20 novembre 2018
Critiques

Hérédité : Un film qui va vous hanter

Des névroses familiales racontées à travers une maison de poupée gigantesque : on est pas dans le prochain film de Wes Anderson mais bel et bien dans un film d'épouvante. Nouvelle production A24, "Hérédité" a traîné avant sa sortie une réputation de pur film-choc depuis sa première projection publique au dernier Festival de Sundance. Evoqué comme le film le plus effrayant depuis "L'Exorciste" de Friedkin, le premier long-métrage d'Ari Aster marque comme un puissant coup de poing pris en pleine figure. 

Les premiers plans de "Hérédité" annoncent d'emblée le talent de mise-en-scène du réalisateur. Un carton d'introduction nous informe du décès de Ellen, matriarche des Graham : une famille vivant isolée qui nous est présenté dans le plan suivant, un long plan-séquence passant de la chambre d'une maison de poupée (construite par le personnage de Toni Collette, artiste de diorama) à une véritable chambre, filmée, elle, à taille réduite. Ce passage de la maison de poupée à la réalité marque instantanément l'intention du réalisateur de maudire cette famille en programmant leur descente aux enfers, victime de la malédiction lancée par cette grand-mère aux secrets étranges. Toutefois, cette idée de programmation filmique est ce qui va toucher au cœur le sujet de son film : la transmission des démons familiaux.

"Hérédité" surprend à ne pas laisser le sensationnel prendre le dessus. L'épouvante, ici, est dans cette peur psychologique que subissent les membres de cette famille. Le film rappelle par ailleurs "Antichrist" de Lars von Trier de ce point de vue, que le réalisateur appelle clairement lors de certains plans dérangeants vers la toute fin, pour parler de mal-être psychologique à un stade radicalement morbide.

Attention ! A ce propos, si vous avez du mal avec les films fantastiques contemplatives d'A24 (comme "A Ghost Story" ou "The Witch"), passez immédiatement votre chemin ! Car l'horreur de "Hérédité" ne tient pas uniquement aux scènes spectaculaires aperçues dans la bande-annonce. La profonde tristesse de l'histoire racontée sidère par la justesse qu'a le réalisateur à mêler le drame névrotique sur la famille à une horreur pure. Les plans sont statiques ou alors marqués par de lents mouvements de caméras comme pour laisser une trace importante à l'horreur des événements. On ne regarde pas "Hérédité", on le subit tant il parvient à rendre cette expérience de visionnage si étouffante et impressionnante. On peut par ailleurs applaudir Toni Colette, Gabriel Byrne et les révélations Alex Wolf et Milly Shapiro de s'être aventurer dans ce cauchemar sans fin.

Troublant de la première à la dernière seconde, "Hérédité" est un film qui ne vous quitte pas après la séance et qui hante. C'est aussi un objet étrange qui risque de vous irriter ou alors de vous émerveiller dans sa noirceur. Mais une chose est sûre : l'expérience est marquante !
Auteur :Victor Van de Kadsye
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