17 novembre 2018
Critiques

Equalizer 2 : Denzel in distress

Cette fois-ci, les copains et les copines, nous sommes face à un cas compliqué. "Equalizer", c'était stylisé mais peut-être un peu trop chichiteux, bien bêbête dans la manière dont il ancrait son héros presque invincible dans une forme de quotidien et surtout très mou du bout. En un mot, c'était médiocre. Alors, pourquoi est-ce qu'on s'attacherait suffisamment à ce film pourtant pas terrible pour en attendre de manière un peu coupable ? Parce que le climax était complètement maboul. Fuqua transformait les rayons d'un Bricorama en un dédale mortel avec en son centre un Minotaure qui défonçait du mercenaire russe avec des outils de jardinage.

Après une heure quarante d'encéphalogramme plat ponctuée de sursauts de violence, ça fait toujours plaisir d'être abasourdi par cette capacité à se renouveler en mettant le sadisme de son héros au service d'un slasher opératique qui n'a peur de rien et surtout pas du ridicule. Osons même comparer un flétan à un dauphin en affirmant que "Equalizer" se vit comme "Le Dernier Des Mohicans" : ça vous en touchera peut-être une sans bouger l'autre pendant les deux premiers actes mais le dernier vous propulse complètement dans une autre dimension. Donc paradoxalement, "Equalizer", on n'aime pas trop cela étant ces images surréalistes de Denzel transformé en un croisement dégénéré entre Batman, un ninja, Jason Voorhees et Kevin McCallister suffisent à nous excuser de vouloir en reprendre. Ce que ce second opus perd en sadisme et en style par rapport à son aîné, il parvient plus qu'à le compenser en gagnant en qualité d'écriture et en homogénéité. "Equalizer 2" est un meilleur film que "Equalizer" tout en restant incapable de séparer le bon grain de l'ivraie.

Robert McCall a quitté les rayons de son Brico Dépôt pour tailler la route en tant que chauffeur Uber, une activité professionnelle qui permet à ce héros trop fort de roquefort de mieux s'insérer dans un quotidien trop terre-à-terre pour sa démesure. Les trajets avec ses clients plus ou moins réguliers sont l'occasion d'exploiter sa finesse d'observation, non pas pour péter des tronches, mais pour saisir des moments touchants dans la vie de ses passagers. Qu'ils répètent un entretien d'embauche à venir ou annoncent fièrement au téléphone leur admission à une école d'ingénieurs, le regard extérieur de McCall est le canal par lequel leur humanité est transmise au spectateur.

Cumulés avec ces fins heureuses vécues comme un miracle par des êtres en détresse qui ne connaîtront jamais leur bienfaiteur, ces moments font de McCall un ange gardien compatissant et insaisissable. McCall est un peu comme Damiel et Cassiel dans "Les Ailes Du Désir", la passivité en moins et la psychopathie venant créer une dichotomie fascinante – qui sera d'ailleurs le propos d'une géniale scène de rencontre entre McCall et ses ennemis où celui-ci leur annonce qu'il va tous les buter un à un tout en reculant vers des personnages en arrière-plan pour lequel il est un gentil tonton de cœur – en plus. Lorsque McCall aide explicitement, ça lui fait perdre cette aura essentielle au personnage et ça crée des sous-intrigues qui parasitent la progression de l'histoire principale, une histoire qui a d'ailleurs l'intelligence de rendre ses motivations abstraites pour y instiller une absurdité un brin kafkaïenne même si on en grille le félon en quelques secondes. Remplies de gras, ces sous-intrigues dépassent tout de même légèrement leur caractère superfétatoire en mettant en leur centre des personnages qui, comme McCall, apprennent à faire leur deuil. Elles nous font perdre pas mal de temps mais elles nous offrent en échange une pointe de tristesse et de nostalgie qui habitera tout le long-métrage.

Par rapport au premier, la mise en scène s'est pas mal délestée de ses effets comme si Fuqua était arrivé à la conclusion que les ralentis extrêmes et les travellings renversants du premier film étaient finalement contreproductifs ou tout du moins n'avaient plus leur place s'il voulait un autre style pour la suite. Les moments m'as-tu-vu pas toujours du meilleur goût du premier disparaissent et malheureusement le sadisme et les bains de sang aussi. Les scènes d'action se limitent toujours à de brefs éclats de violence, mais ceux-ci ont presque perdu tout impact puisque McCall use plus souvent du bourre-pif que de l'objet contondant donc il y a peu de morts et presque plus de cruauté.

C'est à côté que Fuqua est meilleur, lorsque McCall se plonge dans une scène de crime à la place du mort pour comprendre comment une balle a été tirée ou lorsque la tension d'une scène de cache-cache repose sur un miroir sans tain. Et une fois de plus, ce qu'il y a de mieux dans un "Equalizer", c'est son climax. Ce qui est bon signe pour la qualité et le rythme de ce qui le précédait, c'est qu'il ne s'impose pas comme une brutale remise à niveau comme dans le premier. McCall choisit comme terrain de jeu le village où il vivait avec sa défunte épouse, une petite bourgade vidée de ses habitants car en proie à une tempête. On passe encore une fois dans le cinéma d'horreur mais pour quelque chose de fantastique voire carrément mystique. Fuqua déplace notre regard du côté de l'escouade aux trousses de McCall et, un peu comme dans "Silent Hill" ou "Stranger Things", ceux-ci semblent projetés dans une version cauchemardesque d'un lieu dont leur proie est maîtresse. Dans ce décor battu par les éléments, McCall en deviendrait presque un châtiment divin.

De peur de jeter le bébé, Fuqua et son équipe font encore l'erreur de garder l'eau du bain mais "Equalizer 2" progresse par rapport à "Equalizer" et on se dit qu'à ce rythme-là, un "Equalizer 3" sera peut-être bienvenu pour justifier ses aînés. Après tout, ce qu'il y a de meilleur dans un "Equalizer", c'est son troisième acte.
Auteur :Rayane Mezioud
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