13 décembre 2018
Critiques

Katie Says Goodbye : Féminisme trop éprouvant

Chaque être humain possède un seuil de tolérance au désespoir que peut délivrer un film. Je me suis toujours demandée quel était le mien. Cette question est enfin résolue grâce au long-métrage de Wayne Roberts : "Katie Says Goodbye". Ce dernier dépeint le portrait d'une jeune fille tentant de sauter le « canyon » séparant ses rêves de la dure réalité de son existence. Katie est l'héroïne d'un scénario qui, très vite, commence à apparaitre moins comme un portrait de résilience et plus comme un jeu vidéo sadique, ou la misère de notre personnage féminin augmente à chaque niveau.

Par plusieurs aspects, le film est très proche de "Alice n'est plus ici" de Martin Scorsese. Il examine comment une société patriarcale supportée par une économie désavantageant les femmes, les obligeant à se prostituer pour survivre dans un milieu très pauvre, pour mieux les blâmer par la suite. Il suit donc une longue lignée de drames portés à l'écran par des scénaristes et des réalisateurs masculins, présentant la destruction physique et mentale d'une femme. "Katie Says Goodbye" tue le rêve Américain et démontre brutalement que les valeurs dominantes cette société ne sont que de la poudre aux yeux.    

Il est bien entendu, libre au spectateur de tirer les quelques conclusions qui s'imposent, mais le fait est que le personnage féminin principal est si innocent et bienveillant envers les autres, que cela la laisse apparaitre non pas une victime du monde qui l'entoure, mais bel et bien comme une victime du mauvais emploi du personnage par ses créateurs. En effet, Katie est une jeune fille naïve avec un large sourire. Olivia Cooke, qui jouait dans la série "Bates Motel", le film "This is not a love story" ou "Golem" et, prochainement, dans le très attendu "Ready Player One" de Steven Spielberg, fait un brillant travail avec ce personnage vulnérable qui n'attend qu'une chose : son indépendance.

Elle tombe amoureuse d'une brute, ancien condamné, et, au fur et à mesure que leur relation se développe, nous découvrons, sans surprise, que, comme toutes les relations de Katie, celle-ci n'est pas faite pour durer, et à son désavantage de surcroît. Cependant, même si tous ses proches tentent de l'utiliser, elle ne se présente jamais comme une victime et reste très ouverte aux sentiments des autres. Le cœur de son histoire suit ses réactions et le chemin qu'elle choisit de prendre dans la vie. Dire d'elle qu'elle est désintéressé ne serait pas juste. Toutefois, elle possède une manière de voir au-delà d'elle-même qui est très éclairé pour une jeune fille. Une lumière brille, même quand son sourire est fatigué.

Suivre la logique de ses choix personnelles se révèle être très difficile à regarder en tant que femme. Elle permet à d'autres personnes de l'utiliser, de l'exploiter et de la rabaisser, au lieu de faire entendre sa voix. La fin du film arrivant. Une fois l'empathie originelle effacée, il ne reste plus que le cauchemar visuel d'une souffrance féminine. C'est à ce moment précis que se pose le dilemme : à quel instant un film si accablant devient-il un « bon » film ? Wayne Roberts maitrise très clairement son sujet, le matériel, l'environnement et ses acteurs, prenant sa source dans l'archétype d'un cinéma indépendant d'une Amérique rustique de la Bible Belt. Mais la question reste sans réponse, que devons-nous ressentir en sortant de la salle ? Qu'est-ce que le réalisateur essaie de nous dire ? Il existe peut-être une sorte de catharsis dans cette misère si fatigante que subit Katie.

Finalement, et peut-être, cette oeuvre aura été une énième opportunité de voir sur grand écran une jeune femme brûlée sur le bûcher de l'ignorance, de la violence et de la vindicte populaire.
Auteur :Alexa Bouhelier-Ruelle
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