19 novembre 2018
Critiques

Abracadabra : Une comédie hypnotique et efficace !

Après le muet en noir et blanc, "Blancanieves", Pablo Berger renoue avec l'actrice Maribel Verdú dans une comédie abracadabrantesque, aux couleurs chatoyantes et au style très burlesque ! À l'occasion de la sortie de son film, le réalisateur Pablo Berger nous a accordés une interview...

Au beau milieu de la banlieue madrilène, vit Carmen une femme au foyer trophée délaissée par son mari Carlos. Accro au football, ouvrier machiste et agressif, Carlos n'a aucune considération pour sa femme et sa fille. Un jour qu'ils assistent à un mariage très kitsch, le père de famille septique se porte volontaire pour une démonstration d'hypnose… Et abracadabra ! Carlos se transforme en parfait époux. Bien que ravie de ce changement, Carmen mène l'enquête et découvre qu'un esprit pas si sympathique que ça, s'est emparé du corps de son mari… 

De poupées russes aux lasagnes de genres, Pablo Berger revêt son nouvel opus de nombreuses métaphores. Il est vrai que le réalisateur mise sur un mélange avec une comédie à l'intérieur d'un mélodrame sous couvert de fantasmagorie qui s'associe elle-même à un thriller. L'assemblage est plutôt réussi, l'intrigue est pleine de surprise et vous tient en haleine du lever de rideau jusqu'à la fin du film. « En tant que metteur en scène, je veux hypnotiser le spectateur et le surprendre à tout moment. » Vous l'aurez compris "Abracadabra", bien plus qu'un titre, révèle les intentions du réalisateur et se réfère clairement au scénario que le spectateur découvrira. Pour un cinéma d'auteur, le film de Pablo Berger est très ouvert et séduira aussi bien le cinéphile que le public amateur.          

Pourtant le pari n'était pas gagné, le film débute dans une ambiance de télénovela avec des personnages très clichés aux looks flashy, le tout dans une ambiance années 80 accompagnée de musiques ringardes telles que « la danse des canards ». En fin de compte, le style baroque finit par séduire et le spectateur se retrouve immergé dans un cinéma sensoriel où on pourrait presque sentir l'odeur de churros. Cette prise de risque, traduit l'ambition de Pablo Berger qui envisage ses réalisations comme des challenges : « les cinéastes sont des illusionnistes et le cinéma un cirque où les spectateurs observent le metteur en scène effectuer ses acrobaties sous des charbons ardents. Il faut que le risque soit présent pour maintenir la tension. » 
  
Si "Abracadabra" est efficace, c'est aussi grâce aux performances de ses acteurs qui excellent tous dans leurs rôles. La belle et talentueuse Maribel Verdú évolue parfaitement de la comédie au drame, Antonio de la Torre interprète de Carlos confond parfaitement son dédoublement de la personnalité et José Mota dans le rôle de Pepe assure ses talents d'humoriste. 

Étonnamment les seconds rôles ne sont pas en reste, du douteux docteur Fumetti au sinistre agent immobilier, en passant par l'improbable couple échangiste, Pablo Berger est méticuleux et ne laisse rien au hasard. Même la prestation du chimpanzé est remarquable ! Les décors sont soigneusement détaillés et stylisés dans une palette de couleurs très large. Du camaïeu de pastels dans un appartement type suédois qui traduit l'obsession espagnole pour une marque bien connue, on passe aux tons sombres d'un appartement invendable digne d'un tueur en série. Madrid est fantasmée et happée par l'imaginaire de Pablo Berger qui adresse une véritable lettre d'amour à cette ville et de manière générale à l'identité espagnole.

Sous un enrobage délicieusement loufoque, Pablo Berger offre avec son dernier film une véritable réflexion de fond social sur le machisme et l'addiction sportive de la gente masculine, même si on peut regretter que le sujet ne soit que survolé. Il y a quelques imperfections évidentes comme l'hypnose qui est détourné au profit du spiritisme. Les problèmes conjugaux et la maladie mentale qui ne sont pas contextualisés. L'humour grotesque n'est pas non plus transcendante et se retrouve bien plus dans des mises en scène improbables plutôt que dans des dialogues. Avec des situations impliquant entre autres : un slip superman et un homme mourant, la poursuite d'un chimpanzé sur une grue, ou encore une chorégraphie aux allures disco. Il y aussi un anachronisme évident avec des décors années 80, pour un film qui se réclame contemporain.

In fine, la réalisation de Pablo Berger reste bien loin devant nos comédies chtimi. Le film est une belle surprise qui procure suspense, émotions et réflexions. Alors laissez vous surprendre et hypnotiser par la magie d'"Abracadabra" dans les salles obscures !
Auteur :Pauline Clément
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