La
cécité tragi-comique du bon Dieu...
Tout
d’abord, l’affiche de ce film qui a tant fait scandale n’a rien
de choquante. Transformer la croix du christ en croix gammée
est, certes, un peu naïf, mais souligne parfaitement ce que
tout le monde sait (j’ose l’espèrer...) : à savoir que les hommes
d’église ont autant de sang sur les mains que les nazis. Pour
son 15ème film, Costa-Gavras a adapté (avec l’aide de Jean-Claude
Grumberg) une pièce de théâtre des années 60: Le vicaire de
Rolf Hochhutch. Coutumier de la polémique, cinéaste inégal et
parfois médiocre, Costa-Gavras n’est plus aussi brillant qu’à
l’époque de Z (1968), L’aveu (1969) ou Missing (Palme d’or à
Cannes en 1982)...
Initiateur
d’un nouveau genre (les films politiques), Costa-Gavras usait
du manichéisme et d’idées tranchées pour rendre ses films plus
efficaces. Dans Amen, les ingrédients sont les mêmes mais l’efficacité
a disparu. Même si une nouvelle fois, les intentions sont louables,
Costa-Gavras dit ce que tout le monde sait déjà et ne filme
pas (magnifique scène où le héros découvre l’horreur des camps,
son regard étant plus éloquent que n’importe quelle image....)
ce que tout le monde a déjà vu.

Le
film retrace la lutte vaine de deux hommes, l’un lieutenant
SS (spécialiste de la purification de l’eau et la désinfection
des casernes), Kurt Gerstein (Ulrich Tukur), l’autre jeune jésuite
italien, Riccardo Fontana (Mathieu Kassovitz), pour tenter de
faire bouger les autorités religieuses face au génocide juif.
Jamais la réalisation de Costa-Gavras ne parvient à nous captiver,
à nous émouvoir même. Point de suspens non plus, l’échec des
deux hommes étant connu d’avance.
Le
parti-pris de la sobriété évite, il est vrai, toutes scènes
obscènes à la manière de Spielberg dans La liste de Schindler
(avec la séquence des femmes juives qui entrent dans une chambre
à gaz), mais amplifie par contre la monotonie qui se dégage
de ce film désincarné malgré la formidable prestation des comédiens
(dont celle de Ulrich Tukur, Ulrich Mühe et Mathieu Kassovitz,
qui confirme qu’il est bien meilleur comédien que cinéaste...).
Alors
qu’il croyait tenir un sujet brûlant, Costa-Gavras ne réalise
qu’un film tiède qui met deux heures pour enfoncer une porte
ouverte: le vatican (l’endroit, dois-je le rappeler, le plus
riche du monde...) a participé au génocide en fermant les yeux
et en faisant passer à l’étranger des officiers SS à la fin
de la guerre.
Depuis
le vatican a côtoyé d’autres individus comme la Mafia mais ça,
c’est un autre film (et celui-ci un chef-d’oeuvre): Le Parrain
3 de Francis Ford Coppola. L’oeil de Dieu dans un enfer ne voit
que ce qui l’arrange et le coeur des hommes d’église continuent
de saigner (métaphoriquement parlant bien entendu...) pour les
malheurs de ce monde...
Christophe
Roussel
Le
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