14 novembre 2018
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L’Echange : Brutale humanité

S'il ne devait rester qu'un seul mot pour décrire ce film ce serait : troublant. En effet, la sensibilité et l'attention du spectateur sont mis à mal durant tout le film. Eastwood nous tient en suspens du début à la fin, sans jamais pourtant décevoir ou ennuyer. On retrouve les thématiques courantes de son oeuvre : le combat d'un être pour soi même (et les autres), la dure confrontation aux êtres et au monde, avec des personnages notamment féminins (dans la continuité de l'héroïne de "Million Dollar Baby") d'une force presque surhumaine. Dimension permise grâce aux acteurs au jeu impeccable, sobre et réaliste, avec une mention spéciale à Angelina Jolie qui fait la réussite du film (presque) à elle seule.

On retrouve toujours cette sobriété esthétique, ainsi que celle du sujet et de son traitement, où domine pudeur et beauté des sentiments humains (comme celle des plans, majoritairement larges, qui permettent un certain recul face aux personnages et aux situations et en même temps nous rapprochent d'eux), qui ne nous laisse pas indifférents aux personnages, que ce soit dans la haine ou l'empathie. De plus, chaque "type" de personnages est mis sur le même plan : hommes, femmes, enfants, chacun est soumis aux affects et peut être cruel, et ce quelque soit l'âge car soumis aux lois d'une certaine société.

Si Eastwood montre jusqu'à quel point la cruauté et la bêtise humaine peut aller, il semble vouloir se détacher du rôle de moralisateur : comme c'est le cas pour l'une des scènes finales, celle de la pendaison du meurtrier. La séquence démarre par un plan en caméra subjective du condamné, nous mettant "à sa place", le temps d'un plan. Puis, la caméra ne filmera pratiquement plus que lui, ce qui m'invite à faire le rapprochement avec l'une des plus célèbre scène de "M. le Maudit" de Fritz Lang, avec un Peter Lorre troublant voire effrayant. L'intention n'est pas d'excuser les actes du personnage mais de prendre conscience que chacun d'entre nous peut être amené un jour à revêtir ce rôle...

Autre passage marquant du film d'Eastwood, semblable au précédent : celui des procès du meurtrier et de la police, mis en vis à vis via le montage parallèle, permettant de mettre les 2 figures sur le même plan. L'un est aussi coupable que l'autre.Après avoir jouer avec les nerfs du spectateur durant tout le film, ce dernier s'attend à avoir une réponse, mais sans succès : Eastwood laisse la fin ouverte, sans aucune morale ou happy end, et préfère montrer comment l'héroïne, à travers les épreuves, a évolué et a tenu bon grâce à ses convictions et à sa détermination tout en reniant les compromis, qui la presque menée à son propre "épanouissement" personnel. Car l'Espoir peut faire déplacer des montagnes.

Si l'histoire se situe dans les années 20, elle se fait l'écho d'une Histoire récente, notamment celle des USA : la corruption des institutions, dans un pays qui était encore récemment en pleine période d'élection présidentielle... Même si ce film s'inscrit pleinement dans le schéma hollywoodien, il se démarque par sa sincérité et sa force surtout à travers celles des personnages, dénonçant encore et toujours l'animosité humaine et l'hypocrisie, mais aussi ses "bons côtés".

Bref, l'Humanité à l'état brut.
Auteur :Sabrina Blondel
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