21 novembre 2018
Critiques

L’amour est une fête : L’amour du mauvais goût

Quatre ans après "La Prochaine fois je viserai le cœur", film policier sur l'homme qu'on a surnommé « le tueur de l'Oise », Cédric Anger fait un virage à 360° et se lance dans la réalisation d'une comédie pop qui se dédie à un univers pour le moins différent puisqu'il s'agit du cinéma porno des années 80. Dans "L'Amour est une fête", deux policiers incarnés par les potes de toujours, Guillaume Canet et Gilles Lellouche, sont envoyés en infiltration dans le milieu du porno parisien. Happés par ce monde fait de désirs, ils vont se laisser prendre au jeu jusqu'à perdre pied.

À travers ce nouveau sujet, le réalisateur veut parler d'une époque bénie où l'insouciance et la liberté étaient encore envisageables. C'est le temps où Giscard se présentait comme un Président moderne, le temps où Mitterrand était promesse de liberté pour la société. Le porno aura toujours dérangé les différents gouvernements en place… Mais comment interdire  ce qui semble amoral à ces technocrates sans qu'ils deviennent censeur à leur tour ? Si l'on est si moderne, si l'on aime tant la liberté alors pourquoi ces films dérangent ? La loi X deviendra pour autant la censure déguisée d'un gouvernement plus conservateur qu'il n'y paraît.

Le sujet soulève en tout cas des questions et aurait pu pousser à la réflexion mais le réalisateur semble passer à côté de l'importance sociologique du sujet pour donner place à un « feel good movie » léger et sans intérêt. À la croisée entre la parodie, le film policier et le vulgaire film de fesses, "L'Amour est une fête" ne rentre dans aucune case, il est libre, peut-être trop libre et c'est ça le problème. Le réalisateur aura au moins épousé son sujet jusqu'au bout, faisant de la liberté de ton sa seule motivation. Cédric Anger tombe donc inévitablement dans le piège tendu par le thème lui-même et finit par nous livrer un film aussi faible artistiquement que les productions dont il veut parler.

Si quelques scènes sont parfois intéressantes quant à la photographie, la vision qui nous est proposée du milieu reste exagérément parodique. La première partie du film nous plonge dans un Pigalle de nuit où les néons sont omniprésents et nos seuls éclairages. Lumières ardentes sous lesquels les strip-teaseuse du « peep-show » et futures actrices X, se déhanchent langoureusement sous l'œil hypnotisé de la caméra. Ces danses mystérieuses nous ouvrent les portes d'un microcosme parisien insouciant où sexe et argent ne s'associent pas toujours avec exploitation sexuelle et cynisme sans limites. Les yeux félins et illuminés des personnages féminins nous laissent présager qu'elles sont heureuses de faire ce qu'elles font et qu'elles le font par choix. Caprice incarnée par la virginale Camille Razat le dit bien à un moment donné au personnage de Canet : « Je suis heureuse d'être tombé sur vous ».

Au-delà de démontrer que « le cinéma porno est le cinéma le plus cool à faire » (quoi que), le film se heurte à ne démontrer rien d'autres. Et ce n'est pas la deuxième partie du film, qui met en scène un tournage dans un château, qui viendra donner un peu plus de corps à la pellicule… Les vannes bof s'enchaînent pour notre plus grand malheur. Parfois elles prennent quand d'autres fois elles gênent. Voir deux personnages masculins se pencher sur le pubis d'une actrice qui vient de tenter « le ticket de métro » en disant qu'il faudra la filmer en levrette parce que c'est vraiment moche, c'est bof. Pas même la musique (excellente par ailleurs) ne parvient à sauver du pathétique ces images sans cohérence, pas même la magnifique chanson de Murray Head : « Say it ain't so Hoe ».

Toutefois le film a cette qualité d'être sincère, on rit souvent mais, malheureusement, ce n'est pas un rire franc…
Auteur :Justine Briquet
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