17 décembre 2018
Critiques

Alad’2 : Vile Et Une Nuits

C'est l'heure du bonbon au cyanure ! On a su résister à nos pulsions masochistes le mois dernier et on ne vous a donc pas dit si "Les Déguns" ou "J'Ai Perdu Albert" étaient aussi redoutables qu'ils en avaient l'air ou si, en se contentant de juger un livre sur sa couverture, on avait encore perdu une occasion de fermer nos gueules. Aujourd'hui, on ne va pas faire l'impasse sur la dernière comédie française interlope puisque son plus éminent porte-étendard à l'heure actuelle, Kev Adams, revient semer terreur et confusion dans nos esprits. "Les Nouvelles Aventures D'Aladin" allait déjà très loin dans l'intolérable mais "Alad'2" réussit quand même l'exploit d'aller un peu plus loin dans le foutage de gueule.

Comme le premier volet, la suite échappe au zéro pointé grâce à quelques atouts formels et en premier lieu, une lumière de nouveau trop belle pour ce qu'elle habille. Un technicien surqualifié laisse sa place à un autre et c'est Stéphane Le Parc qui prend la succession de Pierre Aïm. Le travail est peut-être un peu moins fin du côté de la gestion des ombres et certaines idées visuelles ne vont pas jusqu'au bout, à l'image de ce marché noir pris au pied de la lettre qui nous rappelle un mardi après-midi gris de janvier à Amiens, mais il y a de la chaleur, il y a du volume, il y a des rayons qui filtrent à travers les ouvertures…

Bref, c'est moins précis et charmant qu'il y a trois ans mais ça continue à mettre en valeur un autre des très rares atouts qui évitent à ces deux daubes d'être aussi méprisables que le fond du fond des toilettes du cinéma français, à savoir une direction artistique soutenue par la compétence de son chef décorateur, Maamar Ech-Cheik, et de sa costumière, Sandrine Bernard. Le script racoleur – non, non, non ! Pour le moment, on continue à valoriser ceux qui ont bien fait leur travail. Le tour des coupables viendra. – ne peut que fatalement se répercuter sur tous les aspects du long-métrage et on n'échappe pas à quelques fautes de goût mais globalement, c'est à la hauteur des ambitions exotiques du projet.

Il y a aussi des points sur lesquels "Alad'2" a progressé par rapport à son prédécesseur mais ça ne veut pas dire que le résultat n'est plus catastrophique. L'exemple le plus signifiant de ce constat, qu'on pourrait résumer en disant « C'est nul mais c'est moins pire », est la réalisation. Au revoir la mollesse d'Arthur Benzaquen, bonjour l'impétuosité de Lionel Steketee. C'est plus vif mais à quoi bon ? Le script n'a tellement rien à défendre – popopop ! On a dit plus tard ! – que c'en est impossible de se la jouer "Jurassic World : Fallen Kingdom" et de nous emporter par une mise en scène en état de grâce en dépit des élucubrations des scénaristes. On voit quand même mal comment Steketee aurait pu faire autrement puisqu'il a beau accoucher d'un bébé plus agité que son prédécesseur, ça ne l'empêche pas de tourner à vide. Aucun rythme, aucune idée, aucune âme, aucun souffle et sur-découper la bagarre n'importe comment ne cache pas l'absence de progrès tant les chorégraphies sont toujours aussi molles. Même le fait de couper plus souvent n'a pas empêché certaines blagues de s'étirer pour cumuler l'interminable et l'insupportable. 

Maintenant, on va pouvoir passer à ce qui vaut à "Alad'2" d'être encore plus insoutenable que "Les Nouvelles Aventures D'Aladin", et on ne parle pas de l'absence de William Lebghil qui était lui aussi trop bon pour ce cataclysme sur pellicule et a pris la sage décision d'être trop occupé par "Première Année" pour revenir, à savoir son écriture. Plus que vers les réalisateurs ou les acteurs, la colère devrait être dirigée vers celui qui doit bien profiter de l'ombre pour échapper à la vindicte populaire. Le premier responsable de ces agressions audiovisuelles censées nous divertir serait peut-être finalement celui qui leur offre d'abord une première vie sur Word. Gamer, Opération 118 318 : Sévices Clients, Fiston, "Les Nouvelles Aventure D'Aladin, "Les Nouvelles Aventures De Cendrillon", "Love Addict", "Alad'2"…

Cédons à l'envie d"'être mauvaises langues et avouons qu'à la vue de la filmographie de Daive Cohen, c'est moins un curriculum vitae qu'un casier judiciaire qui nous vient à l'esprit. Il était peut-être bridé par le conte qui l'obligeait à raconter quelque chose dans Les Nouvelles Aventures D'Aladin mais cette fois-ci, il peut partir sur une histoire « originale » et partir complètement en lattes. Le principe de l'histoire dans l'histoire donne encore plus dans le portnawak qu'avant puisque les allers-retours entre Aladin et Sam, ce dernier vivant une version déviante du dernier acte de "Le Lauréat", sont encore moins nombreux et moins bien répartis. De ce fait, l'excuse déjà pas valable d'une histoire racontée par un personnage sensible aux suggestions de son auditoire ne nous vient presque plus à l'esprit et le scénariste ne peut plus se dédouaner de sa responsabilité dans la qualité des dialogues et les problèmes de cohérence de l'univers.

Aucune des deux histoires, si on peut appeler ainsi un combat de coqs enchaînant gag minable sur gag minable pour flatter les egos visiblement incontrôlables d'un Jamel Debbouze tombé dans la caricature de lui-même et d'un Kev Adams qui n'a peut-être jamais été rien de plus qu'une caricature, n'est vraiment racontée de bout en bout puisque l'une n'est en fait qu'un troisième acte et l'autre ne connaît pas vraiment de climax ou de dénouement.

Encore plus cynique que "Les Nouvelles Aventures D'Aladin", "Alad'2" aligne caméos sortis des fesses et placements de produits – ou références mais on atteint un niveau de putasserie qui ferait rougir le pire DreamWorks de honte donc même la connivence factice ne suffit plus à qualifier ce défilé racoleur - dans un exercice de style qui ferait passer un prime-time sur TF1 pour un moment de poésie et d'évasion. Le cynisme de l'entreprise atteint son point culminant lorsque notre blaireau reprend le chemin de sa destinée grâce à un produit de restauration rapide qui veut avoir l'air local. Un bras d'honneur tendu au merveilleux, en somme. 

On pourrait aussi s'attarder sur les problèmes éthiques du film – délit de sale gueule, homophobie banalisée, objectification de la Femme… - mais on s'arrête là parce qu'on pourrait encore continuer longtemps à passer en revue ce qui rend aussi dégeulasse cette chose qui prétend s'appeler film. On a déjà consacré trop d'énergie à quelque chose d'aussi cynique, mal écrit, mal filmé et surtout pas drôle !
Auteur :Rayane Mezioud
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