
1°)AVIS
Le
fléau humain.
Après
le fiasco de La plage en 1999, le cinéaste britannique Danny Boyle
revient avec une fiction horrifique qui se veut une relecture
de La nuit des morts-vivants, le classique de l’épouvante réalisé
par George A.Romero. Dès
les premières minutes, le ton est donné avec des images télévisées
montrant des émeutes d’une rare violence qui ne renieraient pas
la célèbre citation « l’homme est un loup pour l’homme ».
Le postulat de départ où un commando de la protection animale
libère un virus fatal (provenant de chimpanzés) à l’humanité fait
immédiatement penser à celui de L’armée des douze singes de Terry
Gilliam. Le scénario s’étale ensuite sur trois lieux décrivant
l’itinéraire laborieux d’un groupe de survivants.
28
jours ont passé, Jim se réveille d’un coma et arpente les rues
désertiques d’un Londres dévasté dont la reconstitution est d’un
réalisme saisissant. Selena et Mark, deux résistants lui apprennent
plus tard que l’épidémie s’est rapidement propagée par le sang
qui alterne l’état de santé des hommes. Animés par une rage bestiale,
ceux-ci se déplacent désormais par mouvements saccadés. Le propos
est donc toujours aussi pessimiste car l’être humain apparaît
une nouvelle fois comme l’artisan de sa propre extermination à
travers ses excès scientifiques. La fin du monde est-elle pour
demain ?
La
halte dans la campagne anglaise met davantage l’accent sur la
psychologie des non-contaminés. Cette partie se montre plus sobre
en tranchant avec le rythme haletant de la première et son ambiance
apocalyptique. Les personnages peuvent enfin souffler en se permettant
quelques notes d’humour. La relation entre Franck (l’imposant
Brendan Gleeson, l’un des seconds rôles de Gangs of New York)
et sa fille Hannah apporte un peu d’émotion. Mais pendant ce temps,
la peur de l’infection continue de planer.
L’ultime
destination conduit jusque dans un château à Manchester où la
sauvagerie reprend ses droits et culmine dans un assaut sous une
pluie orageuse. Un parallèle s’établit entre les bas instincts
de soldats dont le principal souci est de rassasier leur appétit
sexuel et la horde des contaminés assoiffés de sang. En deux mots
et sans vouloir faire de l’humour noir, nos héros doivent faire
le choix entre la peste et le choléra.
L’œuvre
bénéficie de la performance de comédiens quasiment inconnus du
grand public qui s’intègrent à l’histoire en traduisant à la perfection
leur désarroi face aux enjeux dramatiques. Tourné en vidéo numérique,
la réalisation malgré son côté expérimental se montre efficace
en exploitant un minimum de plans gores. La photographie s’appuyant
sur les effets de lumière et les maquillages très impressionnants
(notamment l’aspect cadavérique et les yeux rouges hémoglobine)
contribuent grandement à instaurer un climat glauque qui garde
le spectateur sous une tension parfois à la limite du soutenable.
A ce titre, on signalera la séquence de crevaison dans le tunnel
qui renvoie aux premiers films de John Carpenter. Toutefois, il
est dommage pour le récit, qu’une bande-son tonitruante à tendance
métal soit utilisée pour renforcer l’impact des attaques. De même
que pour l’épilogue qui cède à la facilité en ayant recours à
des schémas conventionnels.
Constituant
une réussite dans le genre, le long métrage de Danny Boyle assimile
avec subtilité toutes les références citées plus haut et tient
en alerte jusqu’à ce que la terreur vienne vous happer. D’ailleurs,
il vaut mieux prévenir que certaines scènes d’une barbarie extrême
sont à déconseiller aux âmes trop sensibles même si elles ne sont
que suggestives. En tous cas, gare aux sensations fortes !
Fabien
Rousseau

2°)AVIS
Attention !
Préparez-vous à vous retrouver dans un état de stress avancé,
en proie à des convulsions de peur incontrôlables, et les mains
horriblement crispées sur les accoudoirs du fauteuil !
