19 novembre 2018
Critiques

L’Insoumis : Retour vers des lendemains qui chantent

Le réalisateur de "La Sociale" (2013), habitué de la fiction politique revient avec un documentaire consacré au leader du mouvement de La France Insoumise et candidat aux dernières élections présidentielles, Jean-Luc Mélenchon. Gilles Perret a pris le parti d'un traitement chronologique de la campagne, nous dévoilant les coulisses de ses moments les plus marquants.

Portrait d'un homme politique, "L'Insoumis" est aussi une critique du monde médiatique et du traitement que celui-ci réserve aux idéologies radicales (ici de gauche), dans une société qui fait l'apologie de la mesure (le philosophe Alain Deneault aborde les questions relatives à ce sujet dans son ouvrage La Médiocratie). Radical, mais pas extrémiste, c'est sur cette image que communiquent Jean-Luc Mélenchon et son équipe. Le documentaire capture d'ailleurs quelques moments où le candidat de la France Insoumise donne sa vision de l'histoire politique et des différentes forces qui s'y affrontent entre le Progrès et la Réaction, sur fond de lutte des classes.

D'autres commentaires plus précis sur ses adversaires politiques, notamment sur la réalité de la qualité d'outsider d'Emmanuel Macron, l'ombre de l'affaire Fillon sur la démocratie française, l'incompréhension de la part de certains du refus d'une alliance Hamon-Mélenchon. Nous retrouverons les coulisses des moments marquants tels que le meeting en hologramme ou le grand débat sur TF1, l'importance accordée aux réseaux sociaux dans la campagne avec la volonté d'être présent sur Youtube et même Snapchat.

"L'Insoumis" est un objet intéressant, quoique curieux puisque nous connaissons tous l'issue de cette campagne, à savoir une défaite au premier tour, mais en-même temps un score historique pour un parti d'extrême-gauche. Ainsi, les partisans de la France Insoumise pourront y voir le récit nostalgique d'un moment où une qualification au second tour paraissait crédible, en-même temps que la victoire idéologique sur le Parti Socialiste, qui est désormais plus célèbre pour son effondrement que pour sa défense du progrès social.

Pour les sceptiques ou des opposants, ils trouveront peut-être l'occasion de renouveler leurs reproches, au-delà des sempiternels “absence de réalisme” et “mauvais caractère”. Dans la salle de projection en tout cas, une pointe d'humour vache et quelques saillies savoureuses ont fait mouche sur le public.

Il est intéressant également de voir cette oeuvre en miroir du film de Yann L'Hénoret, Emmanuel Macron, "Les coulisses d'une victoire" (2017), ne serait-ce que pour identifier des visions et stratégies différentes. Enfin, pour ce qui est de la neutralité, "L'Insoumis" est bien l'oeuvre d'un cinéaste qui se sent proche des idées défendues par Jean-Luc Mélenchon, mais certainement pas le matraquage acharné d'une propagande marxiste. Voyons-le comme le travail sincère d'un homme de la gauche intellectuelle, qui s'interroge sur une figure importante de la gauche politique. En ce sens, on peut regretter la part trop discrète qui est réservée aux militants. Néanmoins, L'Insoumis questionne la place de la gauche au moment où une partie de l'opinion considère le clivage droite/gauche comme obsolète, tandis qu'une autre partie réaffirme ce clivage, avec des militants qui réclament une gauche plus à gauche et une droite plus de droite et ce pas uniquement chez les extrêmes.
Auteur :Yvanna Trambouze
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