16 décembre 2018
Critiques

Black Panther : Wakanda pour toujours !

Après des "Spider-Man Homecoming" et "Thor Ragnarok" réjouissants et malgré un "Gardiens de la Galaxie 2" en deçà des espérances, on peut dire que Marvel est dans une bonne pente. Moins générique, la formule, si elle n'est pas entièrement renouvelée, mue, pour donner vie à des hybrides. Le temps où les super-héros n'étaient que des super-héros est bien loin. Pourtant, aujourd'hui, c'est un "Black Panther" en apparence bien classique qui apparaît dans nos salles. Classique, vraiment ? Si on ne retiendra pas forcément le film de Ryan Coogler pour ses qualités cinématographiques, son symbolisme risque de marquer durablement le petit monde des blockbusters.

Contrairement à "Ant Man" ou "Doctor Strange" avant lui, "Black Panther" n'a pas grand chose à voir avec une origin story. Déjà aperçu dans le très moyen "Captain America : Civil War", le souverain Wakandais ne passe ici que l'épreuve du couronnement, véritable renaissance pour tout héritier du trône qui se respecte. Tout se passe pour le mieux dans le meilleur des mondes. Jusqu'à ce que les méchants fassent leur apparition et enfoncent définitivement le film dans une certaine forme de classicisme.

Scènes d'action convaincantes, mais sans génie, traits d'humour réguliers, narration convenue, on est en terrain connu. Ryan Coogler n'apporte pas grand-chose de neuf à la formule de la Maison des Idées et si on pourra saluer une direction artistique phénoménale à mi-chemin entre tradition et futurisme, une BO « percutante » et quelques fulgurances de mise en scène, "Black Panther" souffre un peu de la comparaison avec la production super-héroïque moderne. Sur la forme, et uniquement sur la forme.

Parce qu'il ne faut pas être fin analyste pour se rendre compte que la force de "Black Panther" se situe ailleurs. Réalisateur et sublime casting à 95% afro-américain, propos aussi bien historique que symbolique, "Black Panther" est une véritable ode à l'Afrique, à ses habitants et ceux qui en viennent, ainsi qu'à la culture Noire dans sa globalité. En faisant l'impasse sur un propos blanc, Ryan Coogler apporte une véritable fraîcheur à un blockbuster qui en avait réellement besoin. On aurait pu croire que le film ne serait que simple opportunisme, une façon pour Marvel de clamer son progressisme. Il n'en est rien. "Black Panther" est un modèle de symbolisme. Il évoque tour à tour le pillage du continent africain, les problématiques raciales que les Noirs doivent affronter au quotidien, l'esprit de fraternité qui les anime. Même le méchant sert à véhiculer le message que veut faire passer le réalisateur. De la domination mondiale, certes, mais avec une variation et surtout une motivation.

Plus encore que le film, c'est la ferveur qu'il provoque qui est impressionnante. Lors de l'avant-première à Lille, jamais nous n'avions vu une telle diversité dans une salle de cinéma. L'énergie était plus que communicative, la séance était vivante. Elle s'est même terminée sur des applaudissements. Et ça, ni "Thor Ragnarok", ni "Spider-Man Homecoming", ni "Civil War" ne sont parvenus à nous l'offrir. M. Coogler, chapeau bas.

Sous ses airs de blockbuster passe-partout, "Black Panther" cache une richesse inestimable : celle de l'héritage culturel et d'une humanité en lutte. Partant de là, il est difficile de lui reprocher son manque d'originalité formelle tant le fond s'avère puissant. "Black Panther" marque un véritable tournant dans le milieu, comme "Wonder Woman" avant lui (qui était pour le coup bien plus maladroit).
Auteur :Alexandre Dupret
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