18 décembre 2018
Critiques

I Feel Good : Vaine et ennuyeuse caricature

Film à demi raté, "I Feel Good" marque un essoufflement de la part de Benoit Delépine et Gustave Kervern, œuvre molle, systématiquement le cul entre trois chaises : leur propre cinéma, le cinéma grand-public qu'ils cherchent visiblement à toucher et le docu-misère façon Dardenne qui vient plomber le film qui parvient à sembler trop long d'une demie-heure alors qu'il ne fait que 105 minutes.

On y suit l'errance sans fin de Jacques (Jean Dujardin), quinquagénaire SDF obsédé par le fait de devenir riche, qui vient – ni plus ni moins – de passer une vie entière en quête de l'idée qui le fera accéder à la richesse. Il ne l'a pas encore trouvé et vient se ressourcer dans un village Emmaüs près de Pau, tenu par sa sœur (Yolande Moreau), vieille fille généreuse pour qui tout se gagne par la solidarité.

On pourrait se dire que le propos est vu gros comme une maison : les petites gens sont gentils et les capitalistes sont les méchants. On pourrait trouver ça niais. Pourtant c'est exactement le propos du film, ni plus ni moins, avec le plus pur premier degré. L'aspect intéressant du personnage de Jacques (en réalité il n'est pas plus cupide qu'un autre, juste profondément complexé et meurtri par une génération start-up idolâtrant des mecs en tongs devenus millionnaires pour avoir revendu une appli) est mis sous le tapis pour se concentrer sur la caricature de capitaliste français, recrachant comme une éponge les préceptes idiots des grands patrons du CAC40, à base de rage de vaincre et de loi du plus fort ; en extase devant une maison avec piscine, ce qui vaut – il faut le noter – une scène très drôle dans laquelle Jacques, visitant une maison de riche, s'exclame « Powwww » chaque fois qu'il entre dans une pièce.

L'ennui c'est que les défauts de Jacques sont si grossiers, son discours si convenu, que le film en devient presque didactique, il faut voir les échanges affligeants entre lui et sa sœur (évidemment dépeinte comme un monstre de candeur et de générosité, pour le coup) pour le comprendre: « Tu sais que l'Abbé Pierre a fondé Emmaüs en 1954 ! Au début il y avait qu'un village et aujourd'hui on en compte plus de soixante-dix ! » « Toi et Maman vous avez jamais cru au capitalisme, c'est pas Karl Marx qui va t'aider à avoir un Jacuzzi. » Il reste alors une succession de saynètes mal dosées, quelques fois drôles, souvent pataudes, tenant à la tchatche et à la capacité d'improvisation pas toujours probante de Dujardin.

Par ailleurs, le regard béni-oui oui que Delépine et Kervern posent sur les membres du village Emmaüs surprend et déçoit : c'est que, dans le fond, Groland a toujours su poser un regard tendre sur des petites gens qui sentaient le purin, trouver la poésie dans la vulgarité la plus crasse ; dans un autre genre il y avait de ça chez les gentils gogols marginaux de "Mammuth", de "Near Death Experience", de "Saint-Amour". Ici le film semble calibré grand-public, tristement caricatural. La fin ressemble à un truc tourné par François Rufin : plans fixes sur des gentils artisans Emmaüs au travail, gros plans sur les visages burinés sur fond de la musique populaire de Zebda.

C'est triste, c'est chiant.
Auteur :Mickaël Vrignaud
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