13 décembre 2018
Critiques

Hôtel Transylvanie 3 : des vacances monstrueuses : L’Aventure du Poséidmonstre

"Hôtel Transylvanie", c'est cool. D'accord, c'est un peu pauvre comme début d'introduction mais avec les notes moyennes que chaque épisode de la série se paye aux États-Unis, on croirait pas comme ça mais défendre la saga Hôtel Transylvanie, c'est pas une opinion qui court les rues. On veut bien accorder à ses détracteurs – ou en tout cas à ses « meh » tracteurs puisqu'on est plus face à un consensus mitigé qu'à un jet massif de tomates pourries  - que le fond est soit franchement réchauffé, soit inabouti en raison de l'hyperactivité des films mais ça fait pas mieux chez Illumination Entertainment ou DreamWorks Animation et pourtant ça se chope des bonnes notes alors que ça n'a pas ce qui met Hôtel Transylvanie au-dessus du jeu, à savoir Genndy Tartakovsky. Certes, son animation de fou furieux empiète fréquemment sur la lisibilité de la mise en scène mais ça s'atténue à chaque film et c'est surtout à chaque fois une démonstration d'inventivité débridée qui suffit à faire d'"Hôtel Transylvanie 3 : Des Vacances Monstrueuses" l'une des superproductions les plus appétissantes de cet été.

Pourtant, on sent qu'on risque de tomber dans un traquenard parce que mettre les monstres d'Universal et toutes les autres abominations d'Halloween sur un paquebot, c'est pas juste sauter le requin. Là, on s'envole et on fait carrément des tonneaux au-dessus du requin. L'aveu de manque d'inspiration pour l'intrigue n'est que plus flagrant lorsque la croisière est censée permettre à Dracula et à sa famille de décompresser mais qu'elle se fait quand même avec tout le vivier habituel de l'hôtel. Rien de nouveau sous la pleine lune, tout le monde est en vacances comme d'habitude même si les vampires ne devraient pas vraiment avoir l'impression d'en prendre alors que leur but était de se ressourcer un peu loin du quotidien et on a un nouveau décor pour masquer la répétition. Pour ce qui est de la profondeur, on passe de thématiques au traitement attendu ou trop léger dans les deux précédents à quelque chose de limite superficiel cette fois-ci. Pas grand-chose à se mettre sous la dent alors que la difficile acceptation de la belle-parentalité n'est jamais vraiment abordée même si on comprend quand même par son apparence que l'antagoniste a fini par littéralement devenir un monstre à force de les traquer. 

Mais comme cela a été dit plus haut, "Hôtel Transylvanie", c'est chouette parce que Genndy Tartakovsky. L'homme qui a fait les belles heures de Cartoon Network avec "Le Laboratoire De Dexter", "Les Supers Nanas", "Samouraï Jack" et "Star Wars : Clone Wars" est un animateur de génie qui trouve dans cette saga l'occasion de s'affranchir des limites de la réalité et de pousser son médium le plus loin possible. Il y a toujours autant d'idées géniales à l'écran et la frénésie semble désormais ne plus prendre le pas sur la lisibilité des scènes. Les blagues de maternelle sur les émanations et les fluides corporels qui gênaient tant le début du premier film semblent elles aussi complètement disparaître alors que le slapstick se taille une part du lion de plus en plus conséquente. Dans le pire des cas, ce troisième opus fera péter des vampires parce qu'ils ont mangé de l'ail et réutilisera d'un court-métrage un chiot géant qui s'appelle Pipi. Le reste, c'est surtout de l'humour basé sur la violence physique et le mouvement. Il y en a dans à peu près n'importe quel film d'animation mais aucun ne rivalise avec le rythme, l'impact et l'ingéniosité d'une saga qui s'imprègne à chaque fois un peu plus de l'héritage de Chuck Jones, Tex Avery et Bob Clampett en allant jusqu'à signer une version push it to the limit* de Lapin Et Lutin, le cartoon où Bugs Bunny affrontait un gremlin dans un avion.

Comme la substance manque de cohérence et s'allège encore mais que le style se perfectionne, on se dit que ça va être du niveau habituel de la saga. Ça pourrait même être légèrement mieux que le premier parce que c'est le moins lisible et le plus grossier mais tout s'écroule lorsque le climax arrive. Énormément de films d'animation hollywoodiens non produits par Pixar ont une lubie pour les tubes trop entendus ou à la mode qui les rend irritants et racoleurs, l'apothéose du mauvais goût étant de faire danser gratuitement les personnages juste avant le générique. On la défend mais la saga "Hôtel Transylvanie" ne déroge pas à cette obsession pour l'ambiance pop/boom/boîte de nuit/techno et "Des Vacances Monstrueuses" pousse le bouchon trop loin. Cette fois-ci, on vous épargne l'insupportable danse avant le générique parce que tout le climax consiste en un affrontement de DJs où pour contrer de la trap de supermarché, on balance Don't Worry, Be Happy et Macarena.

Et c'est malheureusement cette ultime putasserie qui fait tout basculer. De la petite friandise aussi savoureuse que les autres, "Hôtel Transylvanie 3 : Des Vacances Monstrueuses" s'effondre en une dizaine de minutes pour n'être plus que le film moyen que ses « meh » tracteurs nous vendaient. Si vous fermez les yeux et vous vous bouchez les oreilles avant le climax, ça passe quand même.

*push it to the limit : au-delà des limites, excessive. En référence à la chanson « Push It To The Limit » pour le film Scarface de Brian De Palma.
Auteur :Rayane Mezioud
Tous nos contenus sur "Hôtel Transylvanie 3 : des vacances monstrueuses" Toutes les critiques de "Rayane Mezioud"