14 novembre 2018
Critiques

3 Billboards, Les Panneaux de la vengeance : L’uppercut de la semaine

Favori dans la course aux Oscars, ce film agit comme un coup de poing dans l'estomac.

L'action se déroule dans le Missouri, dans la petite ville d'Ebbing où les rumeurs vont très vite et où tout le monde connait tout le monde. Après 9 mois d'enfer, Mildred Hayes (qui n'est plus que l'ombre d'elle-même), telle un cowboy prêt à dégainer son arme, ne sait toujours pas qui a violé et calciné sa fille. L'enquête semble déjà tombée dans l'oubli du commissariat de police mais Mildred ne compte pas laisser faire une telle injustice et reste décidée à se venger.

Son idée génialissime d'utiliser trois vieux panneaux publicitaires pour afficher un message percutant teinté d'un rouge sang, agit comme une bombe et ne manque pas de créer le chaos autour d'elle. Une initiative qui va faire réagir la police et faire reprendre l'enquête.

L'ambiance est telle qu'on se croirait par moment dans les années 60 en plein dans l'époque de la ségrégation raciale et de passages à tabac car de nombreux dialogues insinuent le racisme et le gout de la baston d'un flic de la brigade incarné par Sam Rockwell. Le bon vieux cliché du flic bedonnant, ivre à longueur de journée et couvé par sa mère. Un personnage complexe qui va au-delà de nos attentes car si le spectateur le trouvera tantôt idiot (ce qui lui donnera sérieusement envie de rire) ou effrayant à cause de ses accès de violence, il arrive à créer la surprise en évoluant tout le long du scénario et en gagnant en ampleur et en sagesse.

Le personnage qui guide toute cette ville et qui réussit à apaiser les conflits se trouve être le shérif Willoughby, joué par Woody Harrelson, pourtant le premier touché par les panneaux publicitaires incendiant. Il n'y a rien à dire quant au casting, il est parfait et chaque personnage nous régale, en passant par Caleb Landry Jones qui joue le jeune espiègle et tendre propriétaire de la compagnie publicitaire mais aussi par le nain de la ville joué par Peter Dinklage qui s'est amouraché de Mildred.

Dans cette ambiance de Far West où chacun tente d'intimider son adversaire, la haine est utilisée pour obtenir vengeance mais ne fait pas pour autant des personnages des ennemis de toujours. Chacun met de l'eau dans son vin et on comprend que la ville d'Ebbing comme énième personnage du film retrouvera vite son équilibre et sa tranquillité. On a presque envie de parler d'un feel good movie alors que le fond de l'histoire est purement dramatique.

Tout du long de ce qu'on peut appeler une comédie noire, Martin McDonagh nous fait habilement passer du rire à la culpabilité en mettant ses personnages dans une situation extrêmement cocasse avec un langage bien fleuri parsemé de « fucking » par ci « fucking » par-là, pour terminer la scène dans un portrait touchant où les faiblesses de chacun sont mises en exergue. Chaque portrait nous saisit et nous montre ce qu'il y a au-delà des apparences.

Frances McDormand qui a reçu un un Golden Globe est fabuleuse dans ce rôle de femme forte et piquante rongée par l'angoisse et la culpabilité. Elle nous emporte dans sa soif de vengeance et nous fait aussi rire dans ses excès. Enfin, la violence physique du film est aussi phénoménale que les rapports des personnages entre eux sont plein de remises en question et d'empathie.
Auteur :Clémence Leroy
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