18 décembre 2018
Critiques

Jurassic World: Fallen Kingdom : La fin de Nostalgic Park ?

Dans le second volet de la phase "Jurrasic World", la direction que semble prendre la franchise était inévitable : après avoir été modifié et copié éternellement, il était temps que le monde créé par Steven Spielberg et Michael Crichton prenne fin dans une apocalypse morbide. Colin Tremorrow y dénonçait la surenchère commerciale avec une imagerie générique dans le premier volet. Juan Antonio Bayona amène ici son talent d'auteur pour un second volet où règne la destruction absolue.

En 1993, Allan Grant, Ellie Sattler et Ian Malcolm découvraient pour la première fois des dinosaures en grandeur nature. Une rencontre spectaculaire laissant place à un sentiment d'émerveillement, appuyée par l'envolée lyrique de la musique de John Williams. Puis, il y avait ces fameuses paroles de John Hammond : Bienvenue à Jurrasic Park ! .

Vingt-cinq ans plus tard, après plusieurs catastrophes, on décide de revenir sur cette île. La même séquence se reproduit : une nouvelle équipe pose ses pieds sur l'île mais quelque chose a changé. Le rêve de John Hammond, mais aussi des créateurs artistiques Steven Spielberg et Michael Crichton, a été détruit après une sur-abondance de copies et d'un manque de contrôle d'une idée pourtant si grande. Cette fois-ci, le thème de Williams est devenue plus sombre chez le compositeur Michael Giacchiano et du rêve, nous sommes passés au cauchemar. Et c'est dans cette atmosphère jusqu'au-boutiste que va se dérouler ce "Fallen Kingdom".

Tout compte fait, le choix de Colin Tremorow pour le premier "Jurrasic World" s'est avéré être d'une excellente logique. Sa patte, dès le générique, truffée de placements de produits et d'une réalisation digne d'une mauvaise série TV américaine, se prêtait bien à la problématique de ces dinosaures générés au profit d'un parc d'attraction grandiloquent, effaçant la plénitude de l'île montrée dans le premier. Ce nouveau volet a aussi eu un choix de réalisateur avec Juan Antonia Bayona. Ce dernier qui nous avait laissés sceptiques l'an passé avec "Quelques minutes après minuit", mais dont le tempérament morbide et rongé par l'idée de la perte ne pouvait pas tomber mieux pour la destruction nécessaire du mythe Jurrasic Park.

Le dernier volet de la saga "Star Wars", autre franchise que les industries et la toxicité de ses adorateurs commencent à détruire par marketing, traitait aussi de façon juste de cette volonté : pervertir et détruire les bases pour ensuite passer à autre chose. Ici, ceux qui prétendent vouloir sauver l'entreprise de John Hammond n'ont, au final, que peu d'estime face à ces créations : tout ce qui compte pour eux est le profit, quitte à tout ravager sur leur passage, détruisant littéralement le parc d'origine en quelques plans déchirants, marquant le point de rupture du film avec cette base.

Après, Bayona se fait plaisir pour raconter ce cauchemar qui prend vie. La seconde partie du film se déroulant dans un manoir, l'auteur utilise son art de l'expressionnisme gothique pour terroriser son spectateur dans un divertissement qui prend aux tripes. "Jurrasic World : Fallen Kingdom" a, certes, ses maladresses, des personnages lourdement caricaturaux et certaines idées qui auraient mérité plus d'attention. Toutefois, il sonne comme un point final à une franchise, qui trouvera sa conclusion dans un troisième volet prometteur au vu du final désespéré de la présente suite.

Angoissant et triste, sans oublier cependant son côté aventureux, ce nouveau "Jurrasic World" est une réussite à tous les niveaux, rejoignant la tendance actuelle des nouveaux auteurs de blockbusters, détruisant les acquis d'autrefois pour créer des formes nouvelles du divertissement grand public.
Auteur :Victor Van de Kadsye
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