20 novembre 2018
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L’Echange : Le cinéma tel qu’il doit être

En VO, ça s'appelle « The Changeling », le nom donné dans les contes à l'enfant laissé aux parents en échange d'un nouveau né qu'enlèvent les fées... En français, le nouveau film de Clint Eastwood s'appelle « L'échange », mais la qualité du film, elle, ne change pas. Il y en a bien un à qui tous les journalistes, ou presque, présents à Cannes en mai dernier, auraient bien donné la palme c'est lui : Clint Eastwood. Cette fois encore, il frappe fort, et il frappe au coeur.

Après l'uppercut de "Million Dollar Baby", et deux films de guerre aussi différents que les nations qui s'affrontaient, il retourne à une histoire de femme. Et quelle femme ! Il s'est emparé de celle de Christine Collins, une jeune mère célibataire qui vit à Los Angeles, en 1928. Christine n'a pas une vie facile. Dans ces années-là, être une mère célibataire, ce n'est pas bien vu. Pourtant Christine s'échine à longueur de jour, et parfois de nuit, à travailler dans un centre d'appels pour pouvoir s'occuper correctement de son fils de neuf ans.

Un matin, comme d'habitude, elle part au travail, laissant Walter chez elle. Mais lorsqu'elle revient, il n'est plus là. La jeune femme lance des recherches, en collaboration avec la police de L.A. C'est après cinq mois de larmes et de combat contre la bureaucratie qu'on l'appelle pour la prévenir : on a retrouvé Walter, il va bien. Cauchemar Joie. Puis déception, lorsqu'elle se rend compte que ce n'est pas son garçon qu'on lui présente comme tel. Frustration ensuite, quand on ne la croit pas, quand on la traite de folle. C'est le début d'un long combat pour une femme seule, dans un monde où les femmes n'ont pas voix au chapitre. Christine sera même enfermée dans un asile...

À ce niveau-là, ce n'est plus une mère-courage : on est au-delà des mots. Pour Angelina Jolie c'est un rôle de « lionne », qu'elle interprète avec un brio dont on avait oublié qu'elle était capable. Elle est, simplement, bouleversante. C'est que Clint Eastwood sait tirer le meilleur de ses acteurs, il l'a prouvé à maintes reprises, et recommence avec bonheur. Peut-être parce que ses films sont entiers, un vrai cinéma d'auteur, sans concessions. Au prix, parfois, de l'insoutenable. Quelques scènes sont presque trop fortes. Celles avec les enfants, bien sûr, puisque, comme l'a dit Eastwood à Cannes : « les enfants en danger, c'est la chose la plus dramatique qui soit. Les crimes commis contre des enfants, sont les pires pour moi. Et quand on rencontre un crime comme celui dépeint dans le film, alors on peut remettre en question toute l'idée de l'humanité. Je suis toujours surpris par la cruauté des Hommes ». Un thème qu'il abordait déjà dans "Mystic River"...

Entreront aussi en résonance chez les spectateurs les scènes les plus dures subies par Christine Collins, notamment dans son enfermement à l'asile. Une vraie épreuve. C'est que dans une image relativement léchée et illuminée par le soleil californien, Eastwood instille la noirceur des Hommes. Contrairement à certains films « historiques », on oublie vite le côté reconstitution, pourtant impeccable, pour se laisser prendre par l'histoire et les personnages. Comme le dit Clint : « Le plus effrayant c'est de se dire que tout ça est vraiment arrivé ».

Un cauchemar, et une épreuve, certes, mais surtout un remarquable film, du vrai beau cinéma, sans artifices, qu'il est bon de retrouver sur nos écrans.
Auteur :Dordain Christophe
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