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GHOST IN THE SHELL 2

Un dessin animé de Mamoru Oshii avec les voix de Akio Ôtsuka, Atsuko Tanaka et Kôichi Yamadera.

Sortie le 01 décembre 2004.

 

 

 

Crédits photographiques : U.I.P.

Batou est un cyborg vivant. Son corps entier a été fabriqué par l'homme. Seules lui restent des bribes de son cerveau et le souvenir d'une femme. Dans un monde où la frontière entre humains et machines est devenue infiniment vague, les Humains ont oublié qu'ils sont humains. Voici la débauche du "fantôme" d'un homme solitaire qui néanmoins cherche à conserver son humanité.

1°)AVIS

Les longs-métrages d’animation tels que « Ghost in the shell (1995) » premier du nom ont en leur époque tellement marqué d’autres réalisateurs –comme les frères Wachowski pour leur vision philosophée dans « Matrix », d’une part, et un public ciblé demandeur de scénarios plus complexes, qu’on hésite longuement à considérer une suite à une telle œuvre. Inaccessible pour certains, rêvé pour d’autres, l’univers (futur assez proche) de Mamoru Oshii –inspiré du travail de Masamune Shirow - dépeint un monde ou vivent en symbiose robots, humains et cyborgs (métisses robots-humains, NDLR), non sans heurts, en partenariats.

Cette suite, à contre courant pour le genre sous-titrée « Innocence », reprend la trame du premier opus dans une première partie de film, ré expliquant de façon plus claire, plus rapide (et malheureusement plus futile) le concept de « ghost » réintroduit ici dans une enquête criminelle sur des disfonctionnements chez les robots. Complots sous-jacent, séquences colorées de la musique de Kenji Kawai, quelques combats, on retrouve les clés du succès des premiers films de Mamoru Oshii , un univers politisé comme dans la série des « Patlabor », sérieux dans ses dialogues sans renier de l’humour sarcastique.

Pourquoi les hommes s’acharnent à se recréer eux-mêmes au travers de l’apparence qu’ils donnent à leurs robots ? Psychologie de l’enfant, philosophie de Descartes et citations multiples viendront approcher la réponse, laissant le spectateur seul juge de ce qu’il voit, de ce qu’il entend et comprend. Mais se triturer les méninges sur la métaphysique évoquée ici n’est pas le mot d’ordre du film, loin s’en faut. Une autre lecture se fait, plus graphique, où les environnements sont plus fluides que les découpes des personnages sans pour autant trancher et prendre le pas sur eux (encore une forme de symbiose ?) malgré leur qualités, où les cultures ne sont pas laissées au passé (pour preuve la séquence du défilé dans la mégalopole, soutenue par la musique resplendissante de Kenji Kawai), et enfin où les gestes du train-train quotidien en 2032 (même s’ils trahissent ici une vision inquiétante du célibat et de la relation au travail, au Japon) ne sont pas aux antipodes de ceux d’aujourd’hui : faire ses courses et donner à manger au chien, rentrer et profiter de sa famille… Métro. Boulot. Dodo.

Le futur est bien là , pourtant. Les cathédrales ont fait fusionner leur style gothique avec le monumentalisme des structures de verre (le chef lieu de l’entreprise Locus Solus), les véhicules terriens ou aériens ont gardé un style rétro, parfois canin (une image récurrente dans le film, est-ce là l’« innocence » annoncée ?), les anges gardiens sont fantomatiques et guerriers mécaniques à la fois. Jamais pessimiste et tendant à préserver une forme évoluée de réalisme (à la façon déjà évoquée pour le primer opus, de « Blade Runner (1982) »), on ne reprochera au film que sont photo-réalisme trop accentué parfois (principalement au début), et ses références directes au film originel pouvant perdre le spectateur qui ne l’aurait pas vu.

Au delà de ces maigres défauts, immergez-vous dans ce nouveau monde de Mamoru OshiiAu son d’une des répliques du film et à l’image de la scène d’introduction, genèse d’un robot :

« Marchons seul (ami spectateur…), sans faire le mal, sans rien attendre, tel l'éléphant qui traverse la forêt »…

Julien Leconte

2°)AVIS

C'est quasiment 10 ans après la sortie du film d'animation qui aura réellement revolutionné l'approche du public adulte occidental en matière de dessin animé, que sa suite nous parvient.

D'emblée, nous pénetrons dans un univers familier, si tant est que l'on puisse qualifier ainsi les mégalopoles impersonelles et saturées de signes qu'affectionne Oshii. Nous suivons une silhouette qui ne nous est pas inconnue, celle de Batô, cyborg imposant aux orbites certies du chrome de la surmodernité. Sa collègue et amie, le Major, lui avait fait ses adieux à la fin du premier opus. Nous retrouvons alors Batô, quelques années après, s'abandonnant toujours dans son travail au sein de la police spéciale, s'ennivrant à la tâche pour ne pas laisser se manifester en lui les mêmes troubles qui avaient à jamais transformé le Major. Mais, et l'on saisit à quel point Innocence et la digne suite de Ghost In The Shell, une sordide affaire de "gynoïdes" (robots à l'apparence féminine, construits uniquement pour le commerce du sexe) se rebellant avant de se donner la mort va l'obliger à laisser s'exprimer les tumultes qui secouent sa conscience, aussi technologiquement "boostée" soit-elle : qu'est-ce que l'humanité ? Peut-on être humain lorsque l'on en a que la forme ?

Innocence reprend la reflexion d'un Oshii nourri à l'oeuvre de Philip K. Dick, là où Ghost in the Shell l'avait suspendue. Le film a les mêmes qualités que son prédecesseur, et que bon nombre de films d'Oshii d'ailleurs : une volonté farouche de penser, sans tomber dans la simplification bête, notre rapport au corps, à l'autre, à la filiation, à la technologie.

En cinéaste japonais, Oshii questionne, comme Otomo, la place de la révolte dans un monde carcan, régi jusqu'à l'outrance par une codification des rôles sociaux (ici robots/humains/humains boostés). En tokyoïte, vivant au coeur de la post-modernité, il se révèle d'une conscience aiguë des questions métaphysiques que pose la technologie avancée qui se démocratise. Parfois tortueuse, voire un peu obscure (à l'image d'une scène où les théories de Darwin s'opposent à celles de Descartes sur l'Homme comme automate, de surcroît une des plus laides du film, visuellement, à cause du mariage disgracieux du dessin et de l'image de synthèse), la démarche d'Oshii n'en est pas moins louable et intelligente.

Premier dessin animé de Noël pour adultes ? Peut-être, puisqu'il sort en cette saison. En tout cas ce n'est pas la première occasion qui nous est donnée de vérifier la grande maturité du cinéma d'animation nippon. Si toutefois vous étiez passés à côté des oeuvres de Miyazaki ou Otomo, entre autres, alors voici l'occasion de vous en convaincre.

Benjamin Thomas

 

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