10 décembre 2018
Critiques

Braguino : Plus qu’un documentaire, un conte percutant

Après son mystérieux long métrage Ni le ciel ni la terre en 2015, Clément Cogitore nous fait à nouveau voyager et revient avec un documentaire hors norme et impressionnant. Au milieu de la taïga sibérienne, en autarcie à 700 km du moindre village, deux familles voisines - les Braguine et les Kiline - refusent de se parler, l'immense barrière érigée entre les deux territoires en témoigne. Les uns respectent la nature et le rythme de la forêt, les autres l'exploitent et les braconniers menacent. Au milieu de tout ça : les enfants témoins du conflit et de la paranoïa de leurs aînés sont livrés à eux même entre la forêt et une petite île refuge où le jeu fait place à l'ennui et au silence.

"Braguino" raconte la quête d'un monde utopique malheureusement fragile et menacé de disparaître. Avec toujours ce même attrait pour la question des frontières, de l'immensité et du minuscule, on repère très vite la pâte de notre réalisateur. Des images puissantes et percutantes s'entremêlent avec un design musical fait de sons métalliques qui créent la tension et l'urgence de la situation. Ces 50 minutes passent à une vitesse folle, elles sont parsemées d'événements qui n'avaient absolument pas été anticipés par Clément Cogitore comme l'atterrissage d'un hélicoptère de braconniers, ou la chasse d'un vieil ours qui est une chose rare dans le quotidien des Braguine. Une chance incroyable quand on voit le résultat car lors du tournage, il n'avait encore que très peu d'idées sur son scénario.

Les Kiline, ennemis voisins des Braguine, nous inquiètent d'autant plus que leur point de vue n'est pas montré à l'écran, faisant d'eux un monstre silencieux et redoutable. Un choix autrement impossible, il fallait choisir son camp car parler à la famille voisine aurait mis fin au projet de Clément Cogitore qui ne pouvait pas une seconde perdre la confiance de ses hôtes. La nature est tout aussi époustouflante qu'hostile. La forêt est au cœur du récit, elle nous effraie et nous enchante comme dans un conte pour enfants et les images résonnent comme un songe. Nos chères têtes blondes nous subjuguent, les bambins de chaque camp s'observent comme dans une scène à la "West Side Story".

Ce sont en tout pour tout 10 jours de tournage qui ont représentés une course contre la montre pour filmer assez d'éléments pour créer une histoire solide tout en respectant le rythme de vie de Sacha et de sa famille. En effet la difficulté était de ne pas freiner l'activité, la chasse et la pêche des Braguine qui devaient se préparer pour affronter l'hiver pouvant amener des températures jusqu'à -40°C.
Auteur :Clémence Leroy
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