18 décembre 2018
Critiques

En Eaux Troubles : Pleurs Bleus

Comme si leur rivalité devenant progressivement bromance dans les deux derniers "Fast & Furious" devait contaminer le réel, nos deux plus beaux bovins viande 100 % pur muscle établissent – volontairement ou non, là est la question – un parallèle troublant entre leurs filmographies cette année avant les retrouvailles – qu'on espérait jubilatoires avant d'apprendre que ce serait David Leitch qui s'en occuperait – de Luke Hobbs et Deckard Shaw. La saison cinématographique estivale commençait avec The Rock, notre Bon Gros Géant à nous, face à un gorille, un loup et un crocodile de plusieurs étages de haut pour se terminer avec Jason Statham qui se tatane avec un requin gros comme une baleine bleue. Il y avait de quoi faire frétiller le cinéphile déviant qui sommeillait en nous et si "Rampage : Hors De Contrôle" finissait, au bout d'une heure pas toujours heureuse malgré quelques fulgurances bien trépanées comme on les aime, par s'abandonner dans la débilité des grandeurs pour son troisième acte, "En Eaux Troubles" la joue petit aileron et s'avère même être la pire superproduction de l'été.

Plutôt qu'un titre court, sec, efficace et qui claque comme "The Meg", on a préféré vendre aux français le film de Jon Turteltaub sous un intitulé passe-partout qui pourrait aussi bien correspondre à un polar psychologique en milieu aquatique qu'au dernier Steven Seagal échoué au rayon promo de votre Carrefour le plus proche. Hélas, mille fois hélas, cet alias local correspond tellement mieux à ce bidon de lessive coupable de l'impardonnable péché d'être encore plus rasoir que les superproductions pétées de thunes sans goût vis-à-vis desquelles il devait brandir sa connerie salvatrice comme rempart à l'insipidité. En même temps, quand on entendait Jason Statham regretter le ton trop édulcoré du long-métrage lors de la promotion, on pouvait se dire qu'il y avait quelque chose de pourri au royaume du Danemark. N'assumant jamais le délire régressif qui lui tendait les bras et n'essayant pas non plus de construire la tension en réduisant à la portion congrue les apparitions de son monstre à l'écran pour en décupler l'effet des carnages qu'il perpétuerait, Turteltaub emballe le tout non pas avec la férocité du squale mais avec la placidité de la tanche.

Il y aura bien deux ou trois intentions de réalisation pour nous sortir de notre torpeur – un plan en vue subjective alors qu'un personnage passe sa tête sous l'eau, un autre où le requin se matérialise de l'autre côté d'une vitre… - mais ce sont des gouttes d'inspiration dans un océan de platitude. L'émerveillement des explorateurs face à des fonds marins préhistoriques ne produit rien chez le spectateur pour qui un banc de corail avec trois flétans autour ressemble à un autre banc de corail avec trois flétans autour et les attaques du Meg ne le feront pas plus frissonner pour un large éventail de raisons allant d'un mixage sonore pâlichon à un montage tout mou en passant par une partie de pêche au gros au milieu de nulle part et donc où aucun élément de décor ne permettra par de judicieux rapports d'échelle de faire ressortir le gigantisme de la poiscaille.

Outre sa réalisation aux fraises, "En Eaux Troubles" se vautre dans les grandes largeurs en faisant la part belle à des personnages en carton pour la plupart joués avec l'enthousiasme d'un morse grabataire. En compagnie de fieffés ingrats qui préfèrent renvoyer à Jason Statham les personnes qu'il n'a pas pu sauver plutôt que de le remercier pour celles qu'il a réussi à extirper des griffes d'une mort certaine, on vogue de scènes d'exposition en scènes d'exposition pendant quatre-vingt-cinq minutes aussi vides que verbeuses en espérant qu'"En Eaux Troubles" aura la décence de nous servir un climax complètement frappé du ciboulot. Lorsqu'on voit un yorkshire ignorer la voix de crécelle de sa propriétaire pour se jeter à l'eau avec les invités au mariage en pleine mer de celle-ci ou un ch'tit n'enfant tout gros faire des siennes pour aller rejoindre le buffet à volonté, on se dit que c'est gagné mais le requin a à peine eu le temps de faire paniquer les vacanciers qu'on l'appelle pour manger de la baleine et de la torpille. On espère oublier notre déception lorsque Jason Statham commence à se mettre dans le bain pour un 1 contre 1 avec le groquin et l'affrontement s'immerge enfin dans le bon état d'esprit, mais il dure à peine une ou deux minutes… 

C'est avec le cœur de bourrin gros et la mine de dur à cuire déconfite qu'on vient vous annoncer qu'"En Eaux Troubles" sent moins le marcel sale que l'eau de javel. Ici, l'imbécilité heureuse n'essaie pas de se faire passer pour de l'intelligence pour rentrer dans le rang mais si on ne sait pas exactement pour quoi elle essaie de se faire passer, on sait qu'elle n'a rien à raconter ou essayer de raconter et c'est encore plus triste.
Auteur :Rayane Mezioud
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