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5 FOIS 2

Un film de François Ozon avec Valeria Bruni-Tedeschi, Stéphane Freiss, Géraldine Pailhas, Françoise Fabian et Michael Lonsdale.

Sortie le 01 septembre 2004.

 

 

 

Crédits photographiques : Mars Distribution.

Cinq moments de la vie d'un couple d'aujourd'hui.

L'AVIS DE LA REDACTION

1°)AVIS : CONTRE

Un homme et deux femmes…  

Se prenant toujours pour l’Antonioni français, le pathétique et malheureusement prolifique François Ozon a décidé de nous parler du couple. Mais le propos du cinéaste est tellement original et nuancé qu’on est plus proche d’un Lelouch des mauvais jours que de l’Avventura. Pour palier le vide et la fadeur qui parcourent tout son film, le nouveau petit génie du cinéma français a recours au concept pour souligner au spectateur égaré qu’il est bel et bien devant ce qu’on appelle communément un film d’auteur.

Soit cinq moments de la vie d’un couple, Marion et Gilles (Valéria Bruni-Tedeschi et Stéphane Freiss, tous les deux magnifiques), de la rencontre à la rupture. Mais comme nous sommes devant un film d’auteur et que par conséquent Ozon est un cinéaste intelligent, il use d’un procédé qui a, il y a deux ans, donné naissance à une autre daube cinématographique : Irréversible de Gaspard Noé.

5x2 va donc raconter à l’envers ces 5 grands moments de riches et intenses émotions qui sont (dans le désordre donc) : la rupture, une soirée de bourgeois encanaillés, la naissance de l’enfant, le mariage et la rencontre. Mais (car il y a encore un mais) nous sommes devant un film de François Ozon, un auteur donc, c’est-à-dire un cinéaste qui a univers ou tout du moins un style. Ce petit malin va ajouter sa note pseudo-subversive, son fonds de commerce habituel avec ces petites scènes censées déranger ou choquer : après que leur divorce soit prononcé, le couple se retrouve dans un hôtel et Gilles finit par enculer son ex-femme ; durant la soirée, homos et hétéros philosophent gentiment sur l’infidélité (un récital de lieux communs) et Gilles fait le récit d’une partouze à laquelle il a participé ainsi que sa femme ; durant la nuit de noces, Gilles étant trop bourré, c’est avec un autre que Marion s’envoie en l’air et revient aussitôt dans le lit conjugal en clamant son amour à son chéri de mari…

Dans ce concept étouffant et terriblement vain, les personnages n’ont plus le temps et l’espace nécessaires pour exister pleinement. Nous sommes ni plus ni moins devant des esquisses de personnages, presque des caricatures. Mais c’est surtout le personnage de Géraldine Pailhas (une nouvelle fois sous-employée) qui est le plus épouvantablement traité. Apparaissant à la toute fin du film, Ozon en fait un personnage repoussoir (une petite peste froide et belliqueuse…) afin de légitimer la décision de Gilles (la quitter pour Marion…).

Jamais le cinéaste parvient à émouvoir, étonner. Son film est une succession de scènes étonnamment plates, dénuées de trouble, de mystère; des scènes déjà vues, tellement balisés qu’elles en deviennent ridicules. De plus, Ozon se révèle fin analyste des rapports hommes-femmes en suggérant que l’échec de Gilles auprès de ces deux femmes vient certainement de son homosexualité refoulée. CQFD. Merci docteur, combien je vous dois ?

Se concluant sur une image de carte postale avec soleil couchant des plus mièvres, 5x2 confirme que François Ozon est certainement le cinéaste français le plus surestimé du moment.

Christophe Roussel

Valeria Bruni-Tedeschi, Stéphane Freiss et Géraldine Pailhas.

 

2°)AVIS : CONTRE

Sale temps pour les couples !

