19 novembre 2018
Critiques

L’Homme qui tua Don Quichotte : Un pétard mouillé

Ce fût l'un des rêves les plus fous de l'histoire du cinéma. Le "Don Quichotte" de Terry Gilliam, un film qui a suscité maints fantasmes, passions, déboires et documentaires de la part du réalisateur et de (très) nombreux cinéphiles. Vingt-cinq ans après le début du projet, "L'homme qui tua Don Quichotte" sort sur nos écrans et a clôturé avec le Festival de Cannes. Ce que l'on peut dire du résultat final, c'est qu'il aurait peut-être fallu écouter Paolo Branco au vue de l'atrocité jetée à l'écran…

"L'homme qui tua Don Quichotte" partait d'une idée de fiction fort intéressante : un traiter de folie susceptible de provoquer la création d'une fiction dans la vie réelle. Un ancien cinéaste, devenu publicitaire, remarche sur les traces de son premier long-métrage pour sa nouvelle opération marketing basée sur l'histoire de Don Quichotte. En proie aux doutes, il part à la recherche de son ancien comédien amateur Javier, un cordonnier, qu'il retrouvera complètement fou, persuadé qu'il est Don Quichotte. Et c'est tout ce que l'on a su comprendre de cet embarrassant fourre-tout offert par un réalisateur dont on peine à comprendre la confiance aveugle qui lui a été sans arrêt accordée.

Pendant deux longues heures et douze minutes, Terry Gilliam nous emmène en voyage dans un cinéma désert : vide d'émotion, vide d'empathie mais, surtout, vide de sens. Le réalisateur, aussi membre-phare des Monty Pythons, propose un film déjà daté qui sent le réchauffé. Ressortir les mêmes artifices de "Brazil" et "Las Vegas Parano" ne redonnent pas de crédit à sa patte d'auteur fatiguée. Ce film sur la légende de Don Quichotte offre le même cinéma cabotin et hystérique de son auteur. Tout le monde crie, court, frappe, insulte et surjoue. On en peut plus ! Il y a beaucoup de peine à voir des comédiens talentueux tels Adam Driver et Olga Kurlyenko tomber si bas dans leur jeu d'acteur.

Sur le plan formel, si vous n'aimez pas le style Terry Gilliam, vous pouvez immédiatement passer votre chemin. La patte grossière et absurde du réalisateur est à son paroxysme ici. Un style qui plombe ce que le film a de plus intéressant à montrer. Car Gilliam a des comptes à régler sur l'industrie du cinéma et souhaite l'exprimer à l'écran. Lorsque l'on arrive un peu à lire cette histoire, le film tente une mise-en-abyme de sa propre oeuvre : une production calamiteuse sans queue ni tête où Toby (joué par Adam Driver) devra affronter ses géants à lui, c'est-à-dire les producteurs et sociétés qui se moquent complètement de son travail à lui, privilégiant le divertissement à l'art.

Mais cette tentative peine à convaincre dans son exécution tant Gilliam se perd dans des séquences extravagantes, illisibles et ennuyeuses. Si le réalisateur y met un peu de ses galères au sein de ce film, difficile d'être touché. De même qu'après avoir assisté à un discours d'une puissance sans égale de la part d'Asia Argento à la clôture du Festival de Cannes, il est plutôt embarrassant de voir un réalisateur au discours douteux vis-à-vis de l'ère #MeToo dans la misogynie avec une écriture des personnages féminins à la limite d'une blague de Tex.

Si le film est déjà un événement pour beaucoup avant même d'avoir été vu, difficile qu'il en soit de même pour l'après-séance : "L'homme qui tua Don Quichotte" est un pétard mouillé, oubliable, dont on gardera seulement la légende d'une production maudite durant 25 ans.
Auteur :Victor Van de Kadsye
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