16 décembre 2018
Critiques

Come as you are : Un teen movie intense et juste sur l’acceptation de soi

Comment accepter ce qu'on est dans une société qui nous interdit d'exister ? C'est le lourd questionnement intérieur auquel se retrouve confrontée Cameron, jeune fille épanouie qui voit son monde basculer lorsque son petit ami la découvre en pleins ébats avec son amie Coley à la fin de la soirée du bal de promo.

Orpheline, sa tante décide alors de l'envoyer de dans le camp de conversion sexuelle religieux de "God's promise" dans les Rocheuses en Pennsylvanie. Nous sommes en 1993. "Come as you are" décrit alors avec intelligence et sans parti pris ni manichéisme les questionnements psychologiques subis par ce groupe adolescents déchirés dans leur quête d'identité sexuelle. Le film est une adaptation du roman The Miseducation of Cameron Post d'Emily Danforth. 

Si l'ambiance de ce second long-métrage de Desiree Akhavan apparaît au départ sombre et sinistre avec une équipe dirigeante glaçante alternant religion à outrance et matraquage psychologique, le film parvient à disséminer grâce à des personnages forts et attachants des pointes d'humour et de second degré qui permettent au spectateur de respirer et de s'échapper de ce huit-clos anxiogène. Cameron fait ainsi la rencontre de Jane et d'Adam, deux fortes têtes qui parviennent à s'émanciper de ce cadre répressif et à garder tant bien que mal la certitude qu'aimer une personne du même sexe qu'eux ne constituent pas un crime ou une offense à Dieu. Lui est sarcastique et elle rebelle, et ils deviennent peu à peu les piliers de l'héroïne. 

Cameron, interprétée par Chloë Grace Moretz, excelle dans l'art d'alterner avec justesse la force et le courage et la profonde vulnérabilité. Brisée par la perte de son amie et premier grand amour, qui décide de se dérober et de ne pas assumer leur relation sincère, elle se retrouve seule face à ses doutes. Si elle ne croit absolument pas dans les préceptes religieux culpabilisant qu'on tente de lui enseigner, sa solitude et la volonté de retrouver une vie normale la pousse à tenter cette introspection.

Peu à peu, on apprend même à comprendre les intentions, pourtant sectaires, autoritaires et jusqu'au-boutistes, qui ont poussé le Dr Marsh à créer cette institution avec son frère, le révérend Rick. Cette femme froide et intransigeante est une psychiatre qui dans sa quête acharnée de Dieu a créé ce centre pour "sauver" son frère de l'homosexualité qu'elle considère comme un péché. Forte de la certitude d'y être parvenue avec lui, elle se donne alors pour mission de remettre les âmes perdues de tous ces adolescents égarés dans le droit chemin. On nous épargne donc les poncifs sur la méchante de service, même si notre cœur ne peut être que dans la défense de ces jeunes troublés par leurs attirances homosexuelles, on tend à comprendre les motivations de cette femme au-delà de son obscurantisme.

Un drame va bouleverser les certitudes de tous les pensionnaires et les pousser à interroger le bien-fondé de l'existence même de cette institution. Puisque personne ne veut les accepter tels qu'ils sont, le trio d'amis décide alors de ne pas se conformer à l'ordre établi, fort des leçons apprises, ils se forgent leur propre vérité et prennent la décision d'agir et d'aller affronter le monde tels qu'ils sont. C'est d'ailleurs ce qu'on a envie de faire en sortant de ce film bouleversant, vivre tel qu'on est, "Come as WE are"...
Auteur :Sarah Ugolini
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