Comme Yvan Attal, François Ozon a le couple dans le collimateur… Sauf que sa vision du couple est d’un pessimisme hallucinant à vous écoeurer de la vie à 2. En gros, toute histoire d’amour, pour Ozon, est condamnée d’avance, et la construction à rebours de son film, qui évoque 5 événements majeurs de la vie conjugale, du divorce à la rencontre, renforce le sentiment que l’échec est inscrit dans les gênes même de l’Amour, est à l’état latent dans la genèse de toute histoire amoureuse : la fin est connue d’avance, la relation qui se tisse se soldera de toute façon par un divorce…

Si « Irréversible » de Gaspard Noé a soulevé bien des polémiques quant à l’horreur insoutenable de la scène du viol, que dire de la scène d’ouverture de « 5x2 » qui enchaîne coup sur coup un divorce - avec la douleur intérieure engendrée par l’officialisation de la séparation sous forme de formalités administratives où les individus sont immanquablement réduits à l’état d’objets - et un viol conjugal qui est la forme la plus abjecte de l’Amour. Après la rupture morale et sociale, la rupture prend sens et corps physiquement, anéantissant d’emblée et définitivement la beauté des sentiments dans la violence, quels qu’ils aient pu être jusqu’alors…

Mis à part la noirceur glaciale et dérangeante dont Ozon fait preuve, le moins qu’on puisse dire c’est que son film est tout bonnement stérile. Si le titre « 5x2 » attise la curiosité, l’inspiration d’Ozon s’arrête là… A part un affichage clair de sa vision de la vie conjugale qui est d’un pessimisme absolu et sans appel, la construction à rebours qu’a choisie Ozon n’apporte rien à un scénario qui se contente d’aborder la notion de couple en surface. Divorce, éloignement et disputes, accouchement, mariage, rencontre… Ces 5 moments de la vie de Gilles et Marion s’enchaînent, accolés les uns à la suite des autres sans transition soignée, leur histoire se retrouvant de fait réduite à une peau de chagrin.

Uniquement préoccupé par la forme à rebours de son film et par la pseudo-leçon de vie qu’il cherche à nous donner sur la vie conjugale avec ses soumissions et ses hypocrisies, Ozon porte des œillères et fonce tout droit dans ses convictions (qui n’appartiennent qu’à lui). Il ne creuse ni la complexité de l’Amour et des sentiments, ni la difficulté pour 2 personnes de conjuguer leurs 2 solitudes pour faire un « nous » pour la vie entière. Manque d’inspiration ou volonté de déranger ? Ou les deux peut-être ? Car il apparaît flagrant qu’en signant un film aussi dénué de substance, avec des séquences mises en scène de manière un peu brute de décoffrage, qui se suivent sans rythme, sans sursaut, sans suspense, Ozon s’essouffle. Et il cache cette absence d’épaisseur et de matière derrière le vernis de la noirceur fataliste qui, il le sait, mettra le spectateur mal à l’aise.

Ozon est comme un juge qui aurait décidé d’engager un procès contre la vie et qui la condamnerait d’avance avant même d’avoir entendue ce qu’elle avait à dire… Et les acteurs ont beau faire leur possible, ils ne peuvent ôter ce sentiment de répulsion instinctive que nous éprouvons à l’égard du film.

Bilan final : « 5x2 » = 0 pointé. Un film « sans » que je vous déconseille, doté d’une excellente B.O entraînante et envoûtante que par contre je vous recommande vivement.

Nathalie Debavelaere

 

3°)AVIS : POUR

Il y a quelque chose de pourri au royaume d'Ozon. Un royaume peuplé d'hommes des bois, d'amants meurtriers et d'identités transparentes. Mais il s'agira à chaque film d'une substance dense et épaisse que le réalisateur voudra traiter. Après "Swimming Pool", revirement de direction pour François Ozon qui n'a pas finit de nous foudroyer. Avec "5x2", il se propose de narrer, d'analyser cinq moments, cinq épisodes de la vie d'un couple.

