19 novembre 2018
Critiques

L’Atelier : L’essentiel, c’est le désir

C'est la rencontre de deux mondes, celui d'Olivia, romancière parisienne, et celui des jeunes de La Ciotat. Pour des raisons différentes (et pas toujours l'amour de la littérature), ils se sont inscrits à l'atelier d'écriture mené par Olivia (Marina Foïs), avec pour projet l'écriture collective d'un roman noir. Avec leurs caractères et leur histoire, chacun contribue à sa façon à l'oeuvre. Mais Antoine (Matthieu Lucci), plus que les autres, retient l'attention d'Olivia. Il est mystérieux, sombre et solaire à la fois.

Jamais le film n'apporte vraiment de réponses au comportement d'Antoine, et quand Olivia découvre en l'espionnant sur Facebook qu'il est proche d'un groupe d'extrême-droite, en possession d'une arme à feu, elle tente de le percer à jour. Mais "L'Atelier" n'est pas l'histoire d'un drame social, mais un film sur le désir. D'écrire, d'aimer, de tuer, … le désir est au coeur de la relation qui unit et sépare Antoine et Olivia. Une confiance extrêmement précaire qu'un rien suffirait à briser.

Approcher Antoine, c'est comme voler trop près du soleil, sa chaleur réchauffe mais très vite, il est trop tard et il brûle. La Ciotat se fait le décor de cette guerre froide entre deux personnages, dont il est difficile de dire lequel en ressort vainqueur. Alliant les décors urbains des quartiers populaires de La Ciotat et les décors fabuleux de cette côte qui se découpe sur le bleu de la mer, l'horizon infini.

"L'Atelier" nous donne l'impression d'assister à une lutte entre deux titans et pourtant, les personnages tenus par Marina Foïs et Matthieu Lucci restent impassibles. Tout se joue dans les regards, les corps, et ce “ça va” nonchalant mais toujours lourd de sens, qui revient comme un refrain dans la bouche d'Antoine. Finalement, le roman noir, c'est l'histoire de cette rencontre entre Olivia et Antoine, mais là encore rien n'est écrit et le suspense perdure jusqu'à la dernière ligne.

Ainsi, Laurent Cantet nous livre une oeuvre maîtrisée, où l'on savoure chacun des affrontements verbaux et où l'on s'attache à des personnes avec une part d'ombre. "L'Atelier" ne porte pas de jugement, il montre les gens qui se cherchent, qui se perdent. Matthieu Lucci, qui interprète Antoine avec l'inquiétante tranquillité du feu sous la glace, est la révélation du film, personnage perdu parce qu'il connaît trop bien sa ville.
Auteur :Yvanna Trambouze
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