17 novembre 2018
Critiques

Joueurs : “La réalisation d’un film, c’est un pari”

En toile de fond des cercles de jeu parisien, la jeune cinéaste Marie Monge, réalise son premier long-métrage qui s'inscrit dans un cinéma de genre aux allures de film noir. Armé d'un casting prestigieux avec Tahar Rahim et Stacy Martin dans les rôles principaux, le long-métrage tient-il réellement ses promesses ?

Perdue au beau milieu d'un quotidien morne et sans saveur, l'existence d'Ella bascule quand elle rencontre Abel. Accro à l'adrénaline que lui procurent les jeux d'argent, le jeune homme l'entraîne dans une passion dévorante où l'enjeu est de mise…

Dans le sillage de son dernier court-métrage, "Marseille, la nuit", la réalisatrice renoue avec des thèmes qu'elle affectionne tout particulièrement comme l'addiction, le banditisme et la ville nocturne. L'idée du film, basée sur les cercles de jeu, a émergé de son quotidien lorsqu'elle a découvert un tel endroit par hasard. Intriguée par un monde souterrain et mystérieux, la jeune réalisatrice a mené un travail d'investigation et s'est inspirée des joueurs, des croupiers et des gérants qu'elle a côtoyé quotidiennement pour réaliser son film. « Les perdants et les flambeurs ont un rapport très intense à la vie et c'est sur ce postulat de départ que j'ai établi mon scénario » nous a-t-elle expliqué. 

"Joueurs" est un film centré sur la thématique du jeu, mais surtout sur l'addiction quelle qu'elle soit, étant donné que la romance entre Abel et Ella, se transforme en une dépendance explosive. La narration du long-métrage, composée de trois parties, est sans surprise la métaphore de la descente aux enfers d'une personne atteinte d'addiction. Peu à peu le personnage d'Ella est englouti par la dépendance, elle s'isole de ses proches et se transforme physiquement jusqu'à devenir une toute autre personne. Sur ce point le film est une réussite, l'alchimie entre Tahar Rahim et Stacy Martin est palpable et le couple, version Bonnie and Clyde à la française, vous entraîne dans un tourbillon d'émotion dans lequel vous ne ressortirez pas indemne. 

Les décors et les lieux de tournage sont très convaincants. La réalisatrice nourrit une vision fantasmée de Paris et c'est sur fond d'une capitale souterraine que nous découvrons une atmosphère qui loin d'être lisse reste empreinte d'une certaine mixité sociale. D'ailleurs, la plupart des figurants font partie des habitués dans les quartiers où le tournage a eu lieu, ce qui ajoute un certain réalisme à l'ensemble. On apprécie aussi le côté technique et esthétique mis en avant par les scènes réalisées en grande focale. La bande-son est aussi un élément de dramaturgie puissant qui ajoute une ambiance anxiogène au film et correspond à l'état mental de chaque personnages.

Malgré toutes ces qualités, la réalisation de Marie Monge reste ancrée dans la prévisibilité et même si la thématique des cercles de jeu est inexploitée dans le cinéma français, elle reste au second plan, reléguée derrière celle des amants maudits. Autrement dit : le pari dans les salles obscures est quitte ou double pour le film "Joueurs" !
Auteur :Pauline Clément
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