16 décembre 2018
Critiques

Donbass : L’Histoire se répète

"Donbass", réalisé par Sergei Loznits, fait partie d'une trilogie, dont les premiers volés offrent d'autres allégories sociales fonctionnant comme une critique acerbe de la politique contemporaine Russe. Cette fois-ci, au lieu de ne pas préciser le lieu, l'action se déroule à l'est de l'Ukraine dans la région du Donbass, où une guerre, financée par la Russie, fait rage depuis 2014.

Le réalisateur étant originaire d'Ukraine, ce changement explique peut-être la férocité de la critique, qui est en elle-même assez extrême, créant de ce fait une expérience cinématographique oppressante. Décrivant une guerre sanglante et totalement inexistante dans les médias, malgré les connections flou entre Donald Trump et les représentants Ukrainiens.

Cependant, le style distinctif de Loznitsa débouche sur un exercice de style formalisé et sec, qui devient de plus en plus dur à comprendre pour les non-Slaves ou en dehors des cercles fermés des maisons d'art et d'essai. Le monde développé par le réalisateur dans ce troisième film est très similaire à celui des opus précédents. Alors que le contrat social est effacé par les pouvoirs invisibles de la région, cette société semble régresser à un statut primal, dirigée par la violence et la corruption. Qu'une guerre se déroule en même temps ne change pas grand-chose, à part que cette dernière donne une excuse convenable pour tous les abus qui ont lieu ou quand tout le monde peut être qualifié de fasciste dans le but de rendre légitime une violence toujours gratuite.

Même du point de vue stylistique, "Donbass" ressemble beaucoup à ses prédécesseurs. La palette de couleurs est encore une fois dominée par des tons automnaux. Ainsi que les effets visuels à la limite de la claustrophobie mis en scène par le directeur de la photographie, Oleg Mutu, qui garde la caméra au centre de l'action pour que le champ large de la composition grouille d'horribles personnes faisant de tout aussi horribles choses et cela sans cesse.

Le plus grand changement est au fond structurel. Ici, au lieu de suivre un seul personnage dans un paysage désert, Loznitsa compose sa narration avec une série de vignette interconnectées. Un personnage bouge de situation en situation, ou un accident comme une explosion surgit, et l'intérêt saute sur un autre personnage en initiant un autre épisode.

Techniquement, la réalisation de "Donbass" est impressionnante, mais des lourdeurs rendent le film désordonné. Aucun contexte historique ou politique n'est donné afin d'expliquer ce qu'il se passe sur l'écran. Ce qui est dommage, car il est peu probable que quiconque n'ayant jamais entendu parler de cette guerre, ne ressorte avec la moindre idée cohérente de ce qu'il se passe réellement dans la région. De plus, le réalisateur a articulé deux critiques quelque peu similaires dans deux films précédents, ce qui ajoute un élément de redondance dans ce spectacle de violence. Ceci est l'univers de la nouvelle Russie, une univers loyal à la mère patrie...
Auteur :Alexa Bouhelier Ruelle
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