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CONSTANTINE

Un film de Francis Lawrence avec Keanu Reeves, Rachel Weisz et Tilda Swinton.

Sortie le 16 février 2005.

 

Les images du film : c'est là !

John Constantine, extralucide anticonformiste, qui a littéralement fait un aller-retour aux enfers, doit aider Katelin Dodson, une femme policier incrédule, à lever le voile sur le suicide mystérieux de sa soeur jumelle. Cette enquête leur fera découvrir l'univers d'anges et de démons qui hantent les sous-sols de Los Angeles d'aujourd'hui.

1°)AVIS : POUR

Sixième incursion dans le monde du fantastique et premier retour aux blockbusters (films à gros budgets , NDLR) après la déferlante Matrix, autant dire que sieur Keanu Reeves est attendu au tournant pour cette adaptation d’un comic-book américain assez controversé. Accro aux « cancerettes », solitaire et hautain, John Constantine n’est pas le « héros » au sens strict du terme, même si son job de « nettoyeur » d’hybrides (mi-humains/ mi-anges ou demons) le prédestine à sauver le monde un jour prochain. Non, Constantine s’affiche comme un arbitre, surveillant les deux camps et agissant à la manière d’un  Judge Dredd (autre personnage de comic-book  politiquement incorrect) si la situation le nécessite, et empruntant le manuel du parfait exorciste au Père Karras (« l’exorciste (1973)») pour renvoyer les indésirables s’invitant dans un Los Angeles aux teintes chaotiques.  

Alors, le beau gosse Keanu fera-t-il oublier son personnage de Neo ou se contentera-t-il de l’adapter en le faisant passer de l’espace numérique au monde occulte ? Alea jacta est. Matrix est (enfin) loin derrière. L’acteur offre l’épaisseur nécessaire au passage sur grand écran d’un anti-héros papier pourtant blond, plus vieux et asocial dans la BD « Hellblazer » (les auteurs avaient copié le physique de Sting pour leur héros).   Les sarcasmes de Constantine remplacent les scènes d’action tonitruantes attendues et le manichéisme redouté, pour le bonheur de tous. Pestilence et vermine, portés par une qualité d’effets spéciaux irréprochables, viennent se substituer aux flots d’hémoglobine que le réalisateur a adroitement écartés. Pas non plus de Schwarzenegger corrigeant Lucifer aux poings, ni d’annihilation de hordes de démons armes à la main (seulement pour deux courtes scènes), l’intelligence et la manipulation sont de mise pour arriver à ses fins. L’hermaphrodite et menaçant Archange Gabriel porte le costume de tweed pour prodiguer conseils et se fondre dans la masse, et les émissaires du diable dirigent des entreprises ou ressemblent au premier quidam. La frontière n’a jamais été aussi étroite entre les deux adversaires, et Constantine est l’interlocuteur des deux, loin du héros clean, sobre et incorruptible et plus proche des protagonistes des films noirs.  

Les néophytes, mais peut-être pas les érudits en sciences occultes, trouveront facilement de l’intérêt au long des 2 heures de film : références nombreuses à des rites connus (pour ne pas dire recyclage), scénario classique mais néanmoins soigné, rythme linéaire mais ne suscitant jamais l’ennui. Et pourtant le film ne sent ni le réchauffé, ni le pré-mâché, évitant la leçon de moralité (sur les cigarettes, le Bien et le Mal) et la bondieuserie  pathétique. Ajouter à cela que les personnages secondaires ne sont pas laissés pour compte malgré Keanu Reeves en tête d’affiche. Gabriel, Balthazar, Lucifer auront leur quart d’heure de gloire (l’apparition de Lucifer force le respect), Rachel Weisz retrouve enfin son sérieux après « La Momie (1996)». l’assistant de Constantine (incarné par Shia LaBeouf) ne se limite pas au simple rôle de faire-valoir pour le personnage principal. Le pire est évité.  

Le réalisateur Francis Lawrence s’écarte des strass et paillettes des vidéo-clips (Britney Spears, Sarah McLachlan, Aerosmith) où il a fait ses premiers pas pour nous offrir un spectacle aux couleurs gothiques et à la photographie léchée. Essai totalement probant pour un premier long-métrage, et qui, comme pour son collègue Alex Proyas (autre rescapé de la scène vidéo-clip) avec « The crow (1994) » et « Dark City(1997) », s’avère sans aucun doute prometteur pour un début de carrière.  

