16 décembre 2018
Critiques

Jurassic World: Fallen Kingdom : Iconisation monstre

Depuis quelques années, la nouvelle logique à Hollywood n'est plus trop à la prise de risque en proposant de nouvelles choses. L'univers étendu Marvel a ouvert la voie aux prolongements, plus ou moins bien pensés, des grandes franchises du passé ("Star Wars", "S.O.S Fantômes", etc). Et "Jurassic Park" n'a pas dérogé à la règle avec un quatrième épisode, en 2015, qui a rapporté des sommes astronomiques. Une suite était donc évidente et elle intervient à un moment intéressant dans l'évolution de ces films à franchise en se plaçant plutôt dans la continuité de l'épisode VIII de "Star Wars" que des autres blockbusters fantastico-super-héroïques.

Entre hommages et nouveautés, "Jurassic World : Fallen Kingdom" réussit l'alchimie parfaite entre ce qui a fait la réussite des deux premiers épisodes de la saga et de nouvelles directions qui dépoussièrent grandement la série après un "Jurassic World" sympathique mais un peu pantouflard. Et plutôt que de se faire un survival dans la jungle comme "Le Monde Perdu", le film de Juan Antonio Bayona (petit génie espagnol mais nous y reviendrons) préfère séparer son film en deux parties distinctes, l'une s'attardant sur les évènements catastrophiques survenant sur Isla Nublar et l'autre se présentant comme un véritable cauchemar gothique où la folie humaine est poussée à son comble.

Ce qui frappe dans ce nouvel opus, c'est sa mise en scène. Après une intro béton qui nous présente les dinosaures d'une manière fort belle et ténébreuse, le film va enchaîner les idées de réalisation aussi excitantes que merveilleuses. On ne va pas toutes les énumérer ici mais certaines séquences font monter la tension de manière géniale en jouant avec l'environnement dans lequel évolue les personnages alors que d'autres vont vous mettre une claque de nostalgie en rendant un hommage majestueux à un premier film qui en a fait rêver plus d'un.

On sent que Bayona a été formé à l'école du cinéma d'horreur tant ses jeux d'ombres et de lumières sont incroyables et rendent plus que jamais justice à des créatures à la fois monstres sortis des entrailles les plus sombres de la terre et rêves de gosses portant l'âme d'un John Hammond qui ne cesse de planer au-dessus de cette histoire. Le film se révèle alors comme un gigantesque plaidoyer en faveur de cette manière si radicale qu'ont les enfants de voir le monde : un univers capable de les émerveiller au point de prendre les risques les plus fous tout en étant terrifiant au point de se blottir au fond des couvertures quand la pluie fouette les carreaux de leur chambre et que les ombres envahissent l'espace. Ajoutez à cela une capacité à filmer de grandes scènes de destruction tout en nous plongeant dans la tension la plus extrême lors de scènes de confinements éreintantes, vous obtiendrez le nouveau petit prodige du cinéma à grand spectacle.

Ce qui nous amène à la substance de ce film. Alors oui, le scénario n'est sans doute pas forcément à la hauteur de cette mise en scène aussi flamboyante mais il possède toutes les qualités pour ne pas sombrer dans les erreurs habituelles de ce type de film : logique, rythme et enjeux dramatiques plus que jamais présents. Et si la logique en fera grincer des dents plus d'un, il n'empêche qu'elle est quasiment toujours présente même si les ficelles sont parfois un peu grosses (quasiment car certains éléments comme l'évolution du personnage de Bryce Dallas Howard entre les deux films restent à éclaircir...).

Quoi qu'il en soit, s'attarder ou non sur le fait que les barreaux de la cage du T-Rex sont plus solides ou non que ceux d'un autre dino semblent être une belle perte de temps face aux idées nouvelles développées dans le film. Dans sa deuxième partie surtout qui, après nous avoir balancé des scènes de films catastrophes dantesques dans une première moitié, nous plonge dans ce qui fait le cœur de la saga à la base : la manipulation génétique. Car ces dinosaures qui se meuvent devant nos yeux depuis plus de vingt ans ne sont rien d'autre que des monstres issus d'expérimentations incertaines et dangereuses. Et le film de Bayona pousse cette logique à son paroxysme en invoquant la lie de l'humanité dans le manoir de l'horreur, véritable secte du dollar, dans une mise aux enchères diaboliques et orageuses où les monstres des hommes s'arrachent à coups de millions quand les yeux des enfants y verront la détresse d'un monde définitivement perdu. Jusqu'à un final osé où les conséquences deviennent secondaires dans cette volonté de faire vivre le rêve dans un monde dominé par le chiffre et le prosaïque.

Seul ombre au tableau, cette sensation que le cinéaste espagnol a dû remplir un certain cahier des charges, notamment en matière d'humour, un terrain sur lequel il ne semble vraiment pas à l'aise et qui aurait gagné à disparaître au profit de ce côté sombre et nostalgique qui rend ce film aussi important dans la saga initiée par Steven Spielberg.

Du neuf, un film sans temps mort, des effets spéciaux toujours aussi réussis et un film, au final d'une très grande sensibilité, permettent à ce "Fallen Kingdom" de réveiller l'enfant qui sommeille en nous tout en talonnant les deux premiers opus spielbergiens en qualité.
Auteur :Cyprien Pleuvret
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