22 janvier 2019
Critiques

BlacKkKlansman – J’ai infiltré le Ku Klux Klan : Brûlot salutaire

Récompensé par le prestigieux Grand Prix lors du dernier Festival de Cannes, le nouveau film de Spike Lee part en guerre contre la banalisation de la haine faite par les images dans "BlackKlansman". Un brûlot maniant aussi bien le rire que l'effroi.

Les premières et dernières minutes de "BlackKlansman" s'opposent judicieusement pour comprendre la réelle intention de Spike Lee à travers ce film. S'ouvrant sur l'un des plans les plus célèbres de "Autant en emporte le vent", montrant un champ de bataille couvert de blessés conditionnant les Confédérés au rang de « héros », le réalisateur n'est pas ici pour se faire des amis avec le cinéma américain classique.

Dès ses débuts, ce cinéma a légitimé la peur de l'autre tout en évoluant techniquement. "Autant en emporte le vent" est le premier exemple cité. Toutefois, le plus flagrant revient lors d'une séquence mémorable de "Naissance d'une nation" de David Wark Griffith.

En montage parallèle, un caméo de Harry Belafonte raconte un fait divers effroyable dans sa résolution judiciaire amenant à la naissance de "Naissance d'une nation". Pendant ce temps, le groupuscule du Ku Klux Klan qu'infiltrent nos héros se nourrit de cette idéologie raciste à travers un écran projetant le film de Griffith.

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Adam Driver et John David Washington dans BlacKkKlansman

Au-delà de son sujet, "BlackKlansman" est un brûlot ravageur sur le cinéma. Le film est particulièrement intéressant dans cet auto-réflexion, évoquant aussi bien la Blaxploitation que le classique. Cependant, tout cela n'est que du cinéma et les dernières minutes, tétanisantes, prouvent que la réalité rattrape toujours les idéaux. Si les héros, qu'on a adorés suivre pendant plus de deux heures, ont obtenu une victoire, elle n'est qu'infime face à une triste fatalité.

Se concluant sur une succession d'images filmées lors des événements de Charlottesville, difficile d'être insensible face à ce qu'on a vu tout le long. Car Spike Lee a su manier l'art du spectacle tout le long. Cette histoire invraisemblable d'infiltration a su nous captiver, nous faire rire en ridiculisant la menace par le prisme de nos héros (Les scènes au téléphone sont particulièrement hilarantes) et nous faire peur. Tout cela pour nous exposer en pleine figure une réalité qui a su de plus en plus grandir au fil des années, sans que ce soit de la fiction.

Un discours en colère sur le cinéma mais surtout sur ce qu'il peut provoquer : la haine ! Et cela n'est pas uniquement à constater aux Etats-Unis n'est-ce pas ? "BlackKlansman" est donc un film éminemment salutaire dans sa démarche.
Auteur :Victor Van De Kadsye

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