21 novembre 2018
Archives Critiques

Crustacés et Coquillages : Critique n° 1

Les Queers à la plage !   

Des couleurs tape-à-l'œil, une réalisation enlevée, des passages chantés, voici la recette qui avait fait de Jeanne et le garçon formidable un film réussi, apprécié du public et de la critique. Les deux réalisateurs, Olivier Ducastel et Jacques Martineau, utilisent aujourd'hui la même recette et réalisent Crustacés et coquillages, un vaudeville qui sent la Côte d'Azur et les vacances. L'action se déroule autour d'une charmante résidence secondaire dans laquelle une famille de la région parisienne vient passer ses vacances. La famille, c'est les parents (joués par Valérie Bruni-Tedeschi et Gilbert Melki), le fils, en pleine crise d'adolescence et la fille à peine plus vieille. Celle-ci déserte rapidement pour filer vers le Portugal avec son copain motard alors que le petit dernier invite un ami à partager les vacances familiales.

Le point de départ du film est double : Beatrix, la mère, reçoit la visite de son amant et l'ami du fils est homosexuel. Commence alors un vaudeville, au sens strict du terme. Dans la lumière du Midi, à travers les murs aux chaudes couleurs, les personnages se croisent, déroulent les quiproquos et les parties (coquines) de cache-cache, s'engueulent et se réconcilient. En forme de refrain, deux chansons mettant en scène la famille rythment la partie de plaisir. Car, dans Crustacés et coquillages, il s'agit bien de plaisir, l'essence même du vaudeville. Plaisir sexuel –l'amant n'est pas là pour visiter le pays- et plaisir de jouer. Les acteurs semblent s'amuser de ce drôle de récit et cela se ressent. Parfois. Le spectateur ne rit pas toujours. Car, il manque une chose primordiale pour faire un bon vaudeville : la folie. Le tout peine à se lancer et l'on souffle de soulagement au moment d'aborder le dénouement. Car, celui-ci est un véritable feu d'artifice de cocasseries, de malentendus et de rebondissements. Au risque de frôler l'incohérence. Mais qu'importe puisque c'est un vaudeville. On souhaiterait même voir l'académisme de la mise en scène voler en éclat. Crustacés et coquillages semblent en fait, malheureusement, prisonnier de son propos. La visite de l'ami gay est un prétexte à aborder le thème de l'homosexualité et de la découverte de la sexualité à l'âge de l'adolescence. Le fils est-il homosexuel ? Peut-être bien que oui, peut-être bien que non.

Une autre surprise nous est en tout cas réservée. Même si l'idée est intéressante (après tout que connaît-on de l'homosexualité si ce n'est quelques caricatures de télé-réalité ?) elle semble accaparer le film un peu trop longtemps. Et on préférera s'attarder sur l'idée de la famille recomposée, du mélange des cultures et de l'ennui du quotidien. En tout cas, par sa tonalité légère, par son respect des unités de temps, de lieu et d'action, par son anarchie finale, Crustacés et coquillages a de quoi séduire. A l'image des passages chantés la folie s'immisce peu à peu dans tous les étages de ce film. Mais, peu à peu ne suffit pas et le démarrage poussif plombe quelque peu notre plaisir. Il y a de quoi rager quand on observe la dernière demi-heure.

On sait ce qu'aurait pu être Crustacés et coquillages. On préfère oublier ce qu'il est véritablement. Pour garder une image du film fantasmée.
Auteur :Matthieu Deprieck
Tous nos contenus sur "Crustacés et Coquillages" Toutes les critiques de "Matthieu Deprieck"