19 décembre 2018
Critiques

Hotel Artemis : La prochaine fois, essayez Trivago

Le Cinemascore, c'est génial ! Ça existe depuis quarante ans aux États-Unis et c'est une note moyenne allant de A+ à F attribuée par un panel représentatif de spectateurs à la sortie du film. Plutôt qu'un indicateur de la qualité d'un film, il faut le prendre comme une mesure de l'impression que celui-ci a produit sur le public. Généralement, lorsqu'on va voir un film, on va voir quelque chose qu'on estime fiable par rapport à nos attentes et on risque de baser notre appréciation sur la satisfaction de celles-ci plutôt que sur la proposition cinématographique elle-même. C'est pourquoi on considère dans l'industrie que tout ce qui est en-dessous du B est un échec auprès du public et comme l'annonciateur de fortes chutes. Bien sûr, il y a eu de nombreux contre-exemples par le passé mais quand on veut juste voir du bon cinéma et qu'on sait comment le Cinemascore fonctionne, on se retrouve parfois à frétiller face à une note moyenne voire carrément dégueulasse parce qu'elle signifie que le public a peut-être reçu quelque chose qui ne lui plaisait pas mais dont il avait sans doute besoin voire une proposition bien radicale comme on les aime.

Sorti début juin aux États-Unis, "Hôtel Artemis" s'était mangé un C- dans la tronche. Chez nous, ça veut dire que tu passes à peine au rattrapage au bac et accroche-toi pour l'avoir. Et encore une fois, c'est quand on va à l'encontre de ce que le Cinemascore prescrit qu'on se retrouve face à une péloche stimulante dans les salles obscures. Comme le laisse deviner le nom de la déesse grecque qui a entre autres la faculté de guérir les épidémies, à l'Hôtel Artemis, on fait plus que des formules Bed & Breakfast pour ceux qui viennent y séjourner. On y reçoit de fieffés coquins – qui doivent tout de même montrer patte blanche - qui ont besoin de se faire soigner tout en étant protégés des forces de l'ordre. Le film se passe à Los Angeles en 2028 alors que les édiles viennent de couper les approvisionnements en eau potable. Cette décision déclenche de monstrueuses émeutes dans la ville dont une petite bande de braqueurs profite avant d'être obligée de battre en retraite vers l'Hôtel Artemis après quelques échanges de tirs. 

Drew Pearce, scénariste ayant beaucoup officié chez Marvel Studios qui passe pour la première fois à la réalisation d'un long-métrage, s'inspire clairement de John Carpenter mais a l'intelligence de savoir quel pan de cette influence travailler et lequel laisser de côté. Conscient sans doute de ce que l'introduction du film démontre, à savoir une capacité limitée à exploiter un Los Angeles en proie au chaos pour signer une charge anarchiste contre le capitalisme sauvage, il va très rapidement nous enfermer dans un bastion progressivement contaminé par le bazar ambiant à l'extérieur un peu comme dans "Assaut". C'est assez intense mais plus que l'efficacité narrative du récit, c'est l'Hôtel en lui-même qui retient l'attention. La direction artistique s'accouple avec une photographie jouant habilement des couleurs et des éclairages pour créer un lieu à l'atmosphère particulière, interlope et qui fait sacrément travailler l'imaginaire. 

La puissance d'évocation du lieu tient aussi à une galerie de malandrins imparfaite dans sa caractérisation mais sublimée par des gueules de cinéma. Les pouvoirs télékinésiques de Nice sont oubliés en cours de route et elle lâche régulièrement deux-trois trucs en français pour nous rappeler ses origines mais Sofia Boutella a fait monter son jeu en gamme depuis "Atomic Blonde" et elle a le droit à une baston qui met en valeur ses aptitudes de chorégraphe. L'homme le plus à craindre de toute la ville apparaît pour la première fois dans le cadre à l'occasion d'un gros plan sur ses sandales mais c'est Jeff Goldblum dans toute sa magnificence impériale. Ce ne sont là que deux exemples pris au hasard mais, à l'exception du personnage de Charlie Day qui a vraiment l'air de trop, tout le monde a une histoire à raconter et des moments pour briller malgré quelques erreurs de parcours. Au cœur de tout ça, une maîtresse des lieux avec sans doute un paquet d'histoires à raconter à la portée mythologique frappante dès sa première apparition mais dont l'aura sera rapidement fragilisée par une humanisation qui aurait été complètement malvenue si Jodie Foster n'avait pas rendu le personnage un peu bouleversant. À ses côtés, son colossal homme de main incarné par Dave Bautista s'en sort un peu mieux parce qu'il ne déborde quasiment pas de la figure abstraite stimulant l'imagination du spectateur.

C'est loin d'être un chef d'œuvre mais "Hôtel Artemis" produit un plaisir trop rare chez le spectateur, celui de voir un chouette petit B modeste mais correctement troussé qui sollicite bien son imagination. On se dit que ça pourrait faire une sympathique série télévisée façon "Night Gallery".
Auteur :Rayane Mezioud
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