13 décembre 2018
Critiques

Et mon coeur transparent : Lancelot coule

« Je fais souvent ce rêve étrange et pénétrant
D'une femme inconnue, et que j'aime et qui m'aime
Et qui n'est, chaque fois, ni tout à fait la même
Ni tout à fait une autre, et m'aime et me comprend.
Car elle me comprend, et mon cœur transparent
Pour elle seule, hélas ! Cesse d'être un problème… »

"Et mon cœur transparent" est l'adaptation cinématographique du sixième roman de l'auteur Véronique Ovaldé, publié en 2008. Lancelot perd sa femme, enfin sa seconde femme, dès les premières minutes du film. Le titre du film vient d'un poème de Paul Verlaine, Mon Rêve familier. Ce dernier est un bon résumé du livre. Morte, Irina a, comme dans le dernier vers, « l'inflexion des voix chères et qui se sont tues ». Des mots empruntés à Paul Verlaine comme pour insuffler une inspiration romantique dans un roman qui s'avère au final plutôt sombre. Parallèle au poème, l'évocation d'une femme aimée, sublimée, idéalisée. Une femme insaisissable, mystérieuse et si présente même dans son absence. Et puis on a un homme en pleine confusion entre le rêve et la réalité, le passé et le présent. Un bonheur perdu, le surgissement d'une mélancolie.

L'homme de l'histoire c'est Lancelot Rubinstein. Porter le nom d'un chevalier légendaire, grande figure romanesque est un poids supplémentaire pour cet homme qui possède si peu d'estime de lui-même. C'est un personnage super passif, un style d'homme qui s'étonnerait qu'un meuble disparaisse, réalisant que tiens, la table de chevet a disparu. Sorti de la chambre, plus rien, il passe à autre chose et continue sa vie dans un monde muré. Pas tout à fait muré, mais plus retiré. Il travaille chez lui, ne rencontre personne et ne parle à personne, à part à sa femme. Des surprises il n'y en a pas beaucoup. Lancelot découvre, après sa mort, qu'Irina lui cachait beaucoup de choses, des amis et tout un passé sentimental et militant. Mensonge, encore une fois ne serait pas le bon mot. Il semblerait qu'elle protégeait leur amour, leur désir. Lancelot est un chevalier solitaire et déprimé qui mène une quête posthume difficile. Au milieu du film il décrit sa femme en ces mots : « Irina serait une luciole. Une luciole grillée. Un faible bruit de cuisson et la lumière s'éteindrait. Que reste-t-il donc d'Irina dans sa petite boîte en métal ? ». Irina est un personnage dont le rouge à lèvres est d'un rouge vif. Dans des flashbacks, elle s'acharne à l'appliquer comme si elle mettait un masque. Ce rouge à lèvre est lié à une imagerie de femme fatale, un attirail très féminin, un peu comme des peintures guerrières.  

L'univers de Véronique Ovaldé, ici recréé par Raphaël et David Vital-Durand, est agréable. On entre, cependant, avec quelques difficultés dans ce monde imaginaire, où le rêve, la fantaisie, la poésie, la légèreté se mélangent avec la réalité crue, la mort, le deuil, la douleur. Un bémol qui est martelé par une dernière partie qui m'a semblé bien longue et surtout à la fin, déconcertante. 

Dévoiler le synopsis c'est en somme raconter tout ce qu'il y a à raconter et donc par cela pas grand-chose de surprenant ne se passe. La trame du film est facile, toutes les questions trouvent leur réponse, non, on ne se perd jamais en cours de route et même car il n'y a pas de quoi se perdre. 
Auteur :Alexa Bouhelier-Ruelle
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