19 novembre 2018
Critiques

Comme des rois : Une certaine vision du cinéma

Écrivain, réalisateur et scénariste français malheureusement trop méconnu, Xabi Molia signe ici sa 3ème réalisation cinématographique avec "Comme des rois". À la suite d'une interview avec lui, j'ai eu donc l'opportunité de mieux de appréhender ses choix de réalisation et de pouvoir lui poser des questions afin d'affiner cette critique.

L'intrigue du film est inspirée d'une drôle d'histoire que le réalisateur a vécue. Lors d'un voyage en train, un homme s'assoit à côté de lui et lui parle du fait qu'il a besoin d'argent à la suite d'un oubli de portefeuille. Au fur et à mesure de la conversation, Xabi Molia finit par lui donner de l'argent. L'inconnu le remercie et descend du train. Le réalisateur, lors de cette expérience fortuite, retient le courage et la verve de son interlocuteur et en sort une idée, qui germe petit à petit dans son esprit, et de cette idée découle "Comme des rois".

Le réalisateur ne vous dit peut-être rien. Voilà qui est à la fois fort dommage mais aussi compréhensible. En effet, Xabi Molia n'est pas enfermé dans les carcans cinématographiques. Il n'est pas un metteur en scène qui abuse des comédies françaises grossière ou des drames trop mélo. Il conçoit des films à la lisière des genres, toujours sur la corde raide, mais souvent très réalistes.

Porté à l'écran par le duo Kad Merad, en père petit escroc, et le jeune acteur Kacey Mottet Klein, en fils escroc malgré lui, se dessine une alchimie qui fonctionne à merveille. "Comme des rois" est ainsi une plongée dans la misère au sens brut du terme sans pour autant étouffer le spectateur. O perçoit, gravitant autour des personnages, une pauvreté qui déguise le tout. Xabi Molia livre, ici, un parcours initiatique du fils voulant se détacher de la voie de son père, souhaitant s'éloigner de la misère qui le poursuit de génération en génération. Cependant, le film n'est pas une lutte contre, mais plutôt une tentative d'acceptation : essayer de donner l'envie et l'espoir à son père.

"Comme des rois" offre une vision large de ses personnages ainsi que des environnements et se permet, de temps en temps, des plans sublimes rappelant "Paranoïd Park" de Gus Van Sant. Malheureusement, le film n'est pas sans défaut puisque, à force de jouer sur la corde raide, le réalisateur s'y perd et n'affirme pas un point de vue authentique. Il nous fait croire à des péripéties, nous les fait visualiser mais pour ne pas les développer plus tard, et c'est dommage parce que c'est la véritable chose qu'il manque à son film. Un point de vue plus direct, plus virulent sur la société et sur cette quête de soi si difficile à mener. Là, "Comme des rois" nous propose quelque chose de trop léger. Voilà qui est navrant puisque c'est une vraie proposition de cinéma avec une âme derrière. Toutefois, il manque ce petit quelque chose pour en faire du cinéma marquant, imposant.  

"Comme des rois" de Xabi Molia est donc un film à voir puisque démontrant une certaine vision du cinéma. Les acteurs sont justes et l'histoire passionnante. De plus, les thèmes abordés sont assez rares au cinéma tels la cité, la pauvreté, l'arnaque et le réalisateur à l'intelligence de ne pas aller dans la caricature ou dans l'ambiance pesante voire misérabiliste. Pourtant, le film manque de puissance qui aurait pu lui donner un aspect de pamphlet sur la société française. Dommage mais cela n'enlève en rien à la beauté de l'ensemble. 
Auteur :Antoine Dubuis
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