16 décembre 2018
Classics

Rollerball : Test du DVD

En l'an 2018, les entreprises ont remplacé les nations et les hommes politiques sont devenus des dirigeants d'entreprise. Devenu un monde en paix, la société purge les pulsions violentes de ses administrés à l'aide d'un jeu excessivement populaire : le Rollerball.

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Affiche américaine.

LE FILM

Réalisé en 1975 par Norman Jewison (auteur notamment de films tels que "Dans la chaleur de la nuit" ou "L'Affaire Thomas Crown"), "Rollerball" est un classique du cinéma d’anticipation des années 70, une critique acerbe et percutante de certaines formes de violence, morale ou physique, engendrées par les sociétés corporatistes.

Bâti scénaristiquement sur un jeu violent rappelant essentiellement le hockey sur glace (voir les tenues de ses officiels ou autres arbitres ainsi que les contacts autorisés entre les joueurs), ce long-métrage débute en plongeant son spectateur dans l'ambiance du jeu du futur.

Après un générique sur lequel les techniciens installent tranquillement une piste où va se dérouler le match de rollerball, les joueurs, rappelant inévitablement les gladiateurs du temps des romains. Ils s’inclinent devant l'hymne mondial corporatiste et vont engager une partie qui s’avérera spectaculaire, sanglante et violente.

Mais là où le film surprend, c'est qu'entre ces moments de violence absolue que constituent les trois matchs qui ponctuent le long-métrage, les scènes de la vie quotidienne de nos héros sont d'un calme olympien, même si la violence morale induite par les corporations au pouvoir laisse entrevoir des accalmies contrôlées.

Manipulés, dirigés par des forces supérieures, les habitants de ce monde futuriste sont des pions qu'il convient de laisser en l'état en les privant de leur libre arbitre et en leur rappelant que rien de ce qu'il possède n'est acquis. Par exemple, périodiquement, par une loi permettant une forme d'échangisme, chaque homme se voit attribuer une femme sans qu'il ait son mot à dire sur celle-ci. Et bien évidemment, chaque décision prise par le conseil d'entreprise se doit d'être appliquée.

Et c'est là qu'un petit grain de sable, en l’occurrence le héros Jonathan E., va s'immiscer peu à peu dans la machine. Privé de la femme qu'il aime, le personnage (interprété par un James Caan parfait dans ce rôle physique) devenu plus fort, plus emblématique que son jeu, va commencer à installer une sorte de désobéissance qu'il va falloir stopper immédiatement.

Il doit partir afin de ne pas faire d'ombre aux puissants qui gèrent la planète. Car ces dirigeants le savent pertinemment ; un héros peut engendrer une révolution. Contraint d'annoncer sa retraite par son « patron », Jonathan se permet l'affront ultime : dire non à cette demande et continuer son sport jusqu'à obtenir le statut d’icône dans une scène finale aux frissons garantis.

Très mal reçue à sa sortie en 1975, l’œuvre de Jewison était accusée de se complaire dans une violence gratuite, exposée facilement et outrageusement à l'écran. Toutefois, au-delà de cette critique facile, "Rollerball", qui depuis a atteint le statut d’œuvre culte, peut plutôt se voir comme une variation autour du libre arbitre et surtout sur la place d'un individu dans une société dictatoriale.

Même si il possède les défauts inhérents aux films des années 70 (comme une absence d'anticipation sur l'Internet notamment), "Rollerball" n'en reste pas pas moins un conte d'anticipation pour adulte, dérangeant et pessimiste. Une œuvre riche en thèmes abordés qu'il convient de placer au même niveau que les sommets du genre.

Critique d'une société de consommation alors en pleine mutation, le long-métrage de Jewison est devenu un classique qui méritait une édition collector à la mesure de sa réputation. C'est désormais chose faite.

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James Caan dans Rollerball

LE DVD

l'image du DVD testé est correcte même si quelques grains apparaissent lors de séquences plus sombres. Le son est excellent et rend justice aux excellents morceaux musicaux qui accompagnent ce film.

Du côté des bonus, comme souvent pour des films des années 70, peu de matériel d'origine : à l'exception du très bon documentaire « De Rome à Rollerball », datant de 1975, et quelques matériels d'origine (comme des bandes-annonces).

Les différents documents accompagnant ce long-métrage sont récents. "Retour dans l'arène : les coulisses du tournage", réalisé en 2001, donne l'opportunité à Norman Jewison d'effectuer un retour sur son œuvre. Outre un commentaire audio du cinéaste, une interview de James Caan, récente elle-aussi, favorise également une nouvelle appréciation de ce film. Plus anecdotique, un entretien avec le chef-cascadeur, Craig R.Baxley, permet de situer le niveau de difficultés des cascades effectuées à l'époque.

Enfin, "La 4ème ville : le tournage à Munich" explique l'utilisation des décors bavarois. Tout juste sorti des J.O. de 1972 de triste mémoire, la ville de Munich accueillit le tournage de "Rollerball" et mit à disposition, notamment, sa salle de basket ainsi que les tours BMW. Des bâtiments futuristes pour l'époque et qui constituaient le décor idéal pour ce monument du cinéma d'anticipation.

Auteur : Fabrice Simon

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