19 septembre 2019
Critiques

L’Atelier : « Sexy comme le diable »

« Sexy comme le diable » Une réplique qui résume totalement le nouveau film de Laurent Cantet et plus précisément le personnage d'Antoine (Matthieu Lucci). 

Inscrit pour un atelier d'écriture avec Olivia, une célèbre écrivaine (Marina Foïs), un groupe de jeunes éloignés de l'emploi, se réunit quotidiennement pour écrire un roman noir. Cette réflexion plurielle autour d'un roman nécessite consensus ou compromis ; or Antoine n'est pas décidé à en faire… Peu bavard et totalement à l'écart de ses camarades, Laurent Cantet pose dans ce film la question du Comment s'intégrer dans un groupe ? Antoine s'ennuie et malgré son intérêt pour le projet, il ne cesse de perturber l'atelier avec des interventions racistes, pleines de colère, des propos déplacés et choquant qui interrogent sur les motivations d'un meurtre. Peut-on tuer pour le plaisir de tuer ? Le jeune homme montre un certain désir pour le crime qui attise la curiosité de l'écrivaine. Cette dernière décide de s'inspirer de sa vie pour un personnage de son futur livre, qui lui donne du fil à retordre. 

Le lien entre Olivia et Antoine est un parfait équilibre entre attirance et méfiance. Un couple de cinéma mystérieux et sensuel loin du simple lien maternel. C'est l'opposition de deux mondes : Olivia incarne parfaitement la prestance naturelle d'un bobo parisienne quand Antoine lui représente une jeunesse errante, dont les activités se résument à des baignades dans les calanques de la Ciotat et des soirées mouvementées avec son cousin Teddy.

Port d'arme, voyeurisme, érotisme, Antoine arrive à nous faire peur. Il nous effraie et il crée le suspens du film mais, surtout, on aime son personnage et on a peur pour lui. Incarnant tantôt un jeune homme empli de colère et de violence, il arrive aussi à nous attendrir dans son rôle de grand frère protecteur. Matthieu Lucci nous impressionne. Repéré dans un casting sauvage, il s'agit de sa première expérience cinématographique. Si Laurent Cantet a eu la chance de le rencontrer dès le premier jour de casting, il a attendu 4 mois et une dizaine d'essais avant de lui attribuer officiellement le premier rôle. Et qu'il a bien fait de le choisir ! 

Son personnage est poétisé à travers le jeu vidéo qui – attention aux raccourcis ! – ne sert pas à illustrer la violence mais bien à montrer l'errance d'une jeunesse. Laurent Cantet mixe intelligemment différents supports (entre jeux vidéo, skype, facebook, vidéos youtube) et nous immerge dans cette jeunesse ultra connectée aux écrans. Une sorte de fausse proximité dénoncée où finalement personne ne contrôle pleinement son image et où la confidentialité n'existe plus. 

Le film a été écrit juste après Charlie Hebdo et le terrorisme est même au cœur de certaines discussions, une scène évoque d'ailleurs les attentats du 13 novembre. Pour Laurent Cantet, cette envie de parler du terrorisme et d'évoquer ses interrogations fut pondérée par une peur de paraître trop frileux. Ce fut une nécessité et un vrai challenge que l'on peut juger réussi car il pointe du doigt avec justesse les amalgames et la violence des réseaux sociaux. 

Si la fin du film peut créer une sorte de rancune, on ne la changerait pas car elle ne manque pas de poésie et de panache. 
Auteur :Clémence Leroy
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