17 novembre 2018
Critiques

Ami-ami : Comédie romantique déguisée

Dans "Ami-Ami", Victor Saint-Macary donne un coup de jeune au déjà-vieux concept de la bromance, et propose un film moderne et drôle en partant d'une idée simple = pour faire un bon film, c'est bien d'avoir de bons acteurs.

Vincent, jeune adulte au cœur brisé décide de laisser tomber les filles pour prendre une colocation avec sa meilleure amie Néféli. Mais, quand Vincent retombe amoureux, c'est le début des problèmes : comment annoncer à sa petite amie que l'on vit avec une autre femme ? Comment annoncer à sa meilleure amie que l'on va devoir partager son temps ? Et surtout, comment garder le contrôle quand on décide de ne rien décider ?

Le postulat de base d'"Ami-Ami" aurait pu servir de trame à n'importe quelle comédie romantique – probablement mauvaise à l'arrivée – et qui ici donne lieu à un film franchement frais, se servant des codes archi-balisés de la comédie romantique comme d'un déguisement rigolo. Oui, ici aussi on court comme un dératé à travers Paris pour retrouver celle qu'on aime. Oui, ici aussi on fait ses déclarations à une fenêtre désespérément close et oui ce papa distant et taiseux que nous n'avons jamais vraiment compris, nous fait finalement comprendre beaucoup de choses. Peu importe : ici les clichés sont sans cesse contrebalancés par la justesse du ton et du propos.

« On fait toujours des films de bromance avec un garçon et un garçon, nous a dit Victor Saint-Macary aujourd'hui on est en 2017, on se mélange beaucoup plus et je trouvais ça intéressant de le traiter sous l'angle d'un garçon et d'une fille […] j'ai déjà vécu en colocation avec une amie et on me posait systématiquement la même question : « est-ce que vous couchez ensemble ? », c'était quelque chose qui intriguait les gens[…] »

Le film, pas pour autant dépourvu de défauts (on a, par exemple du mal à comprendre pourquoi on peut se mettre dans une telle merde pour cacher que l'on vit avec une amie…) dispose d'un casting d'outsiders du cinéma français franchement bienvenu, de ces jeunes acteurs que l'on adore mais qui se font trop rares. On retrouve ici Margot Bancilhon, officiellement garçon-manqué la plus sexy du cinéma français, que l'on avait déjà vue en pote de galère dans "Five" d'Igor Gotesman, l'ultra-talentueux Jonathan Cohen, dans un rôle qui rappelle son inoubliable Serge le Mytho, en tordant pote non-réciproque. Et puis il y a William Lebghil…

On pourrait dire plein de choses sur William Lebghil : son sourire inimitable, son phrasé, le fait qu'il ait commencé avec autre type du même âge, qui avait beaucoup moins de talent mais qui est finalement devenu une superstar…ou on pourrait aussi souligner le fait que ce type soit systématiquement bon, dans tout ce qu'il fait et qu'un mec du calibre de Jonathan Cohen ne signe que par sa présence : « […]  Moi j'avais un truc de base, dit-il, je voulais jouer avec William, c'est un acteur que j'adore, je le trouve formidable. J'avais envie de connaître et de travailler avec ce gars […] Il est bon tout le temps. »

Il est parfait ici, dans ce rôle de "vingt-cinquenaire" au carrefour de sa vie, peut-être le vrai sujet du film :  ce moment où l'on vous demande de vous prendre en main, de devenir un grand, quand tout en vous n'a qu'une envie : danser sur Tatiana de La Femme et lancer des chaises à la gueule d'inconnus.
Auteur :Mickaël Vrignaud
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