19 décembre 2018
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88 Minutes : Terrifiant !

Al Pacino est de retour ! Et attention ! Il n'est pas là pour s'incruster dans un casting déjà 12 étoiles (Ocean's Thirteen, de Soderbergh) : il a le premier rôle ! On va donc savourer sa présence et son charisme en long, en large et en travers dans un polar original et glauque, où le suspens insoutenable est mené de main de maître par son réalisateur... Ouais... Bon d'accord, j'déconnes. Sauf peut être pour insoutenable...

Jack Gramm est un expert renommé en psychiatrie criminelle. C'est ce qui lui permet de faire enfermer Jon Forster, serial killer durant son temps libre. Mais les évaluations de Gramm, jusqu'ici infaillibles, sont remises en cause lorsqu'un meurtre en tous points similaire à ceux de Forster se reproduit. La police lui apprend alors que la victime était une de ses élèves (donc une amante potentielle). Quelques minutes plus tard, son téléphone sonne et une voix grésille : « Il te reste 88 minutes à vivre... ». Jack doit donc prouver durant ce laps de temps, que Forster est bien le coupable des meurtres précédents, mais il doit également affronter son « imitateur »...

Avant même de voir la bande annonce, nous savons que 88 minutes est un film calibré sans grande surprise. Alors nous jetons un œil sur le réal' : « Tiens... Jon Navet... Connais pas ! Aaaah... Avnet ! Connais pas non plus ! ». Tant pis ! Y a quand même Al Pacino... Passons sur le film de serial killer mangé à toutes les sauces (ici à la sauce Phone Game), il fait peut être partie de ces films sympas sans prétention qui répondent au cahier des charges des films du genre. On s'assoit et on regarde. La première scène se traduit donc par un meurtre et ses circonstances.

Les choix de mise-en-scène se révèlent rapidement hasardeux : le tueur est trop dévoilé, l'alternance de point de vue rompt l'effet d'attente et de surprise, etc... Résultat : aucune tension ne s'installe. Notons que le chat joue très bien, et que sa présence, au lieu de favoriser le suspens, nous fait sourire (le terrible serial killer qui rempli la gamelle du chat pour qu'il arrête de miauler, en voilà une idée de génie !). L'exécution de ce meurtre est pénible, grotesque mais en aucun cas effrayante (Qu'est-ce que c'est que cette manie de pendre ses victimes par une jambe avec un harnais et un mousqueton ? En plus, c'est même pas un alpiniste !).

Alors on comprend rapidement que la course contre la montre, ce n'est pas le personnage d'Al Pacino qui la subit, mais le réalisateur et son scénariste, qui se demandent jusqu'à la scène finale comment ils vont tenir 1h50 avec un scénario qui se résume à son pitch. Pour cela, les deux compères ont deux techniques : Gary Thompson écrit des dialogues pourris qui, soit paraphrasent les actes des personnages, soit se répètent, soit dilatent la durée d'une séquence (quand Jack Gramm demande un verre de lait par téléphone lors d'une réunion, il vérifie auprès de toute l'assemblée si quelqu'un en veut, puis insiste, puis redemande). Quant à Jon Avnet, il multiplie les flashbacks inutiles. Essayer de gagner du temps avec une histoire qui se base sur le compte-à-rebours devient rapidement voyant. Le résultat est plutôt étrange. Un peu comme de confier l'écriture de Speed 3 aux scénaristes de l'Inspecteur Derrick...

Puisque sa vie est en danger, le personnage d'Al Pacino marche souvent, mais avec la motivation d'un éléphant rassasié. Il est souvent au téléphone aussi, mais finalement, pour ne pas dire grand-chose (même avec l'agaçant serial killer, vous savez, celui qui imite la voix de Jigsaw ?). Le tueur appelle toutes les cinq minutes pour nous faire le décompte et pourtant, on se dit : « Ça va, on a le temps... pépère... ». Le pire, c'est que malgré tout ça, il en a des indices notre pauvre Jack ! Il est expert en criminologie mais le spectateur a 3 stations de métro d'avance sur lui. Quand il reçoit un colis suspect, Gramm le pose sur la table et discute tranquillement avec son étudiante Kim (profitons-en justement pour parler de l'actrice Alicia Witt, aussi expressive qu'un plat surgelé). Les pistes d'ailleurs tombent généralement du ciel : ma préférée est celle de l'ex-petit ami de Kim qui est né dans une combinaison de moto et ne la jamais quitté. Voilà qui est parfaitement crédible !

Jon Navet sait aussi créer l'oppression et le suspens de manière très habile : pour cela, 90% des personnages secondaires sont détestables et les figurants regardent tous Jack en coin, comme cette vieille dame qui le dévisage avant de crier : « Il a une arme ! », créant une panique absurde, à la limite de la parodie ! Malgré le mal qu'il se donne, le réalisateur n'arrive jamais à dépasser la frivolité dans les rapports que Gramm entretient avec toutes les femmes qui l'entourent. Même une des scènes-clefs, où le héro dévoile son passé et celui de sa petite sœur (où Pacino aurait donc pu exercer ses talents) est foirée à grands coups de dialogues nazes parce que le scénariste ne sait pas quoi lui faire raconter.

Alors à notre tour nous regardons la montre pour être sûr que le tueur ne se trompe pas ! Malgré tout, vous voulez savoir ce qui se cache derrière ces 88 minutes ?... Vous êtes coriaces ! Et bien prenez une histoire convenue, des personnages creux, additionnez le au nombre de scènes ratées et aux 90% des seconds rôles détestables. Multipliez le tout par Speed 3 avant de soustraire 3 stations de métro. Et vous obtenez 88 minutes de remplissage sur 1h50 !
Auteur :Davy Girard
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