15 décembre 2018
Critiques

Kursk : Touché, coulé…

Des torpilles, un sous-marin, quelques bulles et des cartouches d’oxygène… Avec "Kursk", Thomas Vinterberg retrace l’histoire véridique du sous-marin éponyme russe qui finit sa nage en eaux profondes dans la mer des Barents à la suite d’explosions internes. A son bord, une vingtaine de survivants qui attendirent en vain une équipe de sauvetage.

Par ce film, plus mélo que drame, le réalisateur déçoit alors même qu’il avait matière à faire vibrer le spectateur jusqu’à la dernière minute. Le cinéaste peine à créer une véritable ambiance de tension, tout comme il semble éprouver des difficultés à surmonter les scènes monotones passé l’évènement central : l’explosion…

Pourtant, même si l’immersion reste plaisante à suivre ―la vie au cœur du sous-marin étant assez marquante et l’environnement clos assez bien retranscrit ― le film ne fait qu’effleurer la surface du sujet où le spectateur l’attendait : la dimension politique.

Sur ce point, pas grand-chose à se mettre sous la dent. Certes, les enjeux et les luttes politiques sont expliquées correctement : le repli sur soi et le refus des autorités russes de l’aide internationale par peur de la récupération d’informations confidentielles, tout comme l’impuissance de l’aide britannique, de facto totalement niée par le gouvernement russe ; mais tout cela est raconté de façon très superficielle.

De même, en grossissant le trait, Thomas Vinterberg n’échappe pas à l’héroïsation un peu flagrante des marins anglais, tout comme à une présentation des faits réellement à charge contre le gouvernement russe. Mais cela, de façon assez illogique et obscure, car le cinéaste omet soigneusement de citer le nom de Vladimir Poutine (alors que bien à la tête du gouvernement à l’époque). Ces points font vaciller une prise de position qui se veut dénonciatrice. L’ensemble manque alors de relief, tout en étant assez plat et insipide.

Seule bouffée d’oxygène, la vie à terre et les femmes qui portent leur famille à bout de bras. Leur impuissance est touchante et bien retranscrite, avec leurs crises de colère, leurs larmes et leurs espoirs sur fond de ville portuaire, paysage gris empli de barres d’immeubles.

En termes de cadre, le changement de format en cours de film reste plutôt incompréhensible, tant la démarche est maladroite et injustifiée. Enfin, l’usage de la langue anglaise peut représenter un pas de moins vers une certaine vraisemblance, alors que les personnages sont censés être russes. Concernant les interprètes, et même avec casting qui laissait augurer mieux ― notamment Mathias Schoenaerts, Léa Seydoux et Colin Firth ― l’ensemble ne fait pas d’étincelles, malgré une interprétation convaincante.

Avec "Kursk", Thomas Vinterberg signe un mélodrame sans saveur qui fait quelques bulles mais qui manque malgré tout de souffle.

Auteure : Amandine Letourmy

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