10 décembre 2018
Critiques

L’amour est une fête : L’amour est une bluette

"L'Amour est une fête" aurait plutôt mérité de s'appeler "L'Amour est une bluette" : un film sans prétention, léger mais oubliable. Il présente Franck et Serge (Guillaume Canet et Gilles Lellouche), deux policiers sous couverture, dirigeant à cette occasion un peepshow dans le Pigalle du début des années 80. Progressivement, leur enquête sur le blanchiment d'argent dans le milieu du cinéma porno les pousse à produire leurs propres films pornographiques, non sans difficultés.

Le film, de l'aveu du réalisateur Cédric Auger, se veut être une ode nostalgique à une période bénie où la législation sur le X n'était pas encore strictement appliquée. Si le sujet peut paraître original, le tout est empaqueté dans une histoire de flics et une romance niaise, sûrement pour mieux respecter les critères éculés d'un film français grand-public.

L'intrigue est grossièrement divisée en deux parties distinctes. Au début du film, on semble plongés dans un ersatz de la nuit parisienne néonée du "Marginal" (Jacques Deray, 1983), interprété par Jean-Paul Belmondo, mais avec cette fois-ci plus de fesses à l'écran. Puis, la seconde partie plus aérienne et insouciante nous emmène sur un tournage champêtre, fortement inspirée par les réalisations de Gérard Kikoïne et construite à la manière d'une "Nuit Américaine" version hard. On assiste alors à une restitution sublimée à l'excès de la prétendue convivialité d'un tournage de l'époque. Le point d'orgue étant la scène finale dans laquelle l'équipe du film s'extasie littéralement devant un soleil levant.

Reste quelques prestations délicieuses, comme celle de Xavier Beauvois en réalisateur pataud ou encore Michel Fau, désinvolte et délirant. Ce dernier propulse d'ailleurs une parenthèse hallucinée d'une dizaine de minutes au milieu du film, où l'absurdité devient la norme pour quelques instants. On se surprend alors à rire d'un enterrement familial soudain et expéditif, d'une partie de Mastermind survoltée, ou encore de coups de carabines tirés accidentellement.

Quant au duo Canet-Lellouche, il peine à intéresser. Son personnage étant censé compenser sa solitude par la prise de drogues, Guillaume Canet a ici la vivacité de Ryan Gosling sous morphine. Gilles Lellouche, lui, apporte à "L'Amour est une fête" une prestation comique convenable mais parfois laborieuse. Pour exemple, cette séquence embarrassante et inutile où il vient encourager sa propre fille à son cours de tennis, jusqu'à en insulter grotesquement tous les participants pendant trois interminables minutes.

On notera par ailleurs que le film balaie d'un revers de postérieur tout problème de misogynie, dans ces 80s fantasmées où toutes les femmes rient bêtement et s'accommodent des avances les plus douteuses.

Un avantage cependant : la BO kitsch retranscrivant l'ambiance disco. Toutefois, à elle seule, la musique ne peut sauver ce film qui, malgré ses volontés assumées d'hommage, voit sa cohérence globale s'amollir par les fréquentes ruptures de ton.
Auteur :Auxence Magerand
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