14 novembre 2018
Critiques

Carbone : Olivier Marchal n’a pas écrit le scénario…

La filmographie du réalisateur Olivier Marchal présente une bonne habitude. Celle de bien choisir son casting. Des acteurs, pour ne pas dire des gueules, qui portent ses films sur leurs épaules. C'est encore le cas avec "Carbone".

Une arnaque à la taxe carbone. Voilà l'idée d'un chef d'entreprise sur le point de tout perdre. Cet honnête dirigeant va alors plonger dans le monde du banditisme. Là encore une habitude pour le réalisateur, et ancien flic, Olivier Marchal. Bien que sombre, son long-métrage se veut avant tout proche de la réalité d'une véritable affaire : "Notre approche a été de transposer l'arnaque qui a fait l'actualité dans l'univers d'un petit patron (Antoine Roca, joué par Benoît Magimel), sur le point de perdre son entreprise à cause des taxes et des impôts mais qui va découvrir que la loi peut lui permettre, en la détournant, de sauver sa boîte en baisant l'Etat !". A l'image, comme dans le scénario, le cinéaste fait cette fois dans la sobriété. Trois scènes avec des coups de feu par exemple. C'est de cette sobriété là dont il s'agit bien sur.

Le scénario, lui, aurait pu bénéficier de plus de complexité et de nuances. Le schéma d'une arnaque est, en effet, toujours le même et il est reproduit à l'identique. La mise en place du mécanisme, la réussite, l'euphorie, le grain de sable, la chute. Et lorsque le film démarre par la scène finale, choisissant de parcourir le récit sur ce qui a mené à cette fin, il faut d'autant plus surprendre le spectateur. Sur ce point, "Carbone" dépose le bilan. Il se permet même de donner dans le stéréotype. Une véritable déception qui gâche la fameuse atmosphère du polar. Ambiance une fois de plus plutôt bien retranscrite par le réalisateur de "Gangsters", "36 Quai des Orfèvres", "MR 73" ou "Les Lyonnais", des films qui ont établi la réputation d'Olivier Marchal. A sa décharge le réalisateur n'a pas écrit le scénario. Il aurait peut être fallu qu'il le fasse.

Cette réputation concerne aussi la qualité de ses casting et sa direction d'acteurs. Rendre Michael Youn touchant en parvenant à faire oublier l'amuseur qu'il est et déjà un défi. Offrir le premier rôle à Benoit Magimel (à un moment où l'acteur faisait l'actualité pour une histoire de cocaïne) peut en faire douter plus d'un. Le talent d'un réalisateur est aussi de donner une aura à ses acteurs, c'est le cas ici dans "Carbone" où Magimel a les épaules solides pour porter le film. "Benoît avait la maturité, l'épaisseur et la puissance de jeu. Il a l'animalité de Delon et la fragilité de Patrick Dewaere", déclare Olivier Marchal au sujet de son acteur principal. Benoit Magimel donne le ton d'un casting où on retrouve un impérial Gérard Depardieu mais aussi Dani ou Laura Smet. Pas de doute, la qualité de la distribution artistique est le principal atout de ce film policier même si les personnages féminins auraient mérité plus de présence.

"Carbone" avait donc les éléments pour être un bon polar. Un réalisateur avec une patte capable d'instaurer une ambiance adéquate et un casting de qualité. Un scénario trop prévisible, trop proche du « déjà vu » vient taxer le résultat final et c'est donc une déception certaine due, sans aucun doute, aux qualités citées précédemment.
Auteur :François Bour
Tous nos contenus sur "Carbone" Toutes les critiques de "François Bour"