L'AVIS
DE LA REDACTION
1°)AVIS
: CONTRE
Un homme
et deux femmes…
Se prenant
toujours pour l’Antonioni français, le pathétique et malheureusement
prolifique François Ozon a décidé de nous parler du couple.
Mais le propos du cinéaste est tellement original et nuancé
qu’on est plus proche d’un Lelouch des mauvais jours que de
l’Avventura. Pour
palier le vide et la fadeur qui parcourent tout son film, le
nouveau petit génie du cinéma français a recours au concept
pour souligner au spectateur égaré qu’il est bel et bien devant
ce qu’on appelle communément un film d’auteur.
Soit cinq
moments de la vie d’un couple, Marion et Gilles (Valéria Bruni-Tedeschi
et Stéphane Freiss, tous les deux magnifiques), de la rencontre
à la rupture. Mais comme nous sommes devant un film d’auteur
et que par conséquent Ozon est un cinéaste intelligent, il use
d’un procédé qui a, il y a deux ans, donné naissance à une autre
daube cinématographique : Irréversible de Gaspard Noé.
5x2 va donc
raconter à l’envers ces 5 grands moments de riches et intenses
émotions qui sont (dans le désordre donc) : la rupture, une
soirée de bourgeois encanaillés, la naissance de l’enfant, le
mariage et la rencontre. Mais (car il y a encore un mais) nous
sommes devant un film de François Ozon, un auteur donc, c’est-à-dire
un cinéaste qui a univers ou tout du moins un style. Ce petit
malin va ajouter sa note pseudo-subversive, son fonds de commerce
habituel avec ces petites scènes censées déranger ou choquer
: après que leur divorce soit prononcé, le couple se retrouve
dans un hôtel et Gilles finit par enculer son ex-femme ; durant
la soirée, homos et hétéros philosophent gentiment sur l’infidélité
(un récital de lieux communs) et Gilles fait le récit d’une
partouze à laquelle il a participé ainsi que sa femme ; durant
la nuit de noces, Gilles étant trop bourré, c’est avec un autre
que Marion s’envoie en l’air et revient aussitôt dans le lit
conjugal en clamant son amour à son chéri de mari…
Dans ce
concept étouffant et terriblement vain, les personnages n’ont
plus le temps et l’espace nécessaires pour exister pleinement.
Nous sommes ni plus ni moins devant des esquisses de personnages,
presque des caricatures. Mais c’est surtout le personnage de
Géraldine Pailhas (une nouvelle fois sous-employée) qui est
le plus épouvantablement traité. Apparaissant à la toute fin
du film, Ozon en fait un personnage repoussoir (une petite peste
froide et belliqueuse…) afin de légitimer la décision de Gilles
(la quitter pour Marion…).
Jamais le
cinéaste parvient à émouvoir, étonner. Son film est une succession
de scènes étonnamment plates, dénuées de trouble, de mystère;
des scènes déjà vues, tellement balisés qu’elles en deviennent
ridicules. De plus, Ozon se révèle fin analyste des rapports
hommes-femmes en suggérant que l’échec de Gilles auprès de ces
deux femmes vient certainement de son homosexualité refoulée.
CQFD. Merci docteur, combien je vous dois ?
Se concluant
sur une image de carte postale avec soleil couchant des plus
mièvres, 5x2 confirme que François Ozon est certainement le
cinéaste français le plus surestimé du moment.
Christophe
Roussel

Valeria
Bruni-Tedeschi, Stéphane Freiss et Géraldine Pailhas.
2°)AVIS
: CONTRE
Sale
temps pour les couples !
