14 novembre 2018
Critiques

9 mois ferme : Parenthèse déjantée

Albert Dupontel fait son retour derrière la caméra, quatre ans déjà après la sortie de sa précédente réalisation intitulée "Le Vilain". Une fois de plus il décide de jouer les acteurs dans son propre film, mais il a surtout la bonne idée de donner à Sandrine Kiberlain, un rôle qui lui va comme une perruque...

Elle est souvent cantonnée à des rôles plus dramatiques. Il y a eu "Un héros très discret", "Betty Fisher et autres histoires" (2001), "Très bien, merci" (2007) ou encore "Polisse" (2011). Avec "9 mois ferme", Albert Dupontel permet à l'actrice de lâcher prise et faire des étincelles. C'est une Sandrine Kiberlain comme on l'a (trop ?) rarement vue : totalement déjantée. En avocate coincée qui découvre du jour au lendemain qu'elle est enceinte d'un criminel (interprété par Dupontel), elle offre à ce film, une interprétation détonante. Cela dit, ce n'est presque plus une surprise de la voir aussi à l'aise dans le registre de la comédie. Le potentiel comique de celle que l'on surnomme « La virtuose » était déjà présent depuis quelques années. Dans "Romaine par moins 30" en 2009, mais surtout dans "Pauline détective" en 2012 ou encore dans "Le Petit Nicolas" en 2011, sans oublier sa mémorable apparition dans les infidèles, l'actrice avait prouvé qu'au rayon de la comédie, elle n'était pas la dernière à s'en payer une tranche. Albert Dupontel n'est apparemment pas passé à côté de ce talent auquel il conjugue son sens de la provocation déjà visible dans son premier long métrage.

Si Sandrine Kiberlain s'en sort aussi bien, c'est sans doute aussi parce que la partition qu'elle doit jouer est assez fine. D'abord parce que le pitch à ce petit brin de folie si agréable dans les comédies et ensuite il permet justement de voir les deux personnages principaux évolués au fil du récit. Autrement dit, il s'en passe des choses durant 90 minutes, des péripéties souvent drôles ponctuées par les apparitions de-ci de-là de personnages secondaires qui sont de véritables valeurs ajoutées. Fidèle parmi les fidèles, Nicolas Marié est incontournable dans sa robe d'avocat, mais il ne faut pas en dire de trop pour ne pas gâcher le plaisir.

Le plaisir se ressent aussi du côté d'Albert Dupontel avec notamment une réalisation qui multiplie les plans séquence et les travellings. Mais à n'en pas douter, c'est dans la création des personnages que celui qui a aussi la casquette de scénariste semble le plus s'être éclater avec ce film. Une galerie de rôles tous plus décalés les uns que les autres, à commencer par les deux personnages principaux. D'abord avec cette juge si sérieuse qui va exploser après une soirée arrosée passée avec une perruque sur la tête. Ensuite avec ce cambrioleur crétin qui agit en véritable contre poids sans oublier surtout les personnages qui gravitent autour de ces deux-là et qui se retrouvent en pleine tempête. Autant d'occasions de faire rire un spectateur qui assiste à cette déferlante, sans voir le temps passer.

Avant tout divertissant, "9 mois ferme" atteint donc son but. Offrir une parenthèse déjantée au public en quête d'une réjouissance particulière, d'un humour à la fois mordant, trash et burlesque, mais aussi finalement assez tendre.
Auteur :François Bour
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