21 novembre 2018
Critiques

Jeune Femme : Un beau film inhabituel

"Jeune femme" : un scénario de diplôme présenté à la Fémis par Léonor Serraille qui devient Caméra d'or à Cannes, 4 ans après ! Une tournure inattendue pour la réalisatrice qui présente son premier long-métrage.

Ce film est un personnage complexe à part entière. Celui de Paula, jouée par l'actrice Laetitia Dosch. Paula, 31 ans n'a jamais travaillé de sa vie et pour cause, elle a toujours vécu comme la muse de son professeur devenu célèbre photographe. Une vie de bohème à voyager au Mexique, détournée de sa famille, qui se termine brusquement lors de son retour Paris. La jeune femme se retrouve mise à la rue par son compagnon et doit alors apprendre à vivre et à s'assumer dans cette capitale qu'elle déteste.

Ce personnage principal est un OVNI du 7ème art. Un tempérament impulsif, fantaisiste et explosif, Paula est à la fois tenace, déraisonnable, fragile et innocente. Laetitia Dosch décrit son personnage comme une plante sauvage qui arrive à pousser malgré tout le désherbant qu'on lui assène chaque jour. Une femme enfant qui apprend à murir, à être aimée et à se responsabiliser. Jeune femme est l'histoire d'une errance et de rencontres menées par un personnage qui choisit de s'affranchir. S'affranchir de quoi ? D'un homme, d'un mode de vie, de limites intellectuelles comme elle le dit si bien dans la violente scène d'ouverture.

Avec sa longue chevelure rousse et son regard « bipolaire », les yeux vairons de Paula nous hypnotisent et témoignent d'un regard différent sur le monde. Notre héroïne témoigne d'une envie d'aller à la rencontre des gens, d'une manière très abrupte certes, mais complètement sincère avec un besoin viscéral de sortir de l'anonymat et de l'indifférence.

Lors de l'interview que nous avons menée récemment pour Le Quotidien du Cinéma, Laetitia Dosch renie le terme « border line » que l'on pourrait attribuer à son personnage car son comportement excessif et à fleur de peau est celui que bien des gens adoptent dans une telle détresse. Elle justifie plutôt ce comportement comme un réflexe de survie, une colère pour conserver sa dignité. Léonor Serraille a vu en Laetitia Dosch une sorte de Patrick Dewaere au féminin et elle était sûre de vouloir travailler avec elle. Elle voulait pousser ce côté écorché, dramatique aux multiples facettes.

Tourné en cinq semaines et demi, le film a une photographie intéressante et vous donnera un point de vue très personnel de la capitale. Paris apparait comme un personnage à part entière : ses boulevards, son métro, ses centres commerciaux, une atmosphère bien reconnaissable malgré l'absence de lieux touristiques reconnaissables. En effet, il fut difficile pour la réalisatrice de filmer certains monuments suite aux attentats.

Véritable portrait de femme, ce film drôle et surprenant saura vous conquérir. Attention, toutefois, pour ceux qui ont tendance à bouder le cinéma français ou les films d'art et d'essai, n'allez voir ce film seulement si vous aimez le cinéma qui casse les codes, car il vous présentera un personnage aussi beau qu'inhabituel !
Auteur :Clémence Leroy
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