16 décembre 2018
Critiques

Downsizing : Un scénario trop léger

Alexander Payne n'a pas transcendé le cinéma malgré le succès d'estime de "Nesbraka", et pourtant il réalise des films, depuis 1991, avec plus ou moins de succès. Cependant, cette fois-ci, il avait le casting et la promotion qui peuvent accroître sa notoriété. Encore fallait-il bien joué ses cartes et se démarquer.

Le pitch de départ de "Downsizing" est excellent et d'actualité. Réduire la taille de l'homme pour mieux gérer ses ressources (alimentaires, énergétiques…). Et pourtant, en découvrant le résultat final, c'est là que réside fatalement la raison pour laquelle le film est extrêmement décevant, loin d'être mauvais mais simplement décevant.

Alexander Payne n'exploite pas habilement son concept. Son but et de nous narrer l'existence d'un individu lambda, Paul Safranek, avec des questionnements personnels et des motivations lambdas bien loin du postulat de départ. Il y a certes deux ou trois idées qui viennent enrichir le concept de "Downsizing". Toutefois, cela demeure vraiment sous-exploité et relégué en toile de fond (voire derrière la toile). Le problème est de fait le suivant : l'avancée du scénario ne passionne guère le spectateur là où il devrait s'émerveiller devant cet exploit technologique et médical (l'effet fonctionne durant les 20 premières minutes seulement). Ensuite, les situations rencontrées sont trop basiques et le rythme global en pâtit. 

Pour apporter un exemple qui fonde ce constat ci-dessus, le film se cherche, à mi-chemin entre un "Forrest Gump" et un Charlie qui découvre la chocolaterie de Willie Wonka. Un ton de légèreté est apporté à l'ensemble de par la composition de ses plans et le charme de la musique qui fait penser à du Danny Elfman chez Tim Burton. Malheureusement, cet aspect individu lambda, qui va vivre une expérience incroyable, n'est pas au niveau du chef d'œuvre de Zemeckis. Ce que cette personne vit, tout petit qu'il est devenu, jusqu'au troisième acte, chacun de nous peut le vivre dans la vraie vie. On s'identifie très vite au personnage par conséquent. Cependant, "Downsizing" pourrait bien plus tôt nous plonger dans des retombées politiques importantes, quasiment inexistantes ici, ou nous faire fantasmer sur les bienfaits de ce monde miniature. Mais non ! On suit un Matt Damon qui cherche l'amour, qui fait la fête, qui rencontre des gens, qui en aide d'autres… On a également aucune opinion extérieure sur le concept Downsizing, en quoi est-ce bien ou mal ? Nul ne le sait. Notre héros décide bien trop vite de se couper des médias pour le plus grand déplaisir du spectateur.

"Downsizing" tente tout de même d'avoir un troisième acte qui nous plonge soudainement dans un très léger twist censé nous faire prendre conscience des enjeux actuels de notre planète. Toutefois, on a beaucoup de mal à adhérer à cette fin qui s'étire sans vraiment plus exploiter le propos. L'enjeu est encore une fois axé sur une décision personnelle de notre héros. Peut-être que celui-ci manque d'attachement pour être au niveau des attentes ? Malgré tout, la réalisation est saupoudrée de plusieurs bonnes idées telle l'apparition du titre en accord avec le thème, ou encore le personnel qui se force presque à être joyeux pour appuyer le bonheur aveugle des nouveaux petits. Plusieurs petites touches de comédie viennent ainsi heureusement dynamiser le récit qui s'essouffle pourtant assez souvent. 

En soi, ce film est un drame comique et non une proposition de Science-Fiction de qualité. Il cherche à être touchant avant d'être novateur. Avec plus ou moins de réussite...
Auteur :Arnaud Couture
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