Mise à part l'alchimie fulgurante entre Valéria Bruni-Tedeschi et Stéphane Freiss, Ozon saisit à plusieurs reprises le spectateur au poignet et l'asséne de tensions brutes de décoffrage. Des tensions homme/femme qu'il expose à travers cinq moments-clés du couple. A commencer d'abord par une scène de viol qui annonce de façon cinglante la problèmatique conjuguale qu'il va falloir aborder. Plus on recule dans le temps, plus on se rend compte que le couple était déjà difforme et que la séparation était amorcée bien avant l'union des deux êtres. Tromperie, mensonge, jalousie et souffrance, serait-ce donc la recette du couple de nos jours pour Ozon ? Une question à prendre avec des pincettes. Car "5x2" restreint le champ d'action d'Ozon tout en lui donnant une liberté totale. On ne voit qu'un couple en souffrance. Un couple parmi d'autres. Mais voilà, le réalisateur se pose en maître et c'est donc sa façon d'analyser, de voir l'histoire de Marie, de Gilles et un enfant, que l'on voit à l'écran. Leur histoire, teintée de rose et de souffre. Leur histoire, et pas une autre.

Au sein de ce couple, le film dissémine ça et là quelques graines d'un temps ancien, comme celui du couple incarné par Michael Lonsdale et Françoise Fabian. Le duo d'une autre génération, qui a su résister à travers vents et marées, pour arriver jusqu'à nous, jusqu'à la réalité du couple d'aujourd'hui. Pour Ozon, ce temps du couple intact est parfaitement révolu.

Histoire compte-à-rebours, à la manière de ce qu'avait fait Gaspard Noé dans "Irréversible", le film se finit paradoxalement sur un noir mythifiant lourd de sens et chargé de poésie amoureuse. Un langoureux soleil pourpre teinte donc cette histoire entre un homme et une femme, dont on connaît déjà la fatalité. L'amour éphémère, chez Ozon, est emprunt de poésie destructrice qui mettra toujours le spectateur lambda mal à l'aise dans son siège, et on aime ça.

Houmann Reissi

 

 

4°)AVIS : POUR

Les histoires d'amour finissent mal (en général).

Septième long-métrage de François Ozon, 5 x 2 est la cruelle mais lucide autopsie d'un couple d'aujourd'hui, de sa belle naissance à son amère séparation, où le cinéaste pose quelques questions essentielles sur la vie à deux à travers cinq moments clés racontés à rebours. Une oeuvre en équilibre précaire, souvent à la limite des clichés, magnifiquement interprétée par un couple aussi inédit que convaincant : Valeria Bruni-Tedeschi et Stéphane Freiss. Tels deux boxeurs sonnés après un épuisant combat, Marion et Gilles écoutent presque hébétés, le regard perdu, le jugement de leur divorce, point final d'une histoire d'amour né il y a quelques années.

Depuis cette situation initiale, banale mais terrible, François Ozon remonte à la source et tisse alors le récit enchevêtré d'une passion et d'un échec amoureux en dévidant le fil d'une relation complexe où chacun est responsable des petites trahisons, imperceptibles renoncements et médiocres fuites conduisant à l'inexorable séparation. Pourtant, avant d'évoquer ces instants joyeux ou tristes au cours desquels se cristallisent les sentiments d'un couple, le cinéaste filme Marion et Gilles dans le lit d'une chambre d'hôtel, ultime étreinte en guise de cadeau d'adieu, où se mêlent la beauté du don des corps et la tristesse du désir disparu. Car la brûlure qui tenaillait les amants s'est évanouie dans le ressentiment mutuel et, bientôt, les larmes inondent le visage de Marion qui subit les violents assauts de Gilles, exutoire ignoble pour cet homme défait. Une scène presque insoutenable traversée par une haine extrême et un immense dégoût où chacun peut mesurer l'abîme qui les sépare désormais. Une lutte sans vainqueur ni vaincu, épilogue d'une histoire qui s'achève dans l'incompréhension mutuelle.