Comme
Yvan Attal, François Ozon a le couple dans le collimateur… Sauf
que sa vision du couple est d’un pessimisme hallucinant à vous
écoeurer de la vie à 2. En
gros, toute histoire d’amour, pour Ozon, est condamnée d’avance,
et la construction à rebours de son film, qui évoque 5 événements
majeurs de la vie conjugale, du divorce à la rencontre, renforce
le sentiment que l’échec est inscrit dans les gênes même de
l’Amour, est à l’état latent dans la genèse de toute histoire
amoureuse : la fin est connue d’avance, la relation qui se tisse
se soldera de toute façon par un divorce…
Si
« Irréversible » de Gaspard Noé a soulevé bien des
polémiques quant à l’horreur insoutenable de la scène du viol,
que dire de la scène d’ouverture de « 5x2 » qui enchaîne
coup sur coup un divorce - avec la douleur intérieure engendrée
par l’officialisation de la séparation sous forme de formalités
administratives où les individus sont immanquablement réduits
à l’état d’objets - et un viol conjugal qui est la forme la
plus abjecte de l’Amour. Après la rupture morale et sociale,
la rupture prend sens et corps physiquement, anéantissant d’emblée
et définitivement la beauté des sentiments dans la violence,
quels qu’ils aient pu être jusqu’alors…
Mis
à part la noirceur glaciale et dérangeante dont Ozon fait preuve,
le moins qu’on puisse dire c’est que son film est tout bonnement
stérile. Si le titre « 5x2 » attise la curiosité,
l’inspiration d’Ozon s’arrête là… A part un affichage clair
de sa vision de la vie conjugale qui est d’un pessimisme absolu
et sans appel, la construction à rebours qu’a choisie Ozon n’apporte
rien à un scénario qui se contente d’aborder la notion de couple
en surface. Divorce, éloignement et disputes, accouchement,
mariage, rencontre… Ces 5 moments de la vie de Gilles et Marion
s’enchaînent, accolés les uns à la suite des autres sans transition
soignée, leur histoire se retrouvant de fait réduite à une peau
de chagrin.
Uniquement
préoccupé par la forme à rebours de son film et par la pseudo-leçon
de vie qu’il cherche à nous donner sur la vie conjugale avec
ses soumissions et ses hypocrisies, Ozon porte des œillères
et fonce tout droit dans ses convictions (qui n’appartiennent
qu’à lui). Il ne creuse ni la complexité de l’Amour et des sentiments,
ni la difficulté pour 2 personnes de conjuguer leurs 2 solitudes
pour faire un « nous » pour la vie entière. Manque
d’inspiration ou volonté de déranger ? Ou les deux peut-être ?
Car il apparaît flagrant qu’en signant un film aussi dénué de
substance, avec des séquences mises en scène de manière un peu
brute de décoffrage, qui se suivent sans rythme, sans sursaut,
sans suspense, Ozon s’essouffle. Et il cache cette absence d’épaisseur
et de matière derrière le vernis de la noirceur fataliste qui,
il le sait, mettra le spectateur mal à l’aise.
Ozon
est comme un juge qui aurait décidé d’engager un procès contre
la vie et qui la condamnerait d’avance avant même d’avoir entendue
ce qu’elle avait à dire…
Et les acteurs ont beau faire leur possible, ils ne peuvent
ôter ce sentiment de répulsion instinctive que nous éprouvons
à l’égard du film.
Bilan
final : « 5x2 » = 0 pointé. Un film « sans »
que je vous déconseille, doté d’une excellente B.O entraînante
et envoûtante que par contre je vous recommande vivement.
Nathalie
Debavelaere

3°)AVIS
: POUR
Il y a
quelque chose de pourri au royaume d'Ozon. Un royaume peuplé
d'hommes des bois, d'amants meurtriers et d'identités transparentes.
Mais il s'agira à chaque film d'une substance dense et épaisse
que le réalisateur voudra traiter. Après "Swimming Pool", revirement
de direction pour François Ozon qui n'a pas finit de nous foudroyer.
Avec "5x2", il se propose de narrer, d'analyser cinq moments,
cinq épisodes de la vie d'un couple.
