15 décembre 2018
Critiques

Deadpool 2 : Deadpool paresseux

Deadpool, est l'anti-héros le plus atypique de l'univers Marvel. Particulièrement drôle et déjanté c'est un personnage bien différents des autres. En 2016, le premier "Deadpool" a fait son apparition au cinéma dans une adaptation qui est devenue le plus gros succès au box-office mondial pour un long-métrage classé R (les mineurs de moins de 17 ans doivent être accompagnés d'un adulte). Ce fut aussi le plus gros succès parmi les films de la saga X-men. Riche en références méta, en dialogues désopilants, le blockbuster, bien que porté par un scénario conventionnel, a convaincu à peu près tout le monde  La suite est donc en toute logique dans la même tendance, un peu trop même pour tout dire.

Ryan Renolds l'avait annoncé à l'aube de la sortie du premier volet, le film "Deadpool 2" ne sera pas comme les autres. Il n'avait pas menti. Bien sur tout le monde retient le personnage déjanté, mais ce dernier s'accompagnait de nombreux éléments inédits dans les films Marvel. Briser le quatrième mur et positionner ledit personnage comme étant conscient d'être dans un film par des punchlines bien placées étaient, entre autres, les spécificités de "Deadpool" premier du nom. Ce style inédit est arrivé comme un rafraîchissement bienvenu dans un univers qui peinait à se renouveler. Ce deuxième volet confirme les spécificités qui apparaîssent vite désormais comme une marque de fabrique.

David Leitch, réalisateur de "John Wick" et d'"Atomic Blonde", spécialiste de l'action a remplacé Tim Miller. Ce dernier a préféré laisser sa place suite à « des différends artistiques ». Très en vogue à Hollywood en ce moment. Ce changement de réalisateur n'est pourtant pas majeur puisque le cahier des charges du style Deadpool s'impose d'abord. Car, oui, ce "Deadpool 2" est un film qui s'affirme. Cette suite accentue chaque trait de caractère du premier opus : l'hyper-violence, l'humour bas de plafond mais souvent hilarant et, surtout, l'abattement du quatrième mur.

Le ton est donné dès la première image faisant référence à "Logan". Deadpool va ouvertement se moquer des autres super-héros dans un long métrage où il devra faire équipe. Dans ce second opus, il doit former la X-Force afin de lutter contre son ennemi, Cable. Un scénario dont les enjeux de l'intrigue se font rapidement oublier face au « one man show » de Deadpool. Tout dans le récit n'apparaît que comme un faire-valoir à son personnage principal. Alors, bien sur, c'est pour lui que le spectateur se déplace et le moins que l'on puisse dire c'est que Wade Wilson donne de sa personne pendant presque 120 minutes. Cela dit, cette omniprésence met aussi en évidence le manque de profondeur d'un récit comme l'illustre le traitement inégal de ses personnages. Cable et le développement de son histoire dramatique peinent à se faire une place, tout comme le rôle de Domino interprété par Zazie Beetz. Ces mêmes personnages qui introduisent, en partie, la X-force. Le groupe de anti-héros qui va faire le sale boulot que refusent de faire les X-men n'existe ici que dans deux scènes comiques. Il faut espérer que le futur long-métrage, prévu pour 2019, les présente réellement aux spectateurs.

Le sort réservé aux rôles secondaires est un écho au travail du réalisateur David Leitch. Lui aussi ne parvient pas à faire exister sa patte dans le cahier des charges imposé par "Deadpool 2". Si les scènes d'actions sont nerveuses, elles sont trop imprégnées d'effets numériques et donc d'une réalisation sous fond vert pour amener un plus. Les acteurs secondaires peinent également à exister à l'image d'un Josh Brolin qui fait une interprétation quelconque. Surtout après celle réalisée dans la peau de Thanos dans "Avengers : Infinity War". Finalement, le seul acteur qui s'en sort, c'est Ryan Reynolds.

Deadpool c'est Ryan Reynolds, Ryan Reynolds c'est Deadpool. L'acteur canadien a trouvé son alter égo et il le bichonne. Présent au scénario et à la production, son influence est indiscutable. Il est donc tout à fait logique de constater, au final, que Deadpool est au centre d'un film qui n'existe qu'autour de sa personne et de son interprète. La scène post générique hilarante est d'ailleurs très personnelle. Il suffit de connaître ce que pense l'acteur de sa propre carrière.

"Deadpool 2" peut à la fois ravir et frustrer ses spectateurs. Le show Deadpool avec l'affirmation de son style va contenter de nombreux fans. Pourtant "Deadpool 2" s'avère, en fin de compte, beaucoup moins équilibré que son prédécesseur et les fans les plus exigeants regretteront une suite qui ne se repose que trop sur ses lauriers. 
Auteur :François Bour
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