13 décembre 2018
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Brice de Nice : Cassé !

Ouf ! Un grand ouf de soulagement ! Après les nombreux désastres de la comédie française tels que L'ex-femme de ma vie, Tout pour plaire ou Boudu, pour ne citer qu'eux, nous étions en droit de nous inquiéter quant à la qualité de ce nouveau film comique, pur produit national. Alors oui, ouf ! Car même si Brice de Nice n'est pas un chef d'œuvre, c'est un film qui justifie son passage au cinéma.

Et pourtant, ce n'était pas gagné d'avance. Tous les ingrédients pour produire un navet étaient réunis : un acteur de télé (Jean Dujardin star du sitcom Un Gars, une fille), un personnage inventé lors d'un one man show (Brice de Nice) et un scénario quasi-inexistant. Mais, oui, Ouf ! Ouf, c'est le soupir de soulagement, mais c'est aussi le synonyme moderne de fou, délirant. De moments absurdes en montages épileptiques, de personnages délirants en rêveries extraordinaires, James Huth, déjà réalisateur de Serial lover avec Michèle Laroque, dynamite le classicisme des sketchs de Jean Dujardin. Les couleurs saturées dévorent la pellicule et le jaune ultra-présent métamorphose le quotidien en gigantesque terrain de jeu.

Car, c'est bien le propos du film : mettre en scène ces personnes qui font fi de toutes les réalités étouffantes de notre monde pour s'amuser et seulement s'amuser. A l'inverse d'un Jugnot ou d'une Balasko qui revendiquent une allégeance au divertissement à tout prix, l'équipe de Brice de Nice décide de ne vraiment penser qu'à la rigolade. Et si le film en tant que joyeux bordel se regarde sans provoquer l'agacement, c'est justement que d'une part James Huth croit en ce qu'il dit, à tel point que l'on se demande si cet homme est bel et bien humain. Sans oublier d'introduire subtilement des contrepoints en forme de maximes : il ne faut pas confondre rêver sa vie et vivre ses rêves. Dans une ambiance de classicisme absolu et de morosité, Brice de Nice est rafraîchissant parce qu'il est désorganisé et parce qu'il porte haut et fort les couleurs de la nullité comme avaient pu le faire les Monthy Python et plus proche de nous les Robins des Bois. Il y a définitivement quelque chose de jouissif dans le fait de voir un surfeur, qui n'en a d'ailleurs que la couleur et la longueur des cheveux, s'amuser de tout. Côté récit, c'est bien évidemment le désert. Mais pourquoi s'embarrasser d'un scénario quand Brice de Nice n'a pour projet que de faire rire ?

L'histoire donc, est celle d'un surfeur qui attend LA vague en Méditerranée, la même qui en 1979 avait déferlé entre Nice et Antibes. A la manière de Patrick Swayze dans Point Break, son idole, il se rend tous les jours sur la mer et attend, interpellant les quelques mamies qui font trempette pour les saluer d'un « Ca farte ? » Adepte du « Cassé », interjection qu'il pousse quand il parvient à rabattre le claquet de son interlocuteur, fils d'un mafieux -ce que sa candeur lui interdit de remarquer, il vit dans le luxe jusqu'au jour où ce dernier se fait coffrer. Commence un long voyage initiatique. Mais apprendra-t-il quelque chose lors de cette aventure ? Brice de Nice est un film de copains auquel participent joyeusement tous les acteurs à commencer par un Jean Dujardin qui confirme tout le bien que l'on pouvait penser de lui. A ses côtés, Clovis Cornillac amuse en ânonnant un texte que l'on sent en grande partie improvisé.

Le film de James Huth et Jean Dujardin fait partie de ces films que l'on se raconte entre amis au cours de soirées festives. Un film dont on n'a pas envie d'oublier les passages les plus absurdes. Alors Brice de Nice est un film entièrement fondé sur les gags, genre difficile à construire quoi qu'on en dise, et la bonne nouvelle, c'est que l'ensemble fonctionne. Bien sûr, Brice de Nice n'est pas un chef d'œuvre mais il vaut le déplacement, ne serait-ce que pour se rassurer de l'état de la comédie française.

A réserver tout de même à un public habitué des délires entre copains sur le mode Monthy Python. Quelques imperfections qui font donc de Brice de Nice un bon film et non le digne successeur de La Cité de la peur. Mais peut-on espérer trouver un successeur à ce sommet du rire potache ?

Toujours est-il que si vous n'aimez pas Brice de Nice, laissez moi vous dire que vous n'aimez pas la comédie. Cassé !
Auteur :Matthieu Deprieck
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