Mise à part
l'alchimie fulgurante entre Valéria Bruni-Tedeschi et Stéphane
Freiss, Ozon saisit à plusieurs reprises le spectateur au poignet
et l'asséne de tensions brutes de décoffrage. Des tensions homme/femme
qu'il expose à travers cinq moments-clés du couple. A commencer
d'abord par une scène de viol qui annonce de façon cinglante
la problèmatique conjuguale qu'il va falloir aborder. Plus on
recule dans le temps, plus on se rend compte que le couple était
déjà difforme et que la séparation était amorcée bien avant
l'union des deux êtres. Tromperie,
mensonge, jalousie et souffrance, serait-ce donc la recette
du couple de nos jours pour Ozon ? Une question à prendre avec
des pincettes. Car "5x2" restreint le champ d'action d'Ozon
tout en lui donnant une liberté totale. On ne voit qu'un couple
en souffrance. Un couple parmi d'autres. Mais voilà, le réalisateur
se pose en maître et c'est donc sa façon d'analyser, de voir
l'histoire de Marie, de Gilles et un enfant, que l'on voit à
l'écran. Leur histoire, teintée de rose et de souffre. Leur
histoire, et pas une autre.
Au sein
de ce couple, le film dissémine ça et là quelques graines d'un
temps ancien, comme celui du couple incarné par Michael Lonsdale
et Françoise Fabian. Le duo d'une autre génération, qui a su
résister à travers vents et marées, pour arriver jusqu'à nous,
jusqu'à la réalité du couple d'aujourd'hui. Pour Ozon, ce temps
du couple intact est parfaitement révolu.
Histoire
compte-à-rebours, à la manière de ce qu'avait fait Gaspard Noé
dans "Irréversible", le film se finit paradoxalement sur un
noir mythifiant lourd de sens et chargé de poésie amoureuse.
Un langoureux soleil pourpre teinte donc cette histoire entre
un homme et une femme, dont on connaît déjà la fatalité. L'amour
éphémère, chez Ozon, est emprunt de poésie destructrice qui
mettra toujours le spectateur lambda mal à l'aise dans son siège,
et on aime ça.
Houmann
Reissi
4°)AVIS
: POUR
Les histoires
d'amour finissent mal (en général).
Septième
long-métrage de François Ozon, 5 x 2 est la cruelle mais lucide
autopsie d'un couple d'aujourd'hui, de sa belle naissance à
son amère séparation, où le cinéaste pose quelques questions
essentielles sur la vie à deux à travers cinq moments clés racontés
à rebours. Une oeuvre en équilibre précaire, souvent à la limite
des clichés, magnifiquement interprétée par un couple aussi
inédit que convaincant : Valeria Bruni-Tedeschi et Stéphane
Freiss. Tels deux boxeurs sonnés après un épuisant combat, Marion
et Gilles écoutent presque hébétés, le regard perdu, le jugement
de leur divorce, point final d'une histoire d'amour né il y
a quelques années.
Depuis cette
situation initiale, banale mais terrible, François Ozon remonte
à la source et tisse alors le récit enchevêtré d'une passion
et d'un échec amoureux en dévidant le fil d'une relation complexe
où chacun est responsable des petites trahisons, imperceptibles
renoncements et médiocres fuites conduisant à l'inexorable séparation.
Pourtant, avant d'évoquer ces instants joyeux ou tristes au
cours desquels se cristallisent les sentiments d'un couple,
le cinéaste filme Marion et Gilles dans le lit d'une chambre
d'hôtel, ultime étreinte en guise de cadeau d'adieu, où se mêlent
la beauté du don des corps et la tristesse du désir disparu.
Car la brûlure qui tenaillait les amants s'est évanouie dans
le ressentiment mutuel et, bientôt, les larmes inondent le visage
de Marion qui subit les violents assauts de Gilles, exutoire
ignoble pour cet homme défait. Une scène presque insoutenable
traversée par une haine extrême et un immense dégoût où chacun
peut mesurer l'abîme qui les sépare désormais. Une lutte sans
vainqueur ni vaincu, épilogue d'une histoire qui s'achève dans
l'incompréhension mutuelle.