Le cinéaste choisit alors de remonter le cours de ce fleuve impétueux où frayent les sentiments les plus contrastés et d'ausculter, sous la loupe d'une caméra souvent féroce mais jamais cynique, ces glissements progressifs vers l'indifférence, rivages désormais hostiles sur lesquels s'échouent un homme et une femme qui pensaient pourtant avoir découvert le paradis perdu des amours éternelles. Car évidemment, aucun ne doutait que ce fut pour toute la vie à l'aube des promesses d'une enivrante passion. Cependant, Marion et Gilles vont apprendre à mesurer l'écart, parfois infime lorsqu'il se creuse sous les pas du malentendu, entre le hasard et le destin, entre l'éphémère et l'immuable, entre une heureuse coïncidence par laquelle s'agrègent deux aspirations et une rencontre décisive où se croisent deux trajectoires pour ne plus former qu'une seule ligne, certes accidentée et sinueuse mais terriblement exaltante.

A travers le prisme d'un repas qui vire au jeu de la blessante vérité de reproches trop longtemps tus, de la naissance d'un enfant qui révèle les angoisses et les peurs de chacun, du mariage qui s'ouvre dans l'insouciance et la joie et s'achève au petit matin dans le doute et la mélancolie, François Ozon esquisse les contours d'un amour gagné peu à peu par le désenchantement et l'incompréhension.

Dans un subtil paradoxe, le dernier plan du film montre ce couple naissant, marchant sur la plage, main dans la main, baigné par les derniers rayons d'un soleil couchant. Soit une image à la fois transparente (le cliché de l'innocence amoureuse) et complexe (les premiers pas d'une histoire vouée à l'échec) où se jouent l'exaltation d'un amour à construire et l'amertume d'un fiasco sentimental annoncé.

Selon que vous serez transporté ou déçu par l'amour, vous y puiserez alors les raisons d'y croire ou pas...

Patrick Beaumont

 

 

 

L'AVIS DE NOS LECTEURS

"Suite à la vision de ce film mon sentiment est mitigé. Il m'a mis mal à l'aise. Peut être est-ce du à la banalité des choses et à la façon dont cela est filmé. C'est un bon film mais, aujourd'hui encore, il me donne un arrière goût amer peut être parce que je suis une femme ou peut être parce que cela est trop proche de la réalite. Mon mari a, quant à lui, énormément apprécié le concept du départ "à l'envers" et d'explications non fournies quant a l'histoire, ce qui laisse une très grande place à l'imaginaire et donc à une certaine introspection il faut l'avouer.. Je pense qu'un couple ne sort pas indemne de ce film. De toutes façons, cela nous a donné envie de vivre tout à 100%. Il faut admettre que c'est un film hors norme. J'avais aimé "8 femmes", adoré "Swimming Pool" et là je dirais que François Ozon est passé à un autre stade, c'est du Ozon mais différent et après tout n'est ce pas ce que l'on attend d'un réalisateur avant tout.. Merci quand même pour ce bon moment et cette tranche de vie."

C. Van Impe (Lille)

 

"Les points positifs sont la mise en scène en 5 parties qui remonte le temps sur les principaux moments de la vie du couple et les acteurs qui jouent très bien. Sinon le sujet ne prend que des faits qui se retrouvent dans la vie de tous les jours et reste plutôt superficiel. J'aurais préféré que cela soit un peu plus fouillé ou approfondi sur les causes ou raisons qui ont poussé les personnages à agir à certains moments. Ce film laisse une impression négative de la vie de couple en général et n'est pas très optimiste malgré les dernières images très belles sur la plage mais qui est en réalité le début....de la fin !"

F. Dudragne (Mons en Baroeul)

 

"J'ai trouvé que le film était parfois un peu trop long. Toutefois, François Ozon maîtrise bien son sujet et son décalage est inquiétant. Je me demande quand même si la scène d'amour du début était bien nécessaire. Tous les spectateurs ont-ils bien reçu et compris le message ?"

R. Vandenberghe (Saint Jans Cappel)

 

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