15 décembre 2018
Critiques

Everybody knows : Drame ibérique

Parce que "Everybody Knows", ce n'est pas qu'une chanson curieusement si entraînante chantée par la voix de Leonard Cohen, c'est aussi la toute nouvelle tragédie signée Asghar Farhadi ouvrant le 71ème Festival de Cannes.

Transportant sa caméra jusqu'en Espagne, le réalisateur iranien se retrouve avec un casting ibérique de luxe : Penélope Cruz, Javier Bardem et Ricardo Darin, rien que ça ! Est-ce que le changement de paysage conserve néanmoins la force du cinéaste à observer la société entourant sa caméra ? S'il s'avère qu'elle s'est amoindrie, le réalisateur sait toujours se montrer implacable en terme de narration.

Le choix d'implanter le décor en Espagne se trouve être redoutablement efficace pour étendre la dramaturgie de Farhadi. Il s'y était essayé en France dans "Le Passé", mais avec "Everybody Knows", il sait se réapproprier avec brio son nouvel environnement. L'histoire débute par un mariage dans un petit village espagnol. Tout le monde répond présent, la famille, les amis et même les voisins. Certains se retrouvent, comme Laura et Paco, anciens amoureux joués par Penélope Cruz et Javier Bardem (qu'on avait déjà vu, tout deux, chez Ridley Scott dans l'injustement sous-estimé "Cartel"). Les heures passent et l'alcool coule à flot. Tout le folklore espagnol nous est exposé dans cette soirée festive lorsque soudainement, en une coupure de courant, tout s'effondre subitement.

Depuis un élément perturbateur enclenchant l'intrigue, ici le kidnapping mais avant une agression dans "Le Client", Farhadi va encore et toujours s'intéresser à la manière dont une société peut réagir face à un événement. En racontant cette histoire depuis un petit village où tout le monde se connaît, on a affaire ici à un drame moral sur des individus perdus dans leurs choix et leurs secrets. Si dans la mise-en-scène, le réalisateur sait toujours se montrer aussi immense pour filmer les instants d'intimité si chaotiques, il est cependant décevant de voir un tel scénario tomber dans la facilité des rebondissements, donnant à l'ensemble un sentiment de partir en roue-libre par moments.

Toutefois, au final, peu importe si le scénario est faible. Les histoires racontées par Farhadi peuvent se raconter en deux lignes s'il le faut, mais leurs réflexions laissent une trace importante dans notre inconscient. Peut-être qu'il le fait ici avec une force moins importante (malgré un sujet aussi douloureux que kidnapping). Cependant, cette réflexion sur l'orgueil ne laisse pas de marbre.

"Everybody Knows" est très certainement le film le plus mineur de la filmographie de Farhadi. Il se trouve être en revanche un excellent moyen pour commencer en douceur sa filmographie, c'est seulement après que vous pourrez passer aux choses sérieuses avec "Une Séparation" ou "Le Client".
Auteur :Victor Van De Kadsye
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