Le cinéaste
choisit alors de remonter le cours de ce fleuve impétueux où
frayent les sentiments les plus contrastés et d'ausculter, sous
la loupe d'une caméra souvent féroce mais jamais cynique, ces
glissements progressifs vers l'indifférence, rivages désormais
hostiles sur lesquels s'échouent un homme et une femme qui pensaient
pourtant avoir découvert le paradis perdu des amours éternelles.
Car évidemment, aucun ne doutait que ce fut pour toute la vie
à l'aube des promesses d'une enivrante passion. Cependant, Marion
et Gilles vont apprendre à mesurer l'écart, parfois infime lorsqu'il
se creuse sous les pas du malentendu, entre le hasard et le
destin, entre l'éphémère et l'immuable, entre une heureuse coïncidence
par laquelle s'agrègent deux aspirations et une rencontre décisive
où se croisent deux trajectoires pour ne plus former qu'une
seule ligne, certes accidentée et sinueuse mais terriblement
exaltante.
A travers
le prisme d'un repas qui vire au jeu de la blessante vérité
de reproches trop longtemps tus, de la naissance d'un enfant
qui révèle les angoisses et les peurs de chacun, du mariage
qui s'ouvre dans l'insouciance et la joie et s'achève au petit
matin dans le doute et la mélancolie, François Ozon esquisse
les contours d'un amour gagné peu à peu par le désenchantement
et l'incompréhension.
Dans un
subtil paradoxe, le dernier plan du film montre ce couple naissant,
marchant sur la plage, main dans la main, baigné par les derniers
rayons d'un soleil couchant. Soit une image à la fois transparente
(le cliché de l'innocence amoureuse) et complexe (les premiers
pas d'une histoire vouée à l'échec) où se jouent l'exaltation
d'un amour à construire et l'amertume d'un fiasco sentimental
annoncé.
Selon que
vous serez transporté ou déçu par l'amour, vous y puiserez alors
les raisons d'y croire ou pas...
Patrick
Beaumont
L'AVIS
DE NOS LECTEURS
"Suite
à la vision de ce film mon sentiment est mitigé. Il m'a
mis mal à l'aise. Peut être est-ce du à
la banalité des choses et à la façon dont
cela est filmé. C'est un bon film mais, aujourd'hui encore,
il me donne un arrière goût amer peut être
parce que je suis une femme ou peut être parce que cela
est trop proche de la réalite. Mon mari a, quant à
lui, énormément apprécié le concept du
départ "à l'envers" et d'explications non fournies quant
a l'histoire, ce qui laisse une très grande place à l'imaginaire
et donc à une certaine introspection il faut l'avouer.. Je pense
qu'un couple ne sort pas indemne de ce film. De toutes façons,
cela nous a donné envie de vivre tout à 100%. Il faut
admettre que c'est un film hors norme. J'avais aimé "8 femmes",
adoré "Swimming Pool" et là je dirais que François Ozon
est passé à un autre stade, c'est du Ozon mais différent
et après tout n'est ce pas ce que l'on attend d'un réalisateur
avant tout.. Merci quand même pour ce bon moment et cette
tranche de vie."
C. Van Impe
(Lille)
"Les
points positifs sont la mise en scène en 5 parties qui remonte
le temps sur les principaux moments de la vie du couple et les
acteurs qui jouent très bien. Sinon le sujet ne prend que des
faits qui se retrouvent dans la vie de tous les jours et reste
plutôt superficiel. J'aurais préféré que cela soit un peu plus
fouillé ou approfondi sur les causes ou raisons qui ont poussé
les personnages à agir à certains moments. Ce film laisse une
impression négative de la vie de couple en général et n'est
pas très optimiste malgré les dernières images très belles sur
la plage mais qui est en réalité le début....de la fin !"
F. Dudragne
(Mons en Baroeul)
"J'ai
trouvé que le film était parfois un peu trop long.
Toutefois, François Ozon maîtrise bien son sujet et son
décalage est inquiétant. Je me demande quand même si la
scène d'amour du début était bien nécessaire.
Tous les spectateurs ont-ils bien reçu et compris le message
?"
R. Vandenberghe
(Saint Jans Cappel)
Le
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Qu'on se le dise...