Dans
un laboratoire, des chimpanzés en cage servent de cobayes à d’innommables
expériences scientifiques. Soudain, une poignée d’individus inconscients,
emportés par leur conviction de défenseurs des animaux, libèrent
tous les chimpanzés… Mais ceux-ci, contaminés par un virus mystérieux
et atteints d’une rage folle furieuse, se précipitent sur leurs
bienfaiteurs et les réduisent en miettes en quelques secondes…
28
jours plus tard, Jim, allongé dans une chambre d’hôpital, se réveille
d’un coma profond pour plonger dans un réel cauchemar : il
découvre que dans l’hôpital, dans Londres, dans toute l’Angleterre,
il n’y a plus personne. Terrible sensation de se sentir seul au
monde. Face
à ce drame incompréhensible, il part à la recherche d’explications :
la population semble avoir été décimée par un mal foudroyant et
d’une horreur inqualifiable. Il
ignore encore qu’à chacun de ses pas, il risque de tomber sur
un de ces « contaminés », têtes-chercheuses mues par
une soif irrépressible de massacre…
«28
jours plus tard» suinte l’angoisse de bout en bout, sème l’épouvante,
frôle le gore sans jamais tomber dans ce registre facile pour
malmener le spectateur. Les plans sur les corps tuméfiés et livides
font froid dans le dos ! La violence de ce film -qui est
indéniable, gare aux âmes sensibles et aux cardiaques !-
n’est pas gratuite mais entièrement justifiée par le propos. Et
Danny Boyle réussit à nous emmener, l’angoisse vissée au cœur,
aux côtés de Jim dont la quête semble à la fois perdue d’avance
et dénuée de sens. Aller où ?
Grâce
au travail exceptionnel au niveau de la photographie et de la
lumière (saluons au passage le talent de l’équipe du film), Danny
Boyle réussit à maintenir en nous une peur latente menaçant de
nous pétrifier à chaque instant dans la crainte de ce qui peut
ou va surgir de l’ombre. En effet, Danny Boyle choisit de suggérer,
de ne dévoiler l’horreur que par des visions fugitives tout en
nuances plutôt que de la montrer de manière crue, ce qui renforce
notre traumatisme et développe ainsi la puissance des fantasmes
de peur… Pas moyen d’échapper à l’emprise du film !
Seules
certaines répliques, non dénuées d’humour dans pareille situation,
nous permettent de relâcher quelques instants la tension devenue
trop vive. Et de rares moments de joie laissent entrevoir une
lueur d’espoir (mais rien qu’une lueur !) : vous n’avez
jamais rêvé d’entrer dans un supermarché et d’avoir carte blanche
pour remplir votre caddie de tout ce que vous désirez, sans même
payer un centime ?!
Comme
dans «La plage», Danny Boyle aborde le thème de la survie humaine
dans une situation particulière, sans négliger la dimension des
relations humaines entre les personnages : le capital émotion
de «28 jours plus tard». S’entourant pour ce film d’acteurs inconnus
du grand-public, il donne davantage de crédibilité à cette possible
fin du monde et nous implique d’autant plus dans sa vision apocalyptique
de l’Angleterre. Sans compter que les acteurs, et plus particulièrement
Cillian Murphy (Jim), sont à ce point fascinants dans leurs rôles
que nous basculons dans leur monde, que nous ressentons ce qu’ils
ressentent sans même nous en rendre compte.
Sans
états d’âme, Danny Boyle s’attaque à la terrible question existentielle :
«A-t-on encore des raisons individuelles de se battre pour survivre
alors que c’est toute l’espèce humaine qui est menacée d’extinction ?».
Un film
de science-fiction aux allures de thriller qui nous embarque pour
un voyage aux portes de l’enfer. Avec «28 jours plus tard», l’expression
"vert de peur" prend un sens tellement réel qu’on en
a la nausée !
Nathalie
Debavelaere
Le
Quotidien du Cinéma
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