14 novembre 2018
Critiques

L’Insulte : Un film profond sur la réconciliation

"Sale con". C'est la simple insulte qui va embraser tout un pays. Le film de Ziad Doueiri plante son décor à Beyrouth dans le Liban d'aujourd'hui. Le film nous démontre comment deux hommes que tout oppose, Toni, un garagiste chrétien libanais, et Yasser, chef de chantier palestinien, vont être les catalyseurs d'une crise bien plus profonde, entre deux peuples qui n'ont pas fait le deuil d'une guerre civile qui les a déchirés jusqu'en 1990.

Si on peut être effrayé par ce contexte politique lourd et pesant, le film s'intéresse avant tout au cheminement personnel de deux hommes. Il nous prouve qu'aucune communauté n'a le monopole de la souffrance et que chaque homme doit affronter son passé pour trouver son équilibre et accepter l'autre. "L'Insulte" est avant tout un hymne pacifiste qui met en exergue la réconciliation des peuples envers et contre tout. Les acteurs sont magistraux de vérité et la réalisation originale. Malgré les flash-back nous amenant à comprendre les épreuves passées des deux protagonistes, le réalisateur Ziad Doueiri a utilisé pour toile de fond un grand procès opposant ces deux hommes et mettant tout le Liban à feu et à sang.

Un fil rouge judiciaire à l'américaine qui tient en haleine et est le symbole de la quête de justice dans laquelle se trouve Toni. Cet homme irascible et animé d'une profonde colère cherche inconsciemment à se venger du massacre de Damour dont il garde enfouies les séquelles. Alors qu'il est enfant, il doit fuir sa ville natale pour échapper aux milices "palestino-progressistes". La tuerie, perpétrée contre les habitants chrétiens de Damour, a fait 582 morts, le 20 janvier 1970.

Toni en gardera une haine contre les Palestiniens qui le conduit un jour à arroser des ouvriers palestiniens avec la gouttière de son balcon. Un incident mineur qui prend une ampleur inattendue quand il refuse que Yasser, chef de chantier et réfugié palestinien ne la répare et détruise son travail. Une violence à laquelle répondra le contremaître par une insulte. Une simple insulte qui s'achèvera par un procès d'ampleur nationale et un torrent de violence entre deux communautés blessées et en quête d'acceptation et de vengeance.

Si on a d'abord tendance à prendre partie pour Yasser, homme calme, pondéré, soucieux d'apaisement et en quête d'intégration, on apprend peu à peu à comprendre le cheminement des deux hommes et la réalisation, soucieuse de ne pas être manichéenne, nous démontre ce qui rapproche les deux personnages plutôt que ce qui les sépare : l'amour de leur famille, l'importance de leur travail et leur volonté irrépressible d'obtenir justice. Ce sont avant tout deux hommes qui ont souffert et qui cherchent à se reconstruire. Au cours du procès, ils vont peu à peu prendre conscience de ce qui les unit et réalisé qu'ils se ressemblent bien pus qu'ils n'auraient pu l'imaginer.

"L'Insulte" est un film très politique mais qui ne s'adresse pas seulement aux spectateurs familiers de l'histoire du Liban. C'est le symptôme de l'escalade qui est pointé du doigt et peut s'adapter à tous les conflits politiques et religieux internationaux actuels. Si le postulat de départ du conflit opposant Toni et Yasser peut apparaître dérisoire dans un premier temps, il catalyse toutes les souffrances passées de communautés qui doivent cohabiter après s'être déchirées pendant près de 15 ans. Avec cette ode à la réconciliation, "L'Insulte" va au-delà du Liban, démontrant que dans un pays aux tensions sous-jacentes, de simples mots insignifiants peuvent constituer l'étincelle allumant un feu qui va embraser tout un pays. Le film fait partie des neuf longs-métrages présélectionnés pour les Oscars dans la catégorie "Meilleur film en langue étrangère". Remportera-t-il l'adhésion de l'Académie comme il a remporté la mienne ? Réponse le 4 mars.
Auteur :Sarah Ugolini
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