En résumé, « Constantine » est tout ce que l’on n’osait espérer de ce genre de film : adroit, modéré et remarquable. Keanu Reeves ne joue pas les « grand frère de Buffy », le grand spectacle tronque les explosions contre une bonne dose de subtilité. Un premier pas vers la réconciliation avec les films à gros budget ou véritable travail d’adaptation cinématographique, peu importe : « Constantine » est une bible que l’on lit en une soirée, mais dont on retiendra chaque détail.

Julien Leconte

 

2°)AVIS : DECU

L’enfer a été dessiné par les hommes.

Il se trouve dans les entrailles de la Terre, à l’opposé du Paradis qui lui se situe dans les Cieux. Il est l’endroit de la chaleur étouffante et des flammes et abrite des êtres décharnés, en souffrance perpétuelle. Quand Francis Lawrence choisit de parler de démons et d’anges avec Constantine, il utilise donc tous ces clichés. Si le film laisse un premier sentiment réussi, c’est que son réalisateur sait frapper le spectateur là où cela fait mal. Réalisateur de clips, encore novice dans le domaine du cinéma, il s’amuse à multiplier les effets spéciaux et les plans filant le vertige à n’importe quel dur à cuire. Alors forcément, quand un spécialiste de l’image efficace se frotte au genre fantastique, force est de constater que visuellement le tout est plutôt réussi. Toutefois, alors que le clip musical n’a qu’un intérêt décoratif, le cinéma est un art bien plus complet. Aussi, derrière la vitrine choc et virile, le scénario trouve de la cohérence mais frôle l’invraisemblance et le farfelu.

Constantine, c’est John Constantine, un exorciste chargé de maintenir l’équilibre entre les hybrides anges et les hybrides démons qui veulent tous amener les morts dans leur royaume respectif. Parce que le récit marche sur la corde raide de la Série-b, Francis Lawrence maintient artificiellement l’incompréhension chez le spectateur et retarde le moment de la révélation de la clé de voûte du film. Les admirateurs d’effets spéciaux et de fantastique seront alors tenus en haleine. Les autres seront amusés de voir l’illustration du dogme littéraire : l’enfer, c’est en bas et il fait chaud ; le paradis, c’est là-haut et c’est tout blanc. Le mélange entre le réalisme quotidien et l’aspect extra-ordinaire de la religion amuse et permet de surprendre à quelques reprises le spectateur. Voir un démon en costume cravate a quelque chose d’assez amusant.

Le réalisme permet par ailleurs de brider la lente descente non pas vers les enfers (quoique) mais vers le grand déballage final : comprenez le grand n’importe quoi ! Car, quand John décide d’empêcher le fils de Satan de revenir sur Terre, Keanu Reeves perd la crédibilité qu’il avait mis dans son personnage et devient une simple figurine au milieu d’effets spéciaux gloutons, qui avalent scénario et psychologie des personnages. Le sommet du ridicule est atteint lorsque Satan (Peter Stormare) apparaît à l’écran, en smoking blanc, le sourire aux lèvres. Seule qualité d’une fin au bord du surréalisme, Francis Lawrence nous épargne une totale happy end. Heureux de voir que les poncifs du genre sont jetés aux enfers !

Pas même l’Eglise n’est épargnée. Constantine nous livre une terrible vérité (tremblez évêques et curés) : Jésus n’est pas mort crucifié mais sous le coup d’une lance romaine, la Lance du Destin. Celle-ci apporte à son propriétaire le pouvoir de donner la mort et la vie. L’éternel fantasme hollywoodien de devenir le maître du monde ressurgit donc malheureusement ici. Et puis Jésus est rock n’roll : John exorcise à coups de flingue en forme de croix chrétienne et de poing américain. Pas très catholique tout cela !

Au final, on retiendra de Constantine une avalanche d’images choc et un brin d’originalité qui tient à bout de bras un récit faible. Keanu Reeves en profite pour affirmer sa bonne tenue dans les films fantastiques après la trilogie Matrix, L’Associé du diable et Johnny Mnemonic. Quant à Francis Lawrence, il n’oublie pas de signaler lourdement que le tabac tue et que le cancer guette le moindre fumeur. Soit. C’est sûrement le seul message du film. Les amateurs de fantastique apprécieront. Les autres, pour rester dans le genre « religion et rock n’roll », préféreront le très bon Une Nuit en enfer.

Matthieu Deprieck

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