. C'est au contraire l'un des exemples les plus originaux de relecture d'un mythe et l'une des plus belles tragédies jamais racontées par Terence Fisher.

Bien avant d'endosser la fourrure du lycanthrope, Oliver Reed voue sa large stature à une bestialité outrageusement érotique directement héritée de l'animalité qui s'emparait de Dracula en 1958. Loin des landes britanniques embrumées, c'est sous le soleil espagnol que Fisher fait suer la bête-Reed qui par son jeu fiévreux vole la vedette à la belle Catherine Feller. Malgré ça, l'homme-loup ne serait rien sans le maquillage de Roy Ashton qui démontre l'étendue de son talent au détour d'une transformation aussi douloureuse qu'impressionnante, tout comme le final en forme d'hommage à NOTRE DAME DE PARIS qui achève cette petite merveille sur une note grandiose.



LE FANTÔME DE L'OPERA

Encore une fois, Terence Fisher prend la barre et après Frankenstein, Dracula, la Momie, Jekyll & Hyde et le Loup-garou, c'est LE FANTÔME DE L'OPERA qui passe à travers le filtre de son imaginaire baroque. Cette fois il ne s'agit pas d'un premier remake en couleur puisque en sus du chef-d'œuvre de Rupert Julian avec Lon Chaney (1925), Universal avait déjà confié à Arthur Lubin un remake grand public en technicolor (1943). 20 ans plus tard, Fisher reprend les grandes lignes de ce remake, remplace Claude Rains par Herbert Lom et s'essaye, loin des extravagances gothiques qui l'ont rendu célèbre, au mélodrame. On ne peut reprocher à Terence Fisher un manque de panache dans sa mise en scène, car comme à son habitude il livre avec tout son talent une habile révision du mythe, mais l'approche plus « sage » laisse quelque peu sur le carreau ceux qui venaient prendre leur dose de sang frais.

Bel exemple de la production Hammer Film du début des années 60, le bide que connu ce FANTÔME DE L'OPERA reste un mystère. On note à l'époque une grosse déception critique, qui s'explique peut-être par les attentes d'un public habitué à des prouesses plus baroques de la part de Fisher. C'est oublier la tendance du réalisateur à verser dans le drame. Avec ce film, Terence Fisher a voulu approcher le monstre dans une optique plus mesurée, lui qui a privé la créature de Frankenstein de l'auréole whalesienne, lui préférant le baron, lui qui a bestialité le comte Dracula, il rend au fantôme une part importante d'humanité. En cela, il n'adapte certes pas Gaston Leroux, mais il le plie à la cohérence de son œuvre, il se l'approprie, et avec quel talent !




LE BAISER DU VAMPIRE

L'ironie du sort s'acharne sur Universal qui souhaitait, via son contrat avec la Hammer, ajouter un DRACULA avec Christopher Lee à son tableau de chasse. Ce ne fut pas le cas avec LES MAÎTRESSES DE DRACULA et c'était encore loin d'être gagné avec LE BAISER DU VAMPIRE, pourtant entré en production sous le titre provisoire de DRACULA III. Don Sharp, plus tard auteur pour la Hammer d'un excellent RASPOUTINE LE MOINE FOU, succède à Terence Fisher et convoque à nouveau le gothique flamboyant devenu la marque de fabrique du studio.

Faute de Christopher Lee, Noel Willman prête son profil aquilin au Comte Ravna, grand manitou d'une secte vampirique dont est victime un jeune couple en voyage interprété par Edouard De Souza et Jennifer Daniel. Difficile de distinguer KISS OF THE VAMPIRE de ses aînés fisheriens, tant il en réunit les meilleurs éléments. Les décors de Bernard Robinson, avec ses habituelles colonnes torsadées, la musique de James Bernard qui compose ici son chef-d'œuvre « The Vampire Rhapsody » , les maquillages de Roy Ashton, discrets et efficaces. Seul Jack Asher laisse cède sa place et la photographie à Alan Hume (futur directeur photo sur LE RETOUR DU JEDI) dont les éclairages confère à cet opéra gothique une rare élégance.



L'EMPREINTE DE FRANKENSTEIN

Freddie Francis n'est pas Terence Fisher, en témoigne ses deux incursions dans le fantastique gothique, DRACULA ET LES FEMMES (1968) et L'EMPREINTE DE FRANKENSTEIN (1964) arrivant tous deux après que Fisher ait par deux fois illustré et le mythe de Dracula (LE CAUCHEMAR DE DRACULA en 58 et DRACULA, PRINCE DES TÉNÈBES en 66) et celui de Frankenstein (FRANKENSTEIN S'EST ECHAPPÉ en 57 et LA REVANCHE DE FRANKENSTEIN en 58).

