20 novembre 2018
Critiques

Budapest : Pas le very bad trip que vous attendiez

Qu'on ne se laisse pas tromper par la bande-annonce qui sent la bouse, qu'on ne se laisse pas non plus berner par mon intro laissant présager d'une excellente surprise. "Budapest" est un drôle de film mais pas un film très drôle. C'est même l'inverse, en fait. D'emblée, on imagine un "Very Bad Trip" à la française, un truc raté, faussement trash, avec des culs et de l'alcool. A l'arrivée, des culs il y en a, de l'alcool aussi mais "Budapest" – la nouvelle réalisation de Xavier Gens – ne ressemble à rien de tout ça et d'ailleurs, ne ressemble même pas à une comédie.

Le film narre les exploits bien réels de deux glands sortis de HEC, ayant eu l'idée lumineuse de monter une start-up proposant des enterrements de vie de garçon à Budapest. Au menu : conduite de tanks, putes obèses et drogues à gogo, attaques de chiens et séance de tirs avec la kalash de Ben Laden. Autant le dire tout de suite, la success story des deux potes est la partie la plus inintéressante du film, c'était attendu est ça n'a pas grand intérêt. Cela dit, Gens a suffisamment de talent pour rendre le tout esthétique et le film est suffisamment bien produit pour ne pas trop s'attarder sur les nouveaux eldorados de la déchéance que sont devenus les pays de l'est (à l'inverse de Beigbeder dans "L'Idéal", par exemple).

L'apport notable du réalisateur de "Frontière(s)" se précise ponctuellement, notamment quand le voyage des deux potes prend un tour glaçant : les français qui se marient à Budapest, pris dans l'ivresse d'un pays pauvre dans lequel ils sont rois, déboussolés par tant d'excès, sortent d'eux-mêmes, deviennent des animaux aliénés déguisés en nourrissons géants, incontrôlables et, même, prêts à tuer. L'horreur, il maîtrise, Xavier Gens, et ça se voit.

Mais si le film est si particulier, c'est parce qu'il évite l'écueil du "Very Bad Trip" à la française, et préfère proposer la description clinique de ces deux prototypes de jeunes actifs têtes à claques, rangés trop vite, mariés trop vite et bourrés de regrets à trente-cinq ans. Il faut voir Jonathan Cohen pour comprendre, ce type est naturellement drôle, c'est un fait. Mais il a cette singularité de traîner ce spleen de loser, cet air triste que l'on décèle chez ceux qui n'ont jamais eu beaucoup de potes. Voyez son rôle dans "Ami-Ami", voyez Serge le Mytho et sa tournure dramatique... et vous avez compris. Et il trouve ici un personnage à sa mesure, conçu pour lui, faux rigolard déprimé (l'idée vient d'ailleurs de lui dans le film) et sans arrêt porté par un désespoir pathétique déguisé en énergie. A côté Manu Payet est totalement inutile, chiant comme son personnage. On notera que depuis son rôle chez Emma Luchini, le type a changé de registre et n'a visiblement plus envie d'être drôle, il se contente désormais de bouder et de parler à voix basse.

"Budapest" a l'air d'un film singulier sans faire exprès. Mais sous sa carapace de comédie de l'été au message faussement provocateur et surtout totalement hypocrite (dans le fond, on n'est jamais plus heureux qu'au sein de son foyer, c'est le message) le film sème ici et là quelques graines de mélancolie pure dans le champ de nullité auquel il était destiné. On prend.
Auteur :Mickaël Vrignaud
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