13 décembre 2018
Critiques

In The Fade : Kruger éplorée

Il y a ce réflexe tenace, lorsque l'on se retrouve devant un film passé au Festival de Cannes (et dans la compétition officielle qui plus est), de tempérer les élans les plus cavaliers de sa subjectivité. Après tout, un film sélectionné dans la catégorie reine du « plus grand festival du monde » doit forcément receler quelques qualités qui, sans forcément concourir à sa réussite, justifient au moins de ne pas le jeter aux orties trop précipitamment. Comme si le label cannois méritait que l'on suspende l'évidence, même si celle-ci saute aux yeux dès les premières vingt minutes. C'est le cas de "In The Fade" de Fatih Akin, qui vient apporter une confirmation éclatante à un adage trop bien connu : quel que soit le côlon dont il provient, le caca ne sentira jamais la rose.  

Il est probable qu'"In The Fade" aurait à peine eu droit aux notules de bas de page des magazines spécialisés si n'était le nom de son réalisateur Fatih Akin, qui jouit de ce bénéfice du doute accordé aux bêtes de festival adoubées par la critique. En effet, difficile de justifier la sélection de ce salmigondis lacrymal dans lequel Diane Kruger joue le rôle d'une femme dont le mari et le fils sont brutalement assassinés, suite à l'explosion d'une bombe posés par des néo-nazis. 

Film de vengeance ? Drame sur le poids du deuil et l'incapacité de se reconstruire ? Récit procédurier sur la vulnérabilité des victimes face aux failles du système judiciaire allemand ? Tout ça en même temps et rien à l'arrivée en fait, le film croulant sous ses velléités de film-thèse qui cherche à développer un propos sans bâtir de point de vue. Preuve en est un arrière-plan politique qui ne sert finalement à rien, sinon susciter l'indignation pavlovienne du spectateur pour forcer son empathie avec l'héroïne, avocat sournois aux chicos gâtées, néonazis blafard et cadre serré sur le visage crispé de larmes de Diane Kruger à l'appui.

A ce titre, il convient de saluer la prestation de l'actrice, qui réussit à ne jamais paraitre démonstrative malgré les appels du pied de la mise en scène d'Akin. Ce dernier ne conçoit visiblement le processus d'identification qu'à travers l'épuisement du catalogue de sa star sollicitée sur tous les fronts. Car c'est là le plus fatiguant dans "In The Fade" : quand l'on comprend que le seul dénominateur commun du raout thématique mis en œuvre réside dans l'accablement du personnage principal afin de faire pleurer Margot. Exprimer sa douleur ? Vite un grand-angle sur son visage qui s'invite sans crier gare lorsqu'elle est prise à partie par l'avocat des nazillons. Le poids du chagrin ? Hop, une vidéo de famille pour figurer ce que l'on a déjà compris. Et accessoirement glisser une couleuvre scénaristique censée justifier un dénouement dont la bêtise crasse ne vise qu'à créer la polémique qui témoignerait de la nature transgressive de l'ensemble. 

"In The Fade" se voudrait surement un brûlot qui interpelle et provoque le débat, mais n'est en réalité qu'un petit machin putassier de plus. Un peu comme si Peter Berg se prenait pour Alejandro G. Inarritu  en pondant le cousin attardé de "21 Grammes". Oui, c'est à ce point-là. 
Auteur :Guillaume Meral
Tous nos contenus sur "In The Fade" Toutes les critiques de "Guillaume Meral"