Ignorant presqu'entièrement les bases posées par son prédécesseur, Francis illustre un scénario tenant plus du composite des grands moments de la saga Universal. Le partenariat avec Universal autorise d'ailleurs la Hammer à utiliser un maquillage rappelant celui de Jack Pierce pour Boris Karloff et c'est en partie là que réside l'erreur. Roy Ashton fait de son mieux, mais le pauvre Kiwi Kingston dans le rôle du monstre a bien du mal à jouer avec une brique sur le crane et le visage tartiné de ciment. Ce ne sont cependant pas aux épaules du lutteur néo-zélandais de porter le poids de l'échec. Le scénario d'Anthony Hinds fait passer le Baron Frankenstein, toujours campé avec une classe infinie par Peter Cushing, pour une chiffe molle colérique et geignarde, à des lieux du calculateur méphistophélique que l'on avait quitté à la fin de REVENGE OF FRAKENSTEIN : frustrant.

EVIL OF FRANKENSTEIN (titre original) est une entrée passablement inutile dans la saga, un hors-série dispensable malgré une interprétation juste de Peter Cushing, mais demeure un beau livre d'image, mis en scène non sans éclat, mais plombé par un scénario rocambolesque, un maquillage ridicule et un traitement trop superficiel du personnage central.




LE FASCINANT CAPITAINE CLEGG

Réalisé par Peter Graham Scott cette adaptation de la saga romanesque DOCTOR SYN de Russell Thorndike prend un chemin inhabituel pour la Hammer. Si le studio s'est déjà illustré dans le film de pirates avec un certain succès, il n'a encore jamais marié ce sous-genre avec l'épouvante, et ce NIGHT CREATURES/FASCINANT CAPITAINE CLEGG est un pari audacieux.

Peter Cushing à contre-emploi côtoie la star montante Oliver Reed et l'un des meilleurs seconds couteaux de la Hammer, Michael Ripper qui se voit pour une fois offrir un rôle de premier plan. Cette histoire de naufrageurs et de vengeance magnifiquement éclairée par Arthur Grant distille une atmosphère onirique lorsque l'épouvante prend le pas sur l'aventure




LE SPECTRE DU CHAT

Au début des années 60, le marché du frisson cinématographique ne se réduisait pas à l'horreur gothique, et c'est tout naturellement que la Hammer s'est mise à jouer dans la cour du thriller alors dominée par un certain Alfred Hitchcock. John Gilling, qui offrira plus tard à la Hammer certains de ces classiques les plus hauts en couleur (THE REPTILE, PLAGUE OF THE ZOMBIES, THE MUMMY'S SHROUD) met en scène cette curieuse affaire de revanche impliquant un chat, témoins du meurtre de sa maîtresse.

Tourné certes à l'économie dans des décors vacants (on reconnaîtra le balcon envahit de lierre des MAÎTRESSES DE DRACULA), ce thriller efficace bénéficie d'un noir et blanc contrasté par la main experte d'Arthur Grant, des excellentes prestations d'André Morell et de la magnifique Barbara Shelley, et d'un score étonnant, composé, une fois n'es pas coutume, par Mikis Theodorakis.




PARANOÏAQUE et MEURTRE PAR PROCURATION

C'est loin du gothique que Freddie Francis se montre plus que jamais à l'aise, rappelant qu'il est un grand directeur de la photographie, et PARANOÏAQUE et MEURTRE PAR PROCURATION sont les meilleurs témoignages de son aptitude à transformer des scénarii digne des épisodes d'ALFRED HITCHCOCK PRESENTS les moins mémorables, en véritables petites bombes de suspens dérangeant.

Si le premier vaut avant tout pour la prestation d'Oliver Reed, le second, parfait exemple de film à « twist » brille par le puzzle de sa narration et s'impose comme le chef-d'œuvre de la Hammer dans le genre, aux côtés du SCREAM OF FEAR de Seth Holt. Ne perdant pas une occasion de mettre le spectateur mal à l'aise, Francis, optant pour un format 2 :55 :1 extrêmement allongé, multiplie les plans en double focale, qui deviendront plus tard la signature stylistique de Brian De Palma : Un régal !


A noter que ces 9 films sont regroupés dans un coffret en édition limitée qui comprend aussi les quatre autres titres estampillés Hammer précédemment édités chez Elephant Films : COMTESSE DRACULA, LA FILLE DE JACK L'EVENTREUR, LES SEVICES DE DRACULA et LE CIRQUE DES VAMPIRES.

Gabriel Carton