16 décembre 2018
Critiques

Frantz : Ozon est grand !

Quand un nouveau François Ozon sort, on se demande toujours de quoi il sera fait : petit thriller suburbain ("Dans La Maison"), comédie de mœurs proprette ("Une Nouvelle Amie"), litanie ado post-Sagan ("Jeune et Jolie"), etc. Chez lui, un film ne ressemble jamais au précédent, piochant allègrement dans tous les genres, et il ne lui restera probablement plus qu'un porno et un film d'horreur pour réussir la prouesse historique de placer son nom dans tous les rayons de la Fnac.


Car aujourd'hui François Ozon nous présente "Frantz", un film de guerre, un film historique en noir et blanc, parlé en Allemand. Et comme d'habitude, car s'il y a une seule constante dans son cinéma c'est celle-ci, son film respire la grande classe.


Il y a de la finesse dans ce film, dans son approche quasi-documentaire de la dépression allemande post-traité de Versailles, dans sa capacité à déceler les prémices des drames à venir. Dans cette bourgade baffée en pleine gueule, dans laquelle des petits cénacles minables ruminent leur aigreur autour d'un fumoir, dans ces bals traditionnels d'une Allemagne qui n'existera plus jamais, dans ce pays humilié et qui semble tapi dans la neige pour toujours. Ozon est Haneke.


Il y a de la beauté dans ce film, celle de Pierre Niney et sa gueule de poilu criante de vérité, dans son jeu constamment excellent, dans sa sensibilité ; celle de Paula Beer, constamment filmée dans un noir et blanc velouté, comme à travers un filtre Instagram qui se serait intitulé « Marlene Dietrich ». Ozon est Renoir.


Il y a aussi un scénario, un vrai. Loin du prechi-precha humaniste de Lubitsch dont est adapté le film. Le scénario de ce jeune type étranger qu'une veuve trouve sanglotant sur la tombe de son fiancé, seul dans un pays dans lequel il est le meurtrier de tous les jeunes allemands morts au combat. Celui d'amours vécus par procuration. Ozon est Hitchcock.


A la fin de "Frantz", il reste un film parfait, délicat et simple, beau et universel, grand public et sophistiqué, servi par des acteurs géniaux. Ozon est grand. A la Mostra de Venise, il a représenté le cinéma Français. Alors vive le Cinéma Français !


Auteur :Mickaël Vrignaud
Tous nos contenus sur "Frantz" Toutes les critiques de "Mickaël